L'évolution plus que la révolution vers le véhicule sans chauffeur

Le 19 avril 2016

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2015 aura été une année forte en communication et en expérimentations de véhicules autonomes. La technologie maîtrisée par les constructeurs semblerait prête à faire circuler rapidement des véhicules sans intervention du chauffeur. Le cadre réglementaire semblerait être le seul frein au développement de ces automobiles.

On voit dès lors se développer des hypothèses de révolution dans la mobilité et de nouveaux services avec des véhicules se déplaçant sans chauffeur : des trains de petits véhicules de transport en commun, des véhicules partagés repartant seuls pour leur prochaine mission, des villes avec moins de routes, moins de parkings, moins de feux rouges, et réorganisées pour des trains de camions de marchandises, des services de VTC Uber sans chauffeurs… et globalement le véhicule relayé au rang de « device » avec des opérateurs de mobilité, capables de disruptions et prenant le leadership du service de mobilité.

Quelques points de vue sur ces évolutions, leur vitesse de pénétration et les jeux d’acteurs.

L’intégration de ces technologies ira-t-elle aussi vite vers la voiture sans chauffeur ?

La première source de méfiance vient de la capacité de l’industrie et de l’écosystème automobile à transformer les potentielles révolutions en évolutions qui permettent de maintenir les grands équilibres des forces en présence. Le dernier exemple est peut-être celui de l’électrique. Les prévisions de croissance rapide du marché du véhicule électrique annoncées dès 2008 avec des taux de pénétration à 2 chiffres et l’arrivée rapide de nouveaux entrants se sont révélées des prévisions hâtives.

8 ans après, les constructeurs ont en effet presque tous intégré le véhicule électrique dans leur gamme, un seul véritable nouvel entrant, Tesla, parait crédible, et le réseau d’infrastructures commence à peine se développer sur le territoire français.


Verra-t-on apparaitre Google et/ou Apple comme constructeur d’automobiles électriques autonomes ? Rien n’est moins sûr aujourd’hui.


Les partenariats en train de se forger aux Etats Unis entre GM, Ford et les géants du numérique semblent indiquer que l’orientation pourrait être plus à un partage de la valeur du « véhicule autonome serviciel » qu’à des positions frontales. Le positionnement des constructeurs, non plus comme constructeurs automobiles, mais en tant qu'opérateurs de mobilité : la dernière annonce de PSA est une autre indication du mouvement en cours de toute la filière automobile pour ne pas perdre le contrôle de la valeur. Notons que la feuille de route de la PFA indique 2030 pour l’échéance d’une mobilité sans chauffeur.

La réglementation californienne a récemment indiqué que les voitures même autonomes garderont malgré tout un volant et un chauffeur. Carlos Ghosn faisait également récemment des déclarations similaires sur le futur de la voiture autonome de Nissan qu’il ne voit pas sans chauffeur, et qu’il voit progresser graduellement, la première étape étant la délégation de conduite dans les bouchons ou pour le parking pour 2020. Cela n’est pas, bien sûr, la vision de Google et de sa Google Car sans volant.

Au-delà de l’évolution de la réglementation et du système assurantiel associé, la capacité d’acceptation des automobilistes est également en jeu et milite probablement pour une évolution plus que pour une révolution. L’essentiel des acheteurs de véhicules neufs étant plutôt des séniors, plus habitués à conduire qu’à se laisser conduire, on peut penser que le passage de la culture de la conduite à celle de la délégation complète de cette fonction se fera progressivement. Encore une fois, l’électrique montre les freins qu’il faut lever pour modifier les comportements d’achat et de conduite.

Une accélération de l’intégration des ADAS déjà engagée

Par contre, le fait est que la pénétration du numérique va s’accélérer dans l’automobile, et en particulier pour l’intégration d’ADAS (Advanced Driver Assistance Système) permettant d’une part d’accroitre la sécurité et d’autre part de décharger peu à peu le conducteur de ses responsabilités. Ainsi, la prévision d'une progression de plus de 50% pour le marché de l’électronique embarquée, entre 2010 et 2020, semble bien être en passe de se réaliser.

Cette évolution n’est pas nouvelle, mais on voit s’accélérer le phénomène avec de nouveaux entrants sur ce marché. A l'image de Samsung qui, après avoir vendu sa filiale automobile Samsung Motors à Renault en 2000, revient en 2015 sur le marché automobile en prévision du véhicule autonome. Après Apple, Google, Nvidia et d’autres, l’arrivée de Samsung dans l’automobile, dans un contexte de stagnation du marché de la téléphonie mobile, accrédite l’accélération de l’innovation électronique et digitale dans l’automobile.

Avant la voiture sans chauffeur, la voiture avec du temps de chauffeur sans conduite

Dans le même temps que les ADAS déchargeront le conducteur de temps de conduite, l’enjeu pour les constructeurs est d’intégrer dans l’automobile la possibilité d’autres expériences que celle de la conduite dont ils sont experts. On pourra en effet accepter d’autant mieux de déléguer la conduite qu’on pourra s’occuper à faire autre chose dans son automobile, et notamment des choses utiles plus qu’agréables comme travailler ou faire ses courses.

En ce domaine l’expérience et l’expertise de Google, d’Apple ou de Samsung deviennent précieuses pour les constructeurs. C’est probablement plus dans cette espace de l’expérience de « conduite » que ces acteurs visent à apporter de la valeur ajoutée. Les collaborations récentes entre Ford et Amazon vont notamment dans ce sens avec la perspective de relier les véhicules Ford avec le boitier « Echo » de la maison connectée d’Amazon.

Des premières applications sans chauffeur pour le transport en commun en sites propres

Ce pourrait être en effet dans ce domaine que les premières applications de conduite autonome apparaissent. EDF vient de passer une première commande pour l’achat à Transdev/Navya de 5 navettes autonomes qui permettront des déplacements autonomes sur la centrale nucléaire de Civaux, avec à la clé une productivité accrue des déplacements sur un site de 200 hectares.

D’autres projets sont en cours de discussions et vont être un bon terrain de jeu pour apprendre sur des sites propres ou des « zones de rencontre » à apprivoiser ces nouveaux véhicules.

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