Pétrole : un prix du baril en baisse et le monde industriel s’interroge

Le 18 février 2015

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Personne ne l’avait vu venir. Toutes les données de prospectives et experts annonçaient un pétrole cher, et ce durablement. Le Conseil d’Analyse Stratégique relevait en 2013 un consensus international avec un prix du baril au-delà de 100 dollars à court et à moyen terme. Pourtant, depuis fin 2014, le brent est passé en dessous des 65 dollars le baril, ce qui n’était pas arrivé depuis juin 2009.

Plusieurs raisons à cela. Certaines sont liées à l’évolution du secteur au fil des années, d’autres à des décisions récentes de positionnement des pays producteurs :

Tout d’abord, on peut considérer que depuis les années 2000, fastes pour les pays producteurs, les investissements et avancées techniques ont été nombreux. On pourra citer notamment les développements dans les gaz de schiste aux Etats-Unis, les sables bitumineux au Canada, les plateformes offshores africaines etc. Ces programmes sont pour la plupart arrivés à maturité et alimentent le marché actuel, l’exemple le plus représentatif étant celui des Etats-Unis, qui ont réussi à s’imposer comme grand producteur de pétrole grâce notamment aux techniques de fracturation hydraulique. Il y a ainsi un effet de l’accroissement de l’offre, qui entraine une baisse des prix, et ce d’autant plus que l’Arabie Saoudite, qui joue habituellement un rôle de régulateur, maintient aujourd’hui sur le marché un haut niveau de production de pétrole, à faible coût d’extraction.

Coté demande, la zone Euro a une croissance économique encore faible, alors que la croissance Chinoise ralentit et que d’autres grands pays comme la Russie, l’Argentine, le Brésil sont aussi en période de ralentissement économique. 

 

Des prévisions à court terme entre 50 et 90 $

Ainsi, comme le montre le graphique ci-dessous, les prévisions de plusieurs organismes tablent sur un prix du baril entre 50 et 90 $ pour la prévision la plus haute à court terme. Par exemple, Goldman Sachs a revu sa prévision à la baisse et envisage le baril de brent à 50 $ en 2015 et à 70 $ en 2016. La remontée des prix serait selon la banque américaine liée à l’instabilité et les nouvelles tensions en Libye, associées à un « déclin » de la production américaine mais qui fait face à un regain de la demande dans ce pays.

 Prévisions prix pétrole court terme

 

A plus long terme, les prévisions se font beaucoup plus rares que par le passé compte tenu des instabilités économiques et géopolitiques mondiales. L’AIE dans son dernier rapport prévoit tout de même un baril à 73 $ en 2020, tablant sur une baisse de production liée aux coupes opérées récemment par les compagnies pétrolières pour faire face à la baisse de rentabilité de certains de leurs projets, et sur une croissance de la demande.

 

Impacts sur le transport

Cette baisse du prix du pétrole joue directement sur le marché du transport en donnant de l’oxygène aux automobilistes et transporteurs. On voit par exemple aux Etats-Unis un regain des ventes de très gros modèles comme les pick-up et une tentation des constructeurs automobiles à faire infléchir la réglementation concernant les émissions de CO2 du parc automobile vendu. Ailleurs comme en France, la baisse du carburant pourrait réduire la pression du coût de la mobilité automobile sur le budget des ménages et soutenir le marché automobile.

 

Il faut néanmoins constater que le marché automobile n’est plus uniquement régulé par le prix du carburant mais également par des normes et réglementations mises en places ces dernières années. La prise en compte des enjeux climatiques s’est traduite par des normes de réduction contraignantes des émissions du parc de véhicules dans toutes les grandes zones économiques, en Europe, aux Etats Unis, et en Chine par une limitation des immatriculations dans les grandes zones urbaines. Par ailleurs, les enjeux de santé publique, et notamment de qualité de l’air, sont en train de devenir une préoccupation forte des collectivités. Les décisions récentes prises par la Mairie de Paris dans le cadre de son plan anti-pollution pour interdire certains véhicules dans la ville en sont une illustration.

 

Cette période de baisse du prix du pétrole est donc sans doute à considérer comme une opportunité de redonner des marges de manœuvre à des ménages et des acteurs industriels, afin de se préparer à engager la transition énergétique qui s’annonce. Les éléments structurels de la fin de l’ère de l’énergie bon marché sont toujours bien présents, et le retour d’un prix du pétrole cher est sans doute une question d’années voire de mois. Par ailleurs, les négociations européennes et internationales sur le climat (COP 21) qui s’engagent entraineront des contraintes de réduction de consommation énergétique ou encore d’abaissement d’émissions polluantes. En associant ces éléments à la volatilité récurrente du prix du pétrole, il devient nécessaire de miser sur les énergies alternatives, comme les énergies renouvelables, qui sont plus encadrées par les pouvoirs publics et donc avec des prix plus prévisibles. Engager d’ores et déjà des investissements dans la transition énergétique est alors le plus sûr moyen de rester compétitif et de préparer l’avenir.

Auteur(s)

Emilie Aubry, Creativ

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