Grande distribution & agroalimentaire : quels gains attendre de l’ultra-mutualisation logistique ?

Le 20 janvier 2015

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Face aux évolutions des modes de consommation (ex : drive) et au renforcement des contraintes environnementales, quels effets pourrait avoir le développement des entrepôts multi-chargeurs / multi-distributeurs sur la grande distribution française ? Retour sur l'étude collaborative d'ECR France.

Nous sommes en 2020… Une dizaine d’entrepôts régionaux partagés, multi-chargeurs / multi-distributeurs approvisionnent nos grandes surfaces. Des tiers de confiance optimisent et organisent la mutualisation en respectant la confidentialité des flux et des données. ECR France, en collaboration avec des acteurs de la grande distribution française, des prestataires logistiques et des industriels de l’agroalimentaire, a envisagé ce schéma logistique selon les 6 axes suivants :

  • Etude économique et environnementale
  • Gouvernance
  • Gestion des stocks
  • Gestion administrative de la commande à la facture
  • Organisation des systèmes d’informations
  • Relation contractuelle

Etude économique et environnementale

Dans ce modèle, tous les magasins d’une zone logistique (hors petits magasins de proximité) sont approvisionnés par un entrepôt régional selon les contraintes de chaque rayon / de chaque catégorie de produits. Ceci permet de :

  • Limiter le nombre d’entrepôts intermédiaires (10 dans le modèle étudié contre plus de 100 aujourd’hui pour certaines catégories de produits)
  • Eviter la duplication des tâches entre les acteurs (et donc les coûts associés !)
  • Eliminer les interactions opérationnelles entre industriels et entrepôts distributeurs (taux de service amont, litiges, obsolescence des stocks, etc.)
  • Optimiser davantage le flux, qui est organisé de bout en bout par le tiers de confiance (mutualisation maximum des moyens)

 En extrapolant l’étude (menée sur le rayon épicerie salée en région PACA), ECR France estime les gains annuels suivants :

  • Economie de 12,1 millions de litres de gasoil
  • Economie de 34 500 tonnes de CO2
  • Economie de 53 500 trajets en camions
  • Economie de 50% de valeur de stock

Ces résultats valident la pertinence économique et environnementale du schéma logistique « multi-multi ».

Gouvernance

Une entité réunissant les acteurs (GIE, société, etc.) gère et arbitre le pilotage de flux au quotidien et définit les règles de fonctionnement de cette « ultra-mutualisation ». Dans ce modèle, on privilégie l’optimisation des flux (3 et 4PL) aux organisations dédiées par acteur : ce sont les flux de transport mutualisés qui tirent la préparation et le métier d’organisateur de transport émerge.

Gestion, planification et optimisation des stocks

Dans le modèle, les stocks des industriels sont mutualisés et des règles claires permettent de gérer l’espace partagé. Mais les stocks (hors magasins) sont portés et gérés par chaque industriel, qui garde la main pour piloter et optimiser ses flux et ses productions. Le nombre d’entrepôts étant réduit, ECR France table sur une réduction probable des stocks de moitié.

Gestion administrative de la commande à la facture

Quotidiennement, une facture par industriel pourrait être éditée par chaque distributeur. Au cœur de ce dispositif, on retrouve une volonté de simplifier la facturation en préservant les systèmes d’informations actuels des distributeurs.

Organisation des systèmes d’informations

La fluidité des informations nécessite alors un système d’information collaboratif ouvert et sécurisé (mode SaaS ou cloud) auquel se connectent les systèmes d’information de chaque industriel, de chaque distributeur et de chaque prestataire logistique. Ce système permet aux acteurs d’échanger les commandes (EDI), les factures, les suivis d’expédition / de réception, la planification des stocks, les promotions, les RDV, etc.

Relation contractuelle

Ce schéma logistique modifierait également certaines pratiques (marges avant et arrière, accords spécifiques) puisque les stocks et les moyens logistiques (entrepôts, transport, co-packing, etc.) sont sous la responsabilité des industriels. La gestion de la relation avec les magasins reste quant à elle à la charge du distributeur.

Les optimisations opérationnelles sont actuellement souvent freinées par les organisations logistiques dédiées à un distributeur ou à un industriel. Dans le modèle de l’ultra-mutualisation, des contrats de services uniques avec les prestataires logistiques libèreraient les leviers d’optimisation. Le taux de service complet (la bonne quantité au bon moment) et le ratio coût / efficience totale logistique consolidée par acteur pourraient alors être de bons indicateurs de la performance du modèle.

Comment mettre le modèle en œuvre ?

« L’ultra-mutualisation » a du sens et les gains qu’elle laisse entrevoir la rendent attrayante, surtout pour les PME nationales. Mais la mise en œuvre de ce nouveau schéma logistique impose de trouver les bons partenaires, les bonnes règles de gestion… et de surmonter les freins culturels !

L'étude complète sur l'ultra-mutualisation est disponible pour les adhérents d’ECR France via le site Internet. Bretagne Supply Chain met également à disposition son dossier documentaire "10 pages pour tout savoir sur les coopérations logistiques" : cliquez ici pour en savoir plus.

Auteur(s)

Elodie Le Provost, CCI Rennes

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