Acteurs de l'automobile et du numérique : une collaboration forcée ?

Le 02 mars 2016

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D’un côté des acteurs industriels qui doivent se digitaliser. De l’autre des acteurs numériques qui doivent s’industrialiser. Au milieu, des enjeux de fiabilité et de contrôle des services de mobilité de demain, donc de création de valeur ajoutée. Les constructeurs et les acteurs du numérique peuvent-ils continuer leurs chemins vers le véhicule de demain sans s’allier ?


Où en sont les constructeurs sur le numérique ?

Les deux tendances numériques chez les constructeurs sont la maîtrise des technologies et la bascule dans l’économie de la fonctionnalité. Ils entrent ainsi de plein pied dans l’univers des applications et des services aux utilisateurs. Les stratégies sont, toutefois, opposées suivant les constructeurs : écosystème dédié développé en interne ou écosystème ouvert développé en partenariat avec des acteurs du numérique.

Les acteurs de l’automobile s’arment depuis quelques années pour se rendre plus agiles. Ils veulent accélérer leur transformation digitale pour rester maître du marché de la mobilité, comme le montre encore récemment la nomination du CDO de PSA Peugeot Citroën.

Ceci passe par des partenariats ou des rachats. Que ce soit pour le véhicule autonome ou d’autres services de mobilité, certains constructeurs montrent leur volonté de s’associer à des start-ups ou des géants du numérique. Ainsi, General Motors a noué un partenariat avec Lyft (service de VTC), a racheté la technologie de Sidecar (service de covoiturage) et s’est associé à Mobileye pour ses caméras de détection et d’analyse d’environnement. De son côté, Ford s’est associé à Velodyne qui a développé une technologie de mini radar de pointe (LiDAR) et est en discussions avancées avec Google pour créer une coentreprise autour de la voiture autonome. Enfin, le consortium BMW / Audi / Mercedes, a racheté l’entité cartographie de Nokia : Here.

Les constructeurs innovent aussi en interne en se dotant de centres de recherche dédiés au numérique ou en développant un écosystème ouvert. D’un côté, le groupe BMW veut rendre ses véhicules totalement numériques. Son objectif est de construire un écosystème d’applications dédiées à ses véhicules. De l’autre, Altran et Jaguar Land Rover s’allient pour pousser une plate-forme logicielle ouverte, qui se veut être le noyau d’une communauté d’open innovation autour d’une nouvelle génération de véhicules et de machines intelligentes.

L’innovation vient aussi des équipementiers qui veulent leur place dans le secteur des transports intelligents. Ils se positionnent entre le véhicule et le conducteur en fournissant des interfaces permettant au conducteur de rester connecté. C’est le cas, par exemple, de Continental qui veut proposer via l’Holistic Connectivity des services allant de la proposition de personnes à covoiturer le long de l’itinéraire (en partenariat avec des services de covoiturage) à la possibilité de démarrer un véhicule par reconnaissance de l’iris pour permettre des services de partage d’automobile.

Quelque soit les alliances, les rachats ou les recherches, la partie à très forte valeur ajoutée est la cartographie.


Pourquoi la cartographie est un enjeu central ?

Le système de cartographie est une brique essentielle de la voiture autonome. Il doit être assez fiable pour contrôler les éléments de conduite de la voiture. Pour cela, la cartographie doit être disponible à tout moment et mise à jour en temps réel. Les acteurs qui contrôleront les systèmes de cartographie pèseront donc très lourds dans le développement des véhicules autonomes.

Aujourd’hui les meilleures cartographies sont détenues par des acteurs du numérique comme Google ou Apple. Ils ont des bases cartographiques très complètes et profitent des données mobiles de très nombreux utilisateurs sur les routes. La société Uber a, quant à elle, lié un partenariat avec l’université d’Arizona pour développer sa cartographie temps réel après avoir racheté la société de cartographie deCarta et récupéré une partie de l’équipe de Bing Maps.

L’avantage des constructeurs automobiles est l’accès aux données des capteurs de leurs véhicules et à la future communication entre véhicules proches. Les données récupérées pourront ainsi mettre à jour automatiquement la cartographie en temps réel avec les données climatiques ou les conditions routières.

Les acteurs du numérique et de l’automobile se rejoignent sur leur volonté de proposer des services personnalisés au conducteur et aux passagers suivant leurs goûts, … et de profiter demain du “temps libre” apporter par le véhicule autonome.


Les acteurs du numérique peuvent-ils y aller seuls ?

Ils s’appellent Apple, Google ou encore Uber et ils se positionnent comme acteur de l’automobile de demain. Ils voient dans les nouvelles formes de mobilité, dont la voiture autonome, la possibilité de fournir toujours plus de services connectés aux passagers. Ils y travaillent sans se cacher.

Ces services seront la source de revenus à forte marge dans une industrie automobile qui devra elle toujours fonctionner à faible marge. Pour Uber, par exemple, la voiture autonome est synonyme de coûts de trajets divisé par 10. Pour Google ou Apple, la voiture autonome est un terrain où peut s’exprimer tout leur savoir faire numérique et ergonomique.

Alors pourquoi tous les acteurs du numérique ne suivent pas encore l’exemple d’Elon Musk avec Tesla ? C’est un investissement technique et logistique très coûteux avec un niveau d’agilité et des marges bien moindre que les plates-formes de services numériques. La logique actuelle est donc de trouver des partenariats gagnant-gagnant avec les acteurs de l’automobile.

Les constructeurs ont besoin de l’expérience des acteurs du numérique pour développer l’intelligence de leurs véhicules et les services apportés en mobilité. Les acteurs du numérique ont besoin de la collaboration avec les constructeurs pour avoir toutes les données pour rendre les services attendus. Mais si les constructeurs automobiles ne veulent pas jouer le jeu du partenariat avec les acteurs du numérique, il est fort à parier que ces derniers n’hésiteront pas à se lancer dans la production de leurs solutions de mobilité.

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