Entrepôt de demain : vers l’usine à colis

Le 08 octobre 2014

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn

Attention, l'entrepôt de demain : pas de visions futuristes ou fantaisistes. L'entrepôt de demain est actuellement en construction, en cours de conception. Alors… grand, petit, coloré, lumineux, mutualisé, temporaire, flexible, rentable, traversant, partagé... ?

Les tendances qui impactent l'entrepôt

L’émergence du e-commerce, et surtout des stratégies « cross canal », bouleversent les flux logistiques traditionnels. Le même produit emprunte des circuits de distribution différents donc la question de la localisation pertinente du stock se pose pour réduire les délais. La logistique est passée d’une fonction support du commerce traditionnel à une fonction stratégique du e-commerce. Elle est le cœur de métier des e-commerçants.

Les produits ne se déplacent plus en palette d’un bout à l’autre de la supply chain, mais au colis près, voire à l’unité. Cette gestion au détail, associée au cross docking (flux tendus) impacte évidemment les process de réception, de tri, de stockage, de préparation et d’expédition.

L'entrepôt de demain est flexible

D'abord en s'adaptant aux aléas : l’entrepôt de demain doit être capable d’absorber les variations de délais afin de garantir la satisfaction du client final, quoi qu’il advienne. Pour cela, il élargira certainement les horaires de réception. Aujourd’hui, la rigidité des créneaux de livraison dans certains entrepôts ne permet pas d'absorber les aléas du transport physique (panne, embouteillage, contrainte météo, etc.). Les grandes variations de la demande client (surtout en BtoC) modifient les process traditionnels de l'entrepôt. Des logiciels « Order Management System » permettent d’ailleurs de gérer cette flexibilité en priorisant les actions en temps réel pour répondre aux aléas.

Ensuite en garantissant la durabilité de l’outil : l’entrepôt automatisé dans lequel on investit aujourd’hui ne doit pas être caduque dans 2 ou 3 ans. Les systèmes déplaçant des palettes complètes ne sont plus pertinents dans le e-commerce (préparation au colis ou à l’unité) ou dans la grande distribution (préparation à la couche voire au colis). Les trieurs mécaniques aujourd'hui traitent des sachets, des cartons, du courrier… mais demain? Quels produits ? Quelles formes? Quels poids?

Les bâtisseurs d’entrepôts cherchent actuellement des solutions pour les faire évoluer dans le temps ou entre les locations d’un donneur d’ordre à l’autre : augmenter le nombre de portes à quais, modifier le plancher, pour passer demain d'un stockage en étagères de picking (2m de haut) à un stockage en racks (10m) sans se poser la question de la résistance du dallage.

L'entrepôt de demain intègre la RSE

Il est HQE, évidemment, de par sa construction (matériaux) et son utilisation (énergie). L’intérêt est surtout économique pour l'entreprise (taxe carbone, baisse des coûts d'exploitation et de maintenance).

Parce que l'entrepôt de demain emploie davantage de personnel (picking au détail), il donne davantage de place à l’Homme en se souciant de son confort (ergonomie, luminosité, isolation) et de sa sécurité : même d’un point de vue purement économique, le coût des arrêts de travail et des TMS grèvent la performance de l’entreprise.

L'entrepôt de demain est une usine à colis

Le picking au détail et le tri des retours font exploser les coûts logistiques. Mais le client n'est pas prêt à payer ce service plus cher, ce qui oblige l’e-commerçant à rationnaliser les coûts, à éliminer les gaspillages. L’industrialisation des process et la démarche lean deviennent des facteurs clés de succès pour l’entrepôt, véritable usine à colis.

L’entrepôt de demain dispose d’une grande zone pour la préparation des commandes (plus grande que celle d’un entrepôt classique), d’une zone retours (logistique très spécifique qui implique du tri, du contrôle et du traitement au cas par cas) et emploie de nombreux salariés (grands locaux sociaux, parking). Les produits de taille moyenne sont stockés sur des racks, des étagères accueillent les plus petits et de vastes espaces permettent de stocker les produits volumineux, comme les produits blancs en BtoC.

La productivité est forte dans l’usine à colis. A ce titre, les offreurs de solutions automatisées, les transiticiens, ont beaucoup progressé : des robots sont aujourd’hui capables de faire du picking ou d’apporter les produits sur un poste fixe (goods to man), ce qui accroit les cadences de « production » de l’entrepôt. La productivité s’appuie sur une grande flexibilité des process et des équipes (chevauchement d'équipes, polyvalence des postes : par exemple, un cariste peut aussi faire du picking). L’usine enfin est sécurisée, pour limiter les vols, notamment de petits produits par du personnel saisonnier. La vidéosurveillance est donc déployée, des portails de contrôle installés, les plafonds scellés, etc.

La situation géographique de l'entrepôt de demain est stratégique

L’entrepôt de demain est soit très grand, situé en périphérie des villes (le secteur de l'immobilier logistique cherche aujourd’hui des terrains de 20ha) ou très petit, situé au cœur des villes, pour la logistique urbaine (100m² suffisent parfois à des opérateurs du dernier km).

Le prix au mètre carré étant plus élevé, compte tenu des aménagements spécifiques demandés par le donneur d'ordre, le prix du foncier est le seul levier d’action du constructeur pour limiter le montant global de la facture. Cette évolution se fait actuellement au détriment des terres agricoles. L’entrepôt de demain sera donc certainement plus haut qu'un entrepôt classique.

Le bassin d'emploi dans lequel est situé l’entrepôt est aussi essentiel, pour absorber les pics saisonniers de l’activité. Enfin, l’entrepôt de demain est situé à proximité des hubs de transporteurs pour retarder le « cut off » (heure à partir de laquelle un e-commerçant ne peut plus prendre de commande pour J+1).

L'entrepôt de demain est pluridisciplinaire

Il permet de stocker dans un même bâtiment des produits secs, frais et surgelés. L’entrepôt de demain est très riche : certains process sont automatisées, d'autres mécanisées, d'autres enfin nécessitent du picking détail et un contrôle humain. La gestion informatique fine et en temps réel permet également la cohabitation de plusieurs process dans un même entrepôt.

L’entrepôt de demain est très certainement mutualisé entre plusieurs donneurs d’ordre pour partager les frais fixes et accroître les économies d’échelles. Il est éventuellement temporaire ou partagé selon les heures de la journée pour maximiser son utilisation (notamment en cœur de ville).

A lire également

Logistique, transport, supply chain : la blockchain va changer votre métier !

Le 28/11/2016

La 1ère Conférence Nationale Blockchain et Supply Chain a eu lieu le 23 novembre : point de vue sur la manière dont cette nouvelle technologie va bouleverser en profondeur la performance et les métiers de la logistique, du transport et de la supply chain.

Laurent Vigouroux

DDMRP : quand la supply chain crée de la valeur pour l’entreprise

Le 15/04/2016

Pour tout savoir sur le Demand Driven Material Requirements Planning, BSC a interviewé Laurent Vigouroux, consultant indépendant et expert en DDMRP.

Le transport de marchandises « s’uberise », le marché se déstabilise

Le 18/02/2016

Quand le collaboratif devient marchand, c’est l’uberisation. Et cette vague de transformation numérique (BlablaCar, Air B&B, etc.) atteint aussi le secteur du transport de marchandises : comment ? Pourquoi ? Que faire ?