L'intérêt du GNV pour le transport lourd

Le 29 mai 2015

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L’inauguration de la première borne de charge GNV en Bretagne est l’occasion de revenir sur l’intérêt de la technologie pour le transport et la manière de développer son usage. Le rôle du transport poids lourd apparait comme clé pour ce marché. L'écosystème réuni pour cette inauguration apparait prêt pour amorcer la filière gaz pour le transport.

 

Des atouts du GNV maintenant bien connus et partagés

Les avantages environnementaux du carburant GNV (Gaz naturel Véhicule) par rapport aux motorisations diesel ont été rappelés lors de cette conférence inaugurale. L’AFGNV a récemment réalisé une étude comparative en instrumentant des véhicules en conditions réelles de roulage. Les résultats indiquent en moyenne 10 % de réduction de CO2, et plus de 50 % sur les NOx. Concernant les particules, elles sont quasiment indétectables par les capteurs d’aujourd’hui sur les véhicules GNV, cela sans dispositif de traitement des gaz d’échappement équipant les diesels Euro 6. L’utilisation de bio-GNV issu de la valorisation de biomasse permet par ailleurs un bilan CO2 presque neutre du GNV.

Sur le plan économique, les tracteurs proposés au catalogue des constructeurs sont de l’ordre de 20 à 25% plus cher mais en fonction des usages et des solutions de recharge, ce surcoût peut s’amortir sur un horizon de 3 à 6 ans avec les hypothèses économiques d’aujourd’hui.

 

Pourquoi amorcer avec le transport lourd ?

Le parc mondial de véhicules routier totalise de l’ordre de 19 millions de véhicules GNV, soit 2% du parc. La France totalise 13 000 véhicules soit moins de  0,2 % du parc. En Europe, 1 million de véhicules circulent dont presque 900 000 en Italie compte tenu d’une stratégie nationale pour le GNV ancienne. En France, l’usage du GNV est encore très marginal du fait d’un écosystème du gaz carburant quasi-inexistant, mais tout indique que celui-ci se met en mouvement.

 

Transports urbains de personnes et de déchets : des enjeux environnementaux

 

Les usages du GNV en France ont jusqu’à présent été impulsés par les collectivités avec des motivations essentiellement environnementales, notamment dans les centres urbains : collecte des déchets et transports de personnes rassemblent aujourd’hui le plus grand nombre de véhicules. Les distances quotidiennes sont compatibles avec l’autonomie des véhicules GNC (Gaz Naturel Comprimé) et la possibilité de recharger lentement la nuit réduit le montant des investissements d’installations. Les solutions GNV pour ces usages vont s’accélérer compte tenu de la prise en compte des enjeux de santé publique. Pour rappel, suite à l’injonction récente de l’UE, la France est tenue de mettre en action un plan en faveur de la qualité de l’air, visant à réduire les dépassements réguliers des normes. Paris a annoncé pour 2017 l’interdiction du diesel et d’autres grandes métropoles comme Lyon, Marseille et Lille vont emboiter ce pas. La loi sur la transition énergétique est en passe d'imposer l’intégration de "véhicules à faibles émissions" dans les flottes de transport public avec des échéances dès 2020. A ce stade, seuls les véhicules électriques, hybrides et GNV font partie des véhicules à faibles émissions. Pour ces usages, le GNV apparait comme une technologie mature et économiquement viable pour venir se substituer au diesel.

 

Transport de marchandises : Des enjeux économiques et d'image

 

Au-delà de ces usages, le transport de marchandises apparait comme une filière clé dans le développement du transport GNV. Deux raisons principales  :

  • Pour des raisons économiques. La filière est soumise à une très forte concurrence et une forte pression sur les prix. La part des dépenses de carburant représente 30 % du prix de revient d’un transporteur. Le contexte actuel de baisse rapide du prix du pétrole correspond à des causes conjoncturelles plus que structurelles et fait craindre une hausse future sans doute tout aussi rapide. Anticiper dès maintenant la rémontée du prix du pétrole et la fin du tout diesel pour le transport apparait par conséquent aujourd’hui pour plusieurs transporteurs comme une évidence. Les études de cas montrent qu’en convertissant une part significative du parc pour des usages compatibles avec l’autonomie du GNV et des conditions adaptées de recharge, les retours sur investissement peuvent tomber à 3 ans. Beaucoup de "si", mais qui suscitent l’intérêt des transporteurs, et un début de conversion pour plusieurs en France. Les conditions économiques futures avec un prix du pétrole fort et un renforcement des normes de pollutions pour les véhicules thermiques se feront au bénéfice des solutions GNV.

 

  • Afin de reprendre la main sur une image du transporteur-pollueur. Les transporteurs ont un capital sympathie très faible. A l’approche contraignante - massivement rejetée par la filière de l’écotaxe pour inciter une évolution du marché - pourrait se substituer une approche plus volontariste d’intégration de solutions innovantes réduisant l’impact environnemental du transport. Avec le GNV les transporteurs ont ainsi l’opportunité de devenir acteur d’une nouvelle chaîne de valeur du transport, allant jusque la production locale de bioGNV. Les chargeurs, pour certains, sont également prêt à accompagner cette évolution.

 

Des intérêts convergents et un écosystème prêt à se mettre en marche

La conférence d’inauguration réunissait tout l’écosystème du GNV : gaziers, syndicats d’énergie, constructeurs, transporteurs, chargeurs, collectivités. Les constructeur IVECO et SCANIA ont une offre aujourd’hui mature (4ème génération pour IVECO) et ont chacun témoigné d’un accroissement de la demande de cotations de la part des transporteurs pour des modèles GNV. Les acteurs du gaz ont, dans le cadre de la transition énergétique, inscrit le développement du gaz et du biogaz carburant comme un axe stratégique de développement, notamment comme substitution à la baisse des consommations pour les usages de chauffage et industriels. Les transporteurs sont en recherche de solutions innovantes en alternative au diesel. Pour le transport par FRET, les technologies électriques n’apparaissent pas comme des solutions économiquement et techniquement viables. Le GNC (gaz naturel comprimé) est une solution adaptée pour des usages de transports intra-régionaux de massification avant des transports longue distance. Le GNL (Gaz Naturel Liquéfié) commence aussi à apparaître pour des transports longue distance. Les chargeurs montrent un intérêt à soutenir un transport de leurs produits à moindre impact environnemental. Enfin les collectivités, comme Locminé qui a co-investi cette première borne de recharge, trouvent une légitimité à soutenir le développement d’une filière de transport sur son territoire plus propre et susceptible d’utiliser un biocarburant produit sur place.

On peut ainsi penser que ces intérêts convergeants vont permettre d’amorcer le marché, notamment par le biais d’investissements d’infrastructures de recharge placées aux endroits stratégiques pour les transporteurs.  

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