Evolution des pratiques de consommation et de distribution de la viande : colloque Animal, viande et société, des liens qui s’effilochent ?

Le 20 décembre 2016

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Les relations entre l’Homme et les animaux d’élevage ont évolué, modifiant les pratiques de consommation et de distribution. Le colloque organisé par le CIV en mai dernier, sur le thème "Animal, viande et société : des liens qui s’effilochent" a permis d'apporter des réponses aux nombreuses questions d’actualités qui impactent la filière viande.

 

 

Les actes du colloques viennent d'être mis en ligne sur le site du CIV.

Principaux enseignements...

 

A télécharger :

Compte-rendu  des interventions prononcées à l’occasion du colloque "Viande, animal et société : des liens qui s’effilochent".

 

 

 

 

Dans un premier temps, 3 intervenants ont apporté un regard historique, sociétal et juridique.

  • Bruno Laurioux, historien au CNRS, président du conseil scientifique de l'IEHCA et spécialiste de l’histoire du Moyen Âge et de l’alimentation,
  • Bruno Hérault, chef du centre d’étude et de prospective du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, 
  • Lucille Boisseau-Sowinski, spécialiste du droit animalier et maître de conférences en droit privé à l'Université de Limoges,

ont confronté leurs points de vue quant à l'évolution de la place des animaux d’élevage dans notre société.

 

Ils ont tous trois rappelé certains éléments majeurs de l’évolution de la relation entre l'Homme et l'animal sur des sujets comme l’émergence des règles sanitaires, la ritualisation de la mise à mort ou l’évolution de la vision de l’élevage. L’évolution du statut juridique des animaux d’élevage, sa signification, ses enjeux et ses modalités d’application ont été également été abordés.

 

Dans une seconde partie, l’influence de ces évolutions sur les achats et les consommations a été traitée.

Un débat sur les pratiques des consommateurs et de la distribution a rassemblé des acteurs de la restauration collective (Carole Galissant de chez Sodexo), de la grande distribution (Hervé Gomichon de chez Carrefour), du marketing (Stéphane Gouin de l'AgroCampus Ouest), de l’économie (Christine Roguet de l'IFIP) et d’association de consommateurs (Célia Potdevin du CLCV). Ils ont été interrogés sur divers points :

  • Quelle vision ont-ils des attitudes et attentes des consommateurs ? Se traduisent-elles dans les actes d’achats ?
  • Quelles sont les réponses, stratégies ou actions mises en œuvre pour répondre aux attentes et inquiétudes des consommateurs ?
  • Quelles sont les tendances à venir ?

 

Des attentes consommateur en mutation.

Selon Stéphane Gouin, spécialiste du marketing et maître de conférences au département d'économie, gestion, société d'Agrocampus Ouest, les attentes du consommateur ont changé : il réclame de la qualité et du goût, même si son premier critère d’achat reste le prix. En GMS, les linéaires doivent proposer des produits en portions, prêts à consommer et faciles à utiliser mais également des produits axés sur la culinarité, qui seront davantage dédiés à une consommation du week-end. Et, pour réenchanter la consommation de viande, il suggère de travailler davantage sur l’origine locale et les innovations par les usages.

 

La Grande Distribution prend des engagements.

Hervé Gomichon, directeur qualité et développement durable chez Carrefour fait le même constat et ajoute que si le marché de la viande accuse globalement une chute, celui des produits transformés est par contre en croissance. Selon lui, de nouveaux liens entre la viande, l’animal et la société se construisent, de nouvelles préoccupations apparaissent comme l’origine des viandes, la transparence et le bien-être animal. Dans ce cadre, Hervé Gomichon indique que Carrefour a lancé un travail autour de la filière qualité Carrefour et a ainsi signé des contrats dans la durée avec des producteurs et des transformateurs de viande.

 

Développer des valeurs fortes autour du bien-être animal et jouer sur les logos d’origine.

Célia Potdevin, chargée des produits alimentaires au sein du CLCV confirme que les attitudes des consommateurs évoluent. Elle ajoute que ces habitudes varient à la fois sur une même journée et également suivant le jour (semaine versus week-end). Elle inssite enfin sur le fait que les médias influencent largement les actes d’achats des consommateurs. Pour elle, c’est le rôle du CLCV d’apporter des réponses claires et conformes aux consommateurs, souvent perdus face à la "cacophonie médiatique".

Un travail réalisé par le CLCV en collaboration avec l’Inra révèle de fortes attentes sur la question de l’origine des viandes. L’origine française des viandes apparaît ainsi comme une garantie de conformité quant à l’alimentation animale et au respect de l’éleveur, alors même que l’élevage intensif est de plus en plus mal perçu et que la question des conditions d’abattage devient prégnante.

 

La restauration collective est confrontée à une grande diversité en termes d'attentes consommateur.

Carole Galissant, directrice pôle culinaire chez Sodexo et présidente de la commission Nutrition de la SNRC rappelle que la restauration collective doit faire face à certaines contraintes compte-tenu des profils hétérogènes des convives. Elle est confrontée à une grande diversité d’attentes selon qu’il s’agit d’une restauration scolaire, d’entreprise ou d’institution.  Selon elle "les mangeurs sont pluriels et l'on se doit de les segmenter" :

  • La restauration scolaire est très réglementée avec des fréquences de consommation de viande rouge à respecter. En outre de nouvelles demandes émergent comme celle des plats végétariens…
  • Du côté de la restauration en entreprise, elle doit répondre à des attentes très diverses comme le sans gluten ou le végétarisme.
  • Enfin la restauration en EHPAD requiert des protéines animales, principalement pour les repas du midi.

 

Des préoccupations grandissantes face à l'élevage intensif.

Christine Roguet, chef de projet au pôle Économie de l’IFIP - Institut du Porc, a mis en avant les controverses sociétales qui agitent les différentes filières d’élevage et indique qu’un programme de recherche à l’échelle européenne s’y intéresse. Les données révèlent que les préoccupations sociales sur l’élevage intensif sont croissantes du sud vers le nord. La France occupe une position intermédiaire. Les sujets de préoccupations sont communs aux différents pays et portent principalement sur les conditions de vie des animaux d’élevage, les impacts sur l'environnement, les risques sanitaires. Enfin ils remettent en question le modèle de l’élevage intensif. Christine Roguet cite quelques solutions mises en place, notamment dans les pays du Nord de l’Europe. "De nombreux labels ont été mis en place par des associations préoccupées par le bien-être animal et ont trouvé écho en Allemagne, aux Pays- Bas et au Danemark".

 

Intervention de clôture.

Le colloque a été clôturé par l'intervention de Francis Wolff, philosophe, professeur émérite à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm afin de poursuivre les réflexions dans l'avenir quant aux nouvelles frontières à établir entre les animaux et les hommes.

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