Open source : avenir ou concurrence de l'industrie automobile ?

Le 22 novembre 2016

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La sortie du guide 2016 “Open Source & Mobility” de la Fabrique des Mobilités est l'occasion de s'interroger quant à l'impact de l'open source sur les processus de création de solutions de mobilité. Ou comment l’open source, le partage permettent d’arriver différemment à la construction d’une voiture ? Mais ces véhicules open source sont-ils réservés aux makers ou influencent-ils les pratiques de l'industrie automobile ? Et au-delà des phases de conception et de fabrication, quels sont les impacts des véhicules open source sur l'ensemble de la chaîne de valeur, notamment la distribution des véhicules ?

Qu’est-ce que l’open source ?

D’après André Reinald de Mozilla France, l’open source vient d’un désir de partager pour être utile aux autres, mais aussi pour avoir la reconnaissance de ses pairs. Ce partage à un plus grand nombre a un intérêt économique : il évite de réinventer la roue à chaque projet. Ainsi un nouveau projet peut être en grande partie l’assemblage de briques conçue par d’autres.

Définition de l'open source en fin d'article

L’open source dans l’automobile : un gadget de maker ?

Un maker est une personne qui adore créer de ses propres mains des “objets” technologiques sur son temps libre. Le courant s’est développé dans l’électronique et arrive depuis quelques années chez des passionnés de voiture. Il n’y a pas si longtemps, les propriétaires de voitures qui le voulaient pouvaient faire toutes sortes de changements sur leur véhicule. Les véhicules modernes ont rendu plus difficiles ces modifications.

Le développement des imprimantes 3D a ouvert une brèche sur la fabrication “libre” de pièces et donc de véhicules. Jusqu’alors avec des plans open source créés avec des logiciels de conception open source, l’obstacle était la fabrication des pièces : onéreuses et pas accessibles à tout le monde. Aujourd’hui, des Fab Lab mettent à la disposition de passionnés et du grand public des outils accessibles pour concevoir et fabriquer leurs pièces.

opensource makers

Fonderie Car : A Paris La Fonderie a monté le projet Fonderie Car ou comment “hacker” sa propre voiture. Sur une voiture ordinaire (une Citroën Nemo d’occasion), Gaël Musquet, chef de projet de la Fonderie Car, a implémenté de l’open data, des logiciels open source, du matériel libre et des standards ouverts. Cela donne une voiture hyper connectée faite maison : https://lafonderie-idf.fr/fonderie-car/ !

Toutefois, l’open source ne reste pas l’apanage des makers. L’industrie automobile en incorpore les codes : de la conception, à la distribution en passant même par la fabrication des véhicules !

 

Comment l’industrie automobile mute vers l’open source ?

Que se passerait-il si les constructeurs automobiles, au lieu de passer des années et de mobiliser des sommes considérables à vouloir être le seul premier technologiquement, partageaient leurs découvertes pour encourager le développement plus rapide des technologies ?

 

Open source côté conception

Open Source Vehicle pense que l’industrie automobile n’est plus viable, elle est trop inefficace et que l’open source est la clé pour permettre une transition vers une meilleure industrie, qui innovera sur les technologies de pointe au lieu de se concentrer sur la fabrication de différents modèle de voitures qui, au final, sont toujours les mêmes.

Open Source Vehicle (OSV) est un projet emblématique de l’open source Hardware dans le secteur des transports. L’approche radicale d’OSV est de développer la première plateforme technologiquement modulable afin de lancer la production automobile 2.0. De petites entreprises, des clients finaux pourront ainsi participer au design et aussi à la production pour co-créer, adapter et améliorer des composants ou le véhicule dans son ensemble pour correspondre à leurs besoins.

Le co-fondateur de Local Motors, John B. Rogers Jr., considère que l’open source est un courant naturel pour l’industrie automobile, comme cela a pu l'être auparavant pour d’autres systèmes complexes. Le modèle open source permet l’expérimentation et le perfectionnement des idées avant de réaliser des gros investissements de production.

Local Motors : l’idée de base de Local Motors est de produire un véhicule collaborativement sur une plateforme en ligne, comprenant 50 000 membres, parmi lesquels des ingénieurs, des designers et toute personne voulant partager une idée. Le but est de contribuer à des solutions innovantes pour les défis locaux des villes dans le futur en termes de mobilité en utilisant la force d’une communauté globale. C’est une approche globale combinant co-création et micro usines, conçues pour développer des solutions adaptées et pertinentes à un environnement donné. L’intérêt de cette combinaison est d’arriver plus vite à la production et d’être capable de s’adapter à un environnement mouvant.
- Maud Chidiac, Chef de projet Local Motors

opensource constructeurs

Côté grands constructeurs, l’idée de l’open source avance. Des consortiums se forment pour travailler à des modèles de production ouverts et standardisés. L’objectif est de permettre une ouverture et une pérennité pour les équipementiers qui investissent dans ces nouveaux standards.

Un exemple est la GENIVI Alliance (cf. article "GENIVI : Vers un modèle de voiture communicante ouvert à tous ?") qui regroupent constructeurs, équipementiers et solutionneurs technologiques. GENIVI souhaite fournir un système de communication et d’information non propriétaire que les constructeurs pourront facilement intégrer et “customiser” pour leurs véhicules. La communauté GENIVI fournit à l’industrie automobile des solutions techniques qui sont des API ou des modules d'interopérabilité pré-intégrés dans le véhicule. Les membres de GENIVI développent des projets open source ou libres et GENIVI fournit aussi les outils et les bonnes pratiques pour la bonne collaboration entre tous les développeurs qui veulent participer à un projet.

Les constructeurs intègrent aussi les codes de l’open source et des makers. Ainsi, Renault a monté une startup à l’intérieur même de sa structure pour piloter l’innovation : Le Laboratoire Collaboratif d’Innovation. Ce lab est là pour comprendre les changements dans les usages de la mobilité et imaginer la voiture du futur. Pour casser le mode du reste de l’entreprise, les cinquante ingénieurs du labo (design, ingénierie produit), réfléchissent tous ensemble, profitent de l’expérience du lab de Renault dans la Silicon Valley et s’appuient sur les outils collaboratifs mis en place :

  • Innovation Room : C’est un lieu créé pour booster la chance de trouver la solution par sérendipité, ouvert à tous, où sont montrées diverses expositions (esprit maker, ludification…).
  • Pitch & POC : C’est un espace collaboratif en ligne pour permettre à des personnes des 4 coins du monde de réfléchir ensemble sur un projet innovant : les discussions se transforment en idées, puis en projets qui sont incubés avant de pouvoir passer un niveau et aller dans le Creative Lab.
  • Creativ Lab : Ce laboratoire fournit tous les outils pour qu’une équipe collabore à un projet : prototypage, imprimantes 3D, découpe laser...
  • Innovation Community : C’est l’outil final du processus d’innovation. Le but est de construire une vision commune de la mobilité du futur, en travaillant avec Michelin, Visteon, SNCF ou encore EDF.

Renault veut ainsi pouvoir aller plus vite et muter petit à petit. La règle est de livrer un produit clé en main, économiquement viable, en 24 mois maximum. D’après Patrick Lecharpy, responsable pour le design au LCI : "Chaque membre du LCI va chercher des compétences en interne, dans son métier, pour aider à développer le projet en associant très tôt les autres salariés du groupe, on les entraîne dans l’aventure".

 

Open source côté assemblage, distribution et entretien

De nouveaux acteurs comme Local Motors, Riversimple, OSVehicle, revoient aussi le mode de fabrication et d’assemblage des véhicules. Pourquoi assembler les véhicules dans une usine centralisée ? Pourquoi ne pas permettre l’adaptation des voitures localement ? Pendant que les constructeurs historiques investissent beaucoup dans leurs usines et leurs milliers d’employés, ces nouveaux acteurs pensent micro usines, opérant à petite échelle avec des budgets moindres.

Les outils de FabLab ne permettent pas seulement des tests et des expérimentations. La qualité des pièces réalisées par certaines imprimantes 3D, micro forges… permettent de concevoir des méthodes d’assemblage décentralisées dans des micro usines, avec un choix de finition et la fabrication de cette finition sur place.

Le distributeur peut ainsi être l’assembleur pour réaliser des voitures de séries “sur mesure”. De même, pour les pièces de rechanges, qui ne sont pas des pièces de sécurité, la fabrication peut être envisagée localement.

C’est comme cela que Local Motors a imaginé Direct Digital Manufacturing. Grâce à cet outil, une plateforme numérique peut gérer les plans du véhicule et des pièces à fabriquer, mais aussi gérer simplement la personnalisation du modèle, comme le nombre de places.

 

Quelles autres ouvertures pour le véhicule de demain ?

  • L’open data : L’intégration des données ouvertes pour optimiser le véhicule aux usages de demain.
  • L’open energy : La fourniture d’un standard ouvert de recharge et la mise à disposition en licence libre de tous les plans pour réaliser des machines pour capter l’énergie, la stocker et l’utiliser.

L’industrie automobile est loin d’être totalement ouverte mais les nouveaux acteurs et les constructeurs historiques travaillent à leur rythme à cette ouverture des méthodes, des outils, des technologies et des données.


Une définition de l'open source

L’Open Source Initiative donne une définition de l’open source en différents points :

  • Libre redistribution : L’"objet" open source doit pouvoir être vendu ou donné librement sans droits d’auteur ou royalties sur les utilisations futures.
  • Code source : l’auteur doit donner les moyens de modifier l’"objet", sans rendre cela difficile à comprendre.
  • Travaux dérivés : l’auteur doit permettre les modifications de l’"objet" et les travaux dérivés.
  • Intégrité du code source de l’auteur : L’auteur peut refuser la modification de l'"objet" en tant que tel, mais il doit permettre la distribution des modifications sous forme de "patch". De même, l’auteur peut demander l’utilisation d’un nom différent que celui de son “objet” pour les travaux dérivés.
  • Pas de discrimination entre les personnes ou les groupes ou entre les domaines d'application : la diffusion ne doit pas être restreinte.
  • Distribution de la licence : Aucune restriction supplémentaire ne peut être appliquée à l’"objet" qui est distribué.
  • La licence ne doit pas être spécifique à un produit : L’"objet" doit pouvoir être utilisé indépendamment d’un autre ensemble d’objets.
  • La licence ne doit pas être contaminante : La licence de distribution de l’”objet” ne doit pas exiger que l’"objet" soit distribué seulement avec des "objets" avec la même licence.
  • La licence doit être technologiquement neutre : la licence ne doit pas imposée une technologie, un style…


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