e-commerce : quels impacts sur les centres-bourgs du Grand Ouest ?

Le 12 novembre 2018

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn

La DREAL et les DDT(M) des Pays de la Loire viennent de dévoiler les résultats d’une étude prospective sur la logistique du dernier kilomètre et le e-commerce en milieu rural.

Le rapport aborde un sujet rarement étudié lorsque l’on parle de e-commerce : la place du e-commerce dans les petites et moyennes villes de territoires ruraux, alors que ce mode de consommation est généralement assimilé aux grandes agglomérations. E

L’e-commerce représente aujourd’hui 8% du commerce de détail en 2018 et bénéficie d’une croissance supérieure à 13% par an en Europe. L’augmentation annuelle globale du nombre de colis en circulation est aujourd’hui supérieure à 15%. Cet accroissement spectaculaire du volume global transporté s’accompagne d’une fragmentation des envois, de plus en plus dispersés géographiquement, et qui concernent des colis de plus petite taille.

Les particularités du e-commerce en zone rurale

Pour les auteurs du rapport, contrairement à une idée reçue, les espaces ruraux, ou les petites et moyennes villes de territoires ruraux, sont autant concernés par l’e-commerce que les espaces urbains, tant en ce qui concerne l’implantation des activités que les modes de consommation. 53% des e-commerçants français sont ainsi implantés dans des villes de moins de 20 000 habitants, et les ruraux sont presque autant « e-consommateurs » que les urbains.

Les comportements d’achat et le rapport à la mobilité diffèrent toutefois. La dépendance à l’automobile en zone rurale, plus importante qu’en zone urbaine, a un effet sur les modes de consommation : elle favorise les drives et les commerces de transit sur des points de passage automobile entre le travail et le domicile. Les motivations d’achat en ligne diffèrent également : le e-commerce élargit le choix de produits et constitue alors un moyen de réduction de l’isolement et de fixation de l’habitat. Le prix, autre motivation importante d’achat, l’est encore plus en zone rurale souvent caractérisée par un accès plus limité aux produits, un choix restreint et des prix élevés. Enfin, le e-commerce, à travers la démultiplication des solutions de livraison, retrait et dépôts de colis, constitue un point d’ancrage de lien social. Le turnover des points relais est moins important en zone rurale. Ils constituent un élément de pérennité et de fidélisation des relations commerçant - client.

e-commerce et vacance commerciale

La vacance commerciale est un sujet de préoccupation dans de nombreuses villes moyennes et les zones rurales. Les centres-villes de Cholet, Châteaubriant, La Flèche, Fontenay-le-Comte… affichent des taux de vacance commerciale supérieurs à 15% alors que ce taux est inférieur à 8% dans les grandes agglomérations telles que Nantes, Angers ou Le Mans.

Pour les auteurs de l’étude, le e-commerce n’est en général que peu responsable de cette situation, davantage liée au développement parfois non maîtrisé des zones commerciales et de grandes surfaces périphériques.

Quel impact sur le terrain ?

CartoTrois séries d’entretiens ont été menées auprès des acteurs publics et économiques et des associations de commerçants sur les communes de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), d’Ernée (Mayenne) et de Pouzauges (Vendée). Objectifs : faire remonter la vision des acteurs du terrain sur la perception et la réalité de la vacance commerciale, sur la place du e-commerce et sur l’importance des points relais.

Ces enquêtes ont montré que les taux de vacance commerciale en centre-bourgs étaient élevés (15-20%). Les commerces semblent s’éloigner des coeurs de ville au profit d’artères plus visibles et plus circulantes. Certains locaux souffrent de leur petite taille, parfois de leur vétusté, et de loyers élevés qui incluent généralement la surface d’habitation attenante souvent inutilisée. Le stationnement n’apparaît pas comme une cause première des difficultés (suffisamment de places, gratuité ou zone bleue). En revanche, les détours pour accéder aux centres-bourgs sur les trajets du quotidien domicile travail semblent pénalisants. Face à ces difficultés, la mobilisation des commerçants et des associations est difficile (manque de temps, peu de moyens humains, matériels et financiers).

Le numérique, qui semble à première vue éloigné des préoccupations des commerçants (peu de sites internet en propre), s’avère être intégré chez les commerçants par plusieurs fonctions : nombreux comptes pro Facebook (la moitié des adhérents de l’association des commerçants de Sablé-sur-Sarthe), inscriptions aux market places de proximité (par exemple ernee-coeurdeville.com), fonctions de point relais (dont l’activité progresse et se diversifie). Mais l’usage qui est fait de ces outils numériques de vente est perfectible (ernee-coeurdeville.com reste à ce jour une market place « niveau 1 », où il n’est pas possible d’acheter en ligne ni de regrouper ses achats) ou peut aboutir à des échecs (Pulse à Sablé-sur-Sarthe). Même si le e-commerce n’est pas réellement vu comme une menace, il n’apparaît pas comme une réelle opportunité, perçu souvent comme complexe et éloigné du métier de base du commerce physique.

Enfin, pour les acteurs de terrain, les points relais constituent un maillon du lien social entre commerce physique et commerce dématérialisé (permettant aux commerçants d’échanger avec leur clientèle), sont un moyen d’augmenter à moindre coût la notoriété du commerce, constituent un apport de rémunération (de l’ordre de 300 € par mois) et présentent un intérêt environnemental puisqu’ils consolident les flux de livraison. Ils imposent néanmoins des contraintes d’espace de stockage (plus prégnants dans les centres-bourgs ruraux où les surfaces commerciales sont plus réduites) et de disponibilité temporelle (nombreuses opérations à réaliser lors de la réception des colis et lors des retraits).

Faire du e-commerce une opportunité pour les territoires ruraux

L’étude propose enfin des objectifs et fiches actions pour permettre aux territoires de bénéficier des opportunités liées au e-commerce ou de s’adapter à cette révolution numérique.

Retrouvez l’étude complète sur le site de la DREAL Pays de la Loire