Les explorateurs d'avenir, Jean Ollivro : La mobilité et le territoire

Le 25 mars 2015

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Synthèse du propos de Jean Ollivro, président de Bretagne prospective, durant la journée Auto-mobilité et intelligence territoriale dont le fil conducteur était comment réussir au sein de chaque territoire une mobilité personnalisée, durable, innovante, connectée, sécurisée et ouverte à tous.
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Les mutations engendrées par l’arrivée de la voiture

Comme l’explique J. Ollivro, l’arrivée de la voiture a tout bouleversé. Il rappelle que dans un premier temps, le rapport originel de l’homme est le nomadisme, pas par choix, mais plutôt pour répondre à des difficultés (ressources, climat … ). Jusqu’en 1600,  70 % de la population européenne et 90 % des nouveaux mondes étaient nomades.  Puis à l’époque moderne, P. Chaunu1 démontre que 95 % de la vie des gens se déroule dans un périmètre de 7 kilomètres, et que le déplacement est vu comme un problème. 

L’arrivée du véhicule motorisé, appelé « l’auto mobilitas » par V. Guigueno2, a tout changé. Tout d’abord, la portée des déplacements se trouve démultipliée sans effort. Puis apparaît l’individualisation des déplacements, alors que les  premiers modes de transport à moteur (train, navire à vapeur …) étaient tous collectifs. Au départ réservée à certains « privilégiés », la voiture se démocratise à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans les années 60, et avec elle, se démocratise la vitesse.

Ce changement de paradigme créé des bouleversements territoriaux, à savoir, l’apparition de la périurbanisation et de l’étalement urbain. L’exemple marquant de Paris donne une idée de l’ampleur du phénomène, avec une population multipliée par 7, sa superficie a été multipliée par 70.  Les changements s’observent dans de nombreux secteurs, l’habitat s’équipe de garage, le tourisme change de visage, les zones commerciales s’installent au bord des rocades. Selon Jean Ollivro, l’automobile occupe le milieu des espaces, tout comme le tramway avant elle, car « plus vous allez vite, plus vous êtes au milieu des territoires ».

On voit dès lors apparaître une différentiation entre 3 espaces avec chacun leurs rapports et leurs réglementations concernant la voiture.

  • Les centres-villes où la voiture est plutôt combattue avec des aménagements de type : rues piétonnes, plots, parcmètres … Les politiques tentent de favoriser des mobilités plus collectives et plus actives.
  • Le périurbain ou le « monde des navetteurs », avec des tentatives pour contrer la multiplicité des usages de l’automobile, même si l’on sait globalement que, plus on s’éloigne des centres-villes, plus l’automobile est indispensable.
  • Dans le monde rural, la voiture devient omniprésente. Comme le montre une étude de l’ADEME sur le sujet, alors que 41 % des parisiens interrogés possèdent une voiture, ce chiffre monte à 88 % dans le rural.

Les mutations dans les usages de la voiture

Alors que la voiture a marqué l’apparition de l’individualisation des déplacements, on observe depuis quelques années le retour, en partie, d’une voiture partagée. En effet, les pratiques telles que le covoiturage et l’autopartage connaissent actuellement un essor considérable. En parallèle, on observe un croisement de plus en plus fort entre les mobilités mécaniques et numériques. Le développement du numérique dans le domaine de la mobilité automobile tend à ce qu’elle devienne de plus en plus en lien avec les mouvements des autres. 

Considérant les bouleversements que peut engendrer une évolution technique, J. Ollivro s’amuse à imaginer l’impact de la généralisation des véhicules sans conducteur. Réinterrogerait-elle la dualité nomade/sédentaire ? Quels seraient les usages de l’automobile ? Assisterait-on à une recomposition territoriale ?

Il insiste sur le fait que dans l’évolution de nos sociétés, c’est certainement le rapport de l’homme à l’étendue, son rapport à la vitesse qui a le plus transformé le territoire, qu’une solution miracle en terme de mobilité n’existe pas car il faut prendre en compte les spécificités des territoires, et nous ne sommes pas à l’abri d’une innovation qui bouleverserait à nouveau tout notre modèle.

 

1 : Pierre Chaunu, 1923-2009, historien français, spécialiste de l'Amérique espagnole et de l'histoire sociale et religieuse de la France de l'Ancien Régime.
2 : Vincent Guigueno, historien et auteur de "De l'histoire des transports à l'histoire de la mobilité ?"


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