Quelles sont les pistes d’évolution pour l’étiquetage nutritionnel ? Carrefour choisit les codes coloriels…

Le 07 octobre 2014

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L'étiquetage nutritionnel devrait être l'une des mesures phares du projet de la loi de santé, prochainement présenté en conseil des ministres. Si les codes coloriels sont déjà utilisés pour l'habitat ou l'électroménager, concernant l’alimentaire, ce système fait débat au regard du Règlement INCO. Carrefour se lance, Intermarché se retire...

 

Le débat sur l'étiquetage nutritionnel n'est pas nouveau. Mais en France le sujet est brûlant.

D’ici à fin 2016, les produits alimentaires seront dotés d’un nouveau tableau nutritionnel visant à mieux informer le public. Alors que certains acteurs prônent un système basé sur un code couleur, d’autres y sont opposés jugeant le principe trop stigmatisant.

 

 

code coloriel1Au Royaume-Uni, il existe actuellement un système d’étiquetage nutritionnel sous forme de traffic light ou feux tricolores, combinant l’information nutritionnelle à un code couleur - rouge, orange, vert - renforcé par les termes « élevé », « moyen » et « faible ». Ce système est en place depuis 2006. Validé par le gouvernement en juin, ce sont aujourd’hui près de 60 % des produits britanniques qui sont étiquetés avec des pastilles de couleur. Les grandes enseignes de distribution comme Marks & Spencer, Tesco, Sainsbury’s, mais également les industriels comme Mars, Nestlé ou Pepsi l’utilisent.

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En France, le premier à avoir instauré un étiquetage nutritionnel coloriel a été Intermarché. Dès 2006, le distributeur a mis en place Nutri-pass, une signalétique composée de trois couleurs : vert, jaune et rouge. Il a en revanche été abandonné, « du fait de la complexité du contexte règlementaire européen », selon les déclarations de l’enseigne.

 

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Des applications smartphone misent également sur ce système de notation. Notéo offre la possibilité de scanner le produit, l’application délivrant alors toutes les informations nutritionnelles avec un système de score qui donne une note finale, représentée par une pastille de couleur.

 

 

Carrefour profite du changement d'emballages imposé d'ici à décembre dans le cadre du règlement européen INCO.

 

code coloriel4C’est au tour de Carrefour de tenter l’expérience. Le groupe a en effet annoncé qu’entre la fin de l'année et le printemps 2015, tous les produits préemballés de marque Carrefour (600 à 700 au total) seront siglés d'un pictogramme de couleur verte, bleue, orange ou violette, en forme de pyramide inversée. Comme son nom l’indique - aquellefréquence - le logo donnera une indication de fréquence d'utilisation, associée à chaque couleur : « trois fois par jour », « deux fois par jour », « une fois par jour » et « de temps en temps ».

 

A noter que Carrefour a choisi de se baser sur seulement quatre couleurs, le rouge, jugé trop dissuasif, ayant disparu par rapport aux préconisations du professeur Hercberg. Quant aux indications sur la fréquence de consommation des produits, « elles peuvent être amenées à évoluer », comme l’avancent les dirigeants de Carrefour. Elles pourraient par exemple devenir « souvent, moins souvent, parfois ».

Cependant, au regard des scientifiques ce système est critiquable et serait propre à créer de la confusion dans l’esprit des consommateurs. Selon eux, les seuils et les messages auraient été fixés sans véritable validation scientifique et la démarche mise en place sans attendre un système unique officiel, validé par les pouvoirs publics.  Ces experts ont signé une tribune parue dans le Journal International de Médecine sommant  Carrefour de renoncer et de reprendre ses travaux, une fois un système unique validé par les pouvoirs publics.

 

Aux yeux des consommateurs l’étiquetage nutritionnel coloriel est-il une bonne approche?

L’étude Flabel 2012 révèle que :

  • Les informations nutritionnelles sont très peu exploitées par les consommateurs.
  • En rayon, le temps moyen consacré à la lecture de l’étiquetage nutritionnel est de 25 à 100 millisecondes, un temps trop court pour permettre une interprétation.

Il semble donc nécessaire de simplifier le décryptage des informations nutritionnelles. Mais de quelle manière ?

Selon l’étude NutriNet (source : communiqué de presse, décembre 2012) :

  • 80 % des participants apprécient l’idée d’avoir un logo d’information nutritionnelle sur la face avant des emballages des produits alimentaires pour les orienter dans leurs choix. Le logo en forme de feu tricolore est plébiscité.
  • Les logos simples, tel que le feu tricolore simple, semblent être des outils appropriés dans cette perspective car ils présentent la meilleure acceptabilité dans ces groupes.
  • Le feu tricolore multiple est le logo pour lequel la présence sur les produits est la plus souhaitée (83%) et le logo « dégradé de couleurs » est le moins désiré (25%).

Du côté de l’ANIA, les porte-paroles estiment que les produits alimentaires ne doivent pas être catégorisés à l’aide de couleurs ou de notes stigmatisantes, craignant que l’image des industriels de la filière ne se dégrade encore davantage.

 

Mais ce système fait-il ses preuves ? Qu’en pensent les Britanniques ?

Source : The Chartered Institute of Marketing, mars 2014

Si 76% des Britanniques pensent avoir une bonne compréhension de ce système, les sondages montrent que l’interprétation faite par les consommateurs n’est parfois pas celle escomptée.

Ainsi :

  • 64% pensent que si tous les feux sont verts, le produit doit quand même être consommé avec modération.
  • 51% pensent que si un produit a tous les feux verts, sauf un qui est rouge, il est dans l’ensemble bon pour la santé.
  • 67% pensent que si un produit a tous les feux rouges, il est mauvais pour la santé et doit être évité.

 

Pour l'heure, le ministère de la santé n'a pas encore tranché. Quant aux associations de consommateurs, elles rejoignent l'avis des communautés scientifiques, redoutant que ne se multiplient les systèmes de notation, en fonction des enseignes, des marques, des producteurs, ce qui créerait davantage de confusion pour le consommateur...

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