Pourquoi donner du temps au véhicule électrique ?

Le 14 novembre 2014

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn

L’apparition des premiers véhicules (VE) a rencontré une phase d’enthousiasme enflammé lors des salons automobile des années 2009-2010. Renault évoquait des parts de marché pour le VE de 10 % en 2020. Les plans nationaux sur l’électromobilité reprenaient ces objectifs ambitieux de progression du marché en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats Unis et dans bien d’autres pays. L’électromobilité apparaissait comme une alternative crédible susceptible de se développer rapidement et de contribuer à répondre aux enjeux d’une mobilité moins carbonée, mais aussi comme une relance de l’industrie automobile en recherche d’un nouveau souffle.

Aujourd’hui, force est de constater que dans tous les pays les ventes de véhicules électriques ne sont pas celles qui avaient été imaginées à ce moment. Même avec un mois de septembre en France affichant un taux de croissance de 135 % par rapport au même mois 2013, les ventes du mois ne s’établissent qu'à 1514 véhicules particuliers vendus, soit 1% du marché. Force est de constater aussi que le déploiement des bornes de recharge, préalable admis par la majorité des acteurs au développement des ventes de véhicules électriques, n’avance pas aussi vite que prévu et se heurte à des finances publiques sous forte contrainte. Faut-il pour autant jeter le "bébé véhicule électrique" avec l’eau du bain ? On assiste en effet, après l’enthousiasme sans doute excessif de 2009, à une crise de doute sur le bienfondé du véhicule électrique, sur sa réponse aux enjeux de mobilité et son bilan environnemental. A côté de ce doute revient l’argument que les améliorations possibles sur les performances du véhicule thermique dans sa version hybride (cf les projets 2 litres) pourraient être suffisantes pour répondre à ces enjeux de mobilité et environnementaux. Dès lors pourquoi soutenir le développement du véhicule électrique ?

Il faut d’abord remarquer que l’écosystème à mettre en marche pour faire rouler des véhicules électriques est entièrement nouveau, assez considérable et que l’ensemble des freins à lever ne le seront que dans la durée. Le véhicule électrique ne s’imposera pas en effet comme s’est imposé le smartphone ; le premier frein à lever, après plusieurs décennies du modèle thermique, reste la résistance au changement des utilisateurs, dont les grandes préoccupations sont plus économiques qu’écologiques. Le signal prix envoyé par la baisse du prix du pétrole n’est de ce point de vue pas favorable à l’électrique. Il n’est dès lors pas étonnant que la mise en place de cet écosystème prenne du temps.

Il faut ajouter ensuite à cela plusieurs éléments supplémentaires :

  • Si les ventes ne sont en effet pas au rendez-vous, au niveau mondial aucun des pays engagés n’a aujourd’hui renoncé, ni les constructeurs d’ailleurs dont l’offre des véhicules tout électriques continue de croître. La Chine soumise à de graves problèmes de pollution a annoncé un plan de 12 milliards d’Euros pour le déploiement de bornes de recharge. La Chine est en train de revoir sa politique de soutien au véhicule électrique pour accroitre des ventes de VE décevantes jusqu’à présent. Kia a lancé en Europe au moment du salon son modèle électrique. Les pays occidentaux, les Etats Unis maintiennent leur feuille de route. Coté constructeur, Nissan et Daimler avec BYD ont annoncé le lancement de leurs véhicules électriques en Chine il y a quelques semaines. Certains territoires comme la Californie ou la Norvège connaissent une forte croissance du marché du VE grâce à des plans de soutien très ambitieux.
  • Les acheteurs de véhicules électriques sont en majorité plutôt satisfaits de leur acquisition. Lorsque l’usage est compatible avec les possibilités du VE, ce qu’il ressort est plutôt une satisfaction du choix du véhicule électrique et l’attente d’un réseau de charge plus conséquent.
  • Enfin, à la comparaison des performances techniques, économiques voire même environnementales entre le thermique et l’électrique, on peut opposer un décalage de maturité technique entre les deux technologies. Le moteur thermique bénéficie d’un siècle de mise au point. Le pari qu’il faut faire aujourd’hui est que le soutien au développement du véhicule électrique va permettre de répondre aux difficultés rencontrées en améliorant les technologies de batterie, mais également de recharge, de smart grid, de recyclage. Les modèles à mettre au point sont tout aussi nouveaux que ceux qui ont dû l’être au siècle dernier pour développer le thermique. C’est ainsi en permettant au véhicule électrique et son écosystème de suivre une trajectoire d'amélioration similaire au thermique, qu’il sera possible à moyen terme de faire de l’électromobilité une solution au moins aussi performante sinon plus que le modèle thermique. Exiger une équivalence immédiate des modèles serait ignorer ce temps d'apprentissage.

La difficulté de la période de transition énergétique en cours est que nous quittons une trajectoire unique, celle du véhicule thermique, pour plusieurs trajectoires dont on ne sait pas dire laquelle sera gagnante. A moyen terme elle le seront probablement toutes, en complémentarité, avec une meilleure adéquation entre l’offre et le besoin, et le développement d’approches servicielles, ceci en attendant une éventuelle future rupture technologique qui prendrait le dessus. Voilà pourquoi une nation automobile comme la France ne peut faire l'impasse sur le véhicule électrique. Son intégration comme part significative des mobilités prendra du temps mais est porteur de nouveaux marchés sur toute la chaine de valeur.

A lire également

La PPE : Pourquoi Pas moins d'Energie carbonée pour nous déplacer ?

Le 07/12/2016

La loi de Programmation Pluriannuelle de l'Energie est un exercice de transcription en droit français des engagements, ambitions et outils au service d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). La PPE coordonne la politique française sur les questions d'énergie avec les Accords de Paris et autres engagements européens.

Véhicules et Mobilités 2017 : vos retours et vos attentes

Le 29/11/2016

Pendant ce dernier trimestre 2016, nous vous avons interrogé sur votre niveau de satisfaction, vos avis et vos attentes pour Véhicules et Mobilités : le site Web, la newsletter, Twitter et autres. Comme promis, voici un retour des résultats de cette enquête et nos axes de développement pour 2017 !

Open source : avenir ou concurrence de l'industrie automobile ?

Le 22/11/2016

Comment l’open source, le partage permettent d’arriver différemment à la construction d’une voiture ? Mais ces véhicules open source sont-ils réservés aux makers ou influencent-ils les pratiques de l'industrie automobile ? Quels sont les impacts des véhicules open source sur la chaîne de valeur, notamment la distribution des véhicules ?