Prix du pétrole : fin des (in)certitudes

Le 18 mars 2016

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Afficher en taille réelle Chevalet de pompage au sud de Midland dans le Texas

Longtemps nous avons tous scrutés les cours du pétrole à l'aulne des prévisions haussières, certains de voir le cours du baril battre chaque fois des records. C'était avant la déstabilisation du marché pétrolier et les records de baisses des cours connus en 2014 et 2015.
Mars 2016 marquerait alors le début d'une inversion durable des courbes de prix du pétrole ? Le retour d'une certaine volatilité et donc une source de nouvelles incertitudes ?

Quelles tendances ?

Après des mois de chute significative, le prix du baril de pétrole flirte à nouveau avec les 40$ fin mars 2016.
Cette évolution à la hausse relance les hypothèses d'un prix du baril autour des 90$ à moyen et long termes (horizons 2020 et 2035, d'après les scénario de l'IFPEN et du Ministère de l'Environnement).

Pour 2016, une récente publication de l'IFPEN (l'ex-Institut Français du Pétrole) propose une projection de l'évolution du marché des hydrocarbures, basée sur les investissements en exploration-production réalisés en 2015. Il y est envisagé une évolution fortement volatile des prix du pétrole, le baril évoluant dans un spectre entre 30 et 60$ tout au long de l'année 2016. Cette volatilité se nourrit notamment des incertitudes quant au retour de l'Iran et aux capacités d'ajustement de l'OPEP face aux évolutions de la demande mondiale.

Les données ci-dessous atténuent les tendances constatées depuis 2013 mais donnent à voir plus finement les évolutions rétrospectives du prix du pétrole.

prix du pétrole

Comment expliquer l'évolution actuelle du prix du pétrole ?

Plusieurs éléments, certains déjà évoqués en février 2015, sont mobilisés pour comprendre la conjoncture actuelle et anticiper les évolutions à venir du prix du pétrole dans un contexte de "nouvel ordre pétrolier mondial" (Le Monde, le 31/01/16) :

1 - Le profond déséquilibre du marché provoqué par :

  • le ralentissement économique mondial et donc la baisse de la demande en hydrocarbures
    Le début de l'année 2016 est ainsi remarquable pour la baisse significative de la consommation de carburants constatée en France, particulièrement marquée pour le gasoil;
  • l'explosion de l'offre due à la production massive d'hydrocarbures issus de ressources non-conventionnelles (sables, pétrole de schiste...).

2 - Une compétition économique accrue entre pays producteurs qui a rebattu les cartes des ententes et déstabilise les pays producteurs à coûts élevés

  • la fin de la politique d'équilibre de la production assurée par le Royaume Saoudien;
  • et l'évolution par un équilibre négocié entre grands pays producteurs : accord Arabie saoudite / Russie / Venezuela conclu en février pour geler la production et permettre une remontée des cours (Le Figaro, le 16/02/16).

3 - Le mouvement de dévalorisation des actifs carbonés

  • le carbone est perçu comme un risque par les investisseurs dans un contexte de mobilisation mondiale contre les émissions de Gaz à Effet de Serre (COP21);
  • les pays producteurs de pétrole, à l'image de l'Arabie Saoudite, craignent une sortie rapide de modèles économiques dépendant des énergies carbonées.
 

Prix du pétrole, nouveau cygne noir des prospectivistes ?

By JJ Harrison (jjharrison89@facebook.com) (Own work) [GFDL 1.2 (http://www.gnu.org/licenses/old-licenses/fdl-1.2.html) or CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia CommonsAujourd'hui les certitudes ont été balayées par une chute aussi vertigineuse qu'inattendue des prix des hydrocarbures en deux ans. Or les modèles de décryptages de l'évolution du prix du pétrole ne semblent plus opérants. Des facteurs d'influence, sans doute sous-évalués jusqu'alors, remettent fondamentalement en cause les exercices prospectifs !

Pour reprendre l'image du cygne noir développée par Taleb (Pour les Européens, le cygne noir n'était pas une possibilité, donc personne ne le cherchait. Et surtout il était difficile d'admettre son existence), il semble que les acteurs et observateurs du marché du pétrole n'ont pas su, ou voulu, voir et décrypter les signaux laissant augurer d'une baisse importante et relativement durable du prix du pétrole.

Cependant  une étude du PIPAME évoquait, dès 2009, des évolutions qui nuançaient les discours des analystes.

Qui se lancera le premier dans les prochains paris sur l'évolution du prix du pétrole ?

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