Etude DGE : Le positionnement des acteurs face aux "Usages Novateurs de Mobilité"

Le 22 février 2016

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Après un premier article sur les inégalités apportées par les Usages Novateurs Automobile (UNA), voyons les ponts possibles entre le secteur de l'automobile classique et celui de l'économie de fonctionnalité de la mobilité. L'étude de la DGE décrit les scénarios potentiels et en évalue les impacts.

 

Quels scénarios pour le développement des UNA ?

L’étude se penche sur 3 scénarios :

  1. "Enrichissement de l’offre inter-modale", où les AOM (Autorité Organisatrice de la Mobilité) deviennent acteurs centraux,
  2. "Annexion des nouvelles mobilités", où les acteurs traditionnels de la filière automobile deviennent acteurs centraux,
  3. "Partage généralisé et numérisé", où les plateformes de mobilité "privées" deviennent dominantes.

Les scénarios ont été évalués en prenant en compte les usages novateurs de l’automobile que sont : l’autopartage et le covoiturage. Les simulations reposent sur trois repères :

  • l’Enquête National Transport couplée à l’Enquête Budget des Familles de 2008 et 2011 permettant de caractériser l’usage fait des véhicules, les dépenses liées et d’en déduire les consommations d’énergies et les émissions,
  • la projection prospective réalisée par Transdev en 2011 sur le développement des nouvelles mobilités partagées et des transferts multimodaux, avec une contraction forte des dépenses automobiles à partir de 2035,
  • l’intensification de l’usage des parcs automobiles où le même nombre de kilomètres est parcouru par un nombre moins important de véhicules.

 

Scénario 1 : Enrichissement de l’offre inter modale

 

scenario1

Dans ce scénario, les Autorités Organisatrices de la Mobilité (AOM) deviennent les acteurs centraux de l’offre globale de mobilité via une plateforme publique. Ils sont l’opérateur de l’Etat et des collectivités pour la mise en commun de l’ensemble des données numériques des usagers et des “transporteurs” et de son traitement (Big Data). Ceci permet la mise en cohérence et l’interopérabilité de toutes les offres de transports (transports en commun, autopartage, covoiturage, taxi, VTC …).

La régulation des données de mobilité permet une non concurrence des différents modes de transports. Cela permet la mise en place d’une billetique unique et une intermodalité optimisée.

La simulation de ce scénario dans les repères choisis par l’étude fait ressortir les impacts suivants :

  • Réduction du parc automobile de 26% par rapport à aujourd’hui,
  • Âge du parc assez stable : -0,6 an,
  • Réduction de près de 8 millions de tonnes de CO2 et de 4,6 Mtep (Millions de tonnes équivalent pétrole),
  • Perte de 3 600 emplois (-2,5%) pour le secteur du véhicule neuf et de 33% pour le véhicule d’occasion,
  • Baisse du chiffre d’affaires global de 20% (essentiellement pour le véhicule d’occasion et les assurances).


Toutefois, ce scénario est fort peu probable car il implique un système reposant essentiellement sur les finances publiques.


Scénario 2 : Annexion des nouvelles mobilités

 

scenario2

Ce scénario est "continuiste". Le covoiturage et l’autopartage sont une variante d’utilisation des véhicules. Toutefois, les constructeurs automobiles prennent une place plus centrale sur les nouveaux usages de l’automobile. Les constructeurs, les équipementiers, et autres partenaires (assurances, loueurs, péages …) incluent, dans les véhicules, des solutions technologiques facilitant ces nouveaux modes de mobilité.

Côté usagers, ce scénario privilégie une vision "économique" de la mobilité automobile : les ménages améliorent le rapport qualité-prix de leur véhicule.

La simulation de ce scénario dans les repères choisis par l’étude fait ressortir les impacts suivants :

  • Réduction du parc automobile de 30% par rapport à aujourd’hui,
  • Âge du parc assez stable : -1,4 an,
  • Réduction de 7,5 millions de tonnes de CO2 et de 3,5 Mtep,
  • Création de 14 432 emplois (+9,7%) pour le secteur du véhicule neuf contre une perte de 44,8% pour le véhicule d’occasion,
  • Baisse du chiffre d’affaires global de presque 21%.

 

Scénario 3 : Partage généralisé et numérisé

 

scenario3

Dans ce scénario, les plateformes existantes de nouveaux usages de l’automobile deviennent dominantes. Le développement du numérique facilite encore leur usage. Les constructeurs et les transports publics doivent s’adapter. Le covoiturage et l’autopartage entre particuliers deviennent la norme pour les trajets longs, moyens et courts. Les flottes de véhicules privées et publiques intègrent le système.

Les constructeurs automobiles et les opérateurs de transports publics perdent ainsi la maîtrise de la mobilité, sans en être les grands perdants au niveau emploi et chiffre d’affaires. Les "perdants" de ce scénario sont les zones rurales qui ne profitent pas de la densité de l’offre d’autopartage et de covoiturage mais où les opérateurs de transport public ne développent pas leur offre, du fait de la domination globale des plateformes de nouvelles mobilités.

La simulation de ce scénario dans les repères choisis par l’étude fait ressortir les impacts suivants :

  • Réduction du parc automobile de 12% par rapport à aujourd’hui,
  • Âge du parc assez stable : -0,7 an,
  • Augmentation de 1 million de tonnes de CO2 et réduction de 0,7 Mtep,
  • Création de 19 736 emplois (+13,4%) pour le secteur du véhicule neuf contre une perte de 21,6% pour le véhicule d’occasion,
  • Baisse du chiffre d’affaires global de 7,8%.

 

Gains d’emploi et de business vs bénéfices écologiques : des recommandations sous forme de compromis ?

Le scénario 3 est le plus bénéfique tant pour l’emploi que pour le marché de l’automobile. Mais il implique de négliger les bénéfices écologiques des nouveaux usages.

Le scénario 1 propose une répartition plus équitable des nouveaux usages de mobilité sur les territoires et permet donc de plus forts bénéfices écologiques sur la consommation énergétique et la masse totale du parc automobile. Toutefois, ceci implique un impact plus négatif sur l’emploi et le secteur automobile, et de fortes dépenses publiques.

Le scénario 2 semble donc être, selon l’étude, le meilleur compromis. Il est équivalent au scénario 1 en termes d’émissions, de consommation et de coûts pour les ménages. Mais il ne suppose pas un investissement public important et développe le business du secteur automobile.

L’étude de la DGE formule donc ses recommandations dans le sens du scénario 2, avec 4 objectifs :

  1. Faire dialoguer “anciens” et “nouveaux” acteurs en associant les problématiques de la filière automobile aux potentialités offertes par les nouveaux services automobiles.
  2. Favoriser l’intégration des TIC supports au partage des véhicules et encadrer le plus rapidement possible les développements pour ne pas être dépossédé des données de mobilité collectées.
  3. Faire des pouvoirs publics locaux et nationaux des acteurs exemplaires de l’autopartage et du covoiturage et amorcer une nouvelle offre de véhicules sur les sites existants.
  4. Poser les bases d’une réflexion sur une forme de “fiscalité intelligente” qui intégrerait des modes d’intensification des usages et des transferts de coût de l’usage à la possession.


Lien vers la synthèse des huit recommandations du rapport de la DGE sur les usages novateurs de la voiture.

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