Le covoiturage Domicile-Travail en France et ailleurs

Le 29 juillet 2014

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Un des défis du projet BMA, est de mettre en place un covoiturage dit « pendulaire » pour les employés au sein des démonstrateurs, c'est-à-dire sur un trajet domicile-travail. Il apparaît que cette pratique ait du mal à convaincre, c’est pourquoi il semble pertinent de s’interroger sur son succès en dehors de la France.

Le 19 septembre 2013 avait lieu en France, la 4ème journée nationale du covoiturage dans le but d’encourager cette pratique de déplacement économique, écologique et sociale en plein essor. En effet, ce mode de transport apparu dans les années 1980 est devenu un véritable phénomène qui prend de l’ampleur puisque selon le site du Ministère du Développement Durable, il est estimé qu’environ 3 millions de Français l’utilisent aujourd’hui de manière régulière ou occasionnelle.

Mais si le covoiturage connait un développement important sur les trajets longue distance, le recours à cette pratique pour les trajets domicile-travail est encore trop rare puisque, selon une étude du CERTU (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques), 70% des gens empruntent leur voiture pour se rendre au travail. Or, c’est principalement sur les courts trajets, qui représentent 85% de l’utilisation de la voiture que les enjeux de société sont les plus importants notamment en termes de gain de CO2 ou de décongestion du trafic et c’est d’ailleurs l’un des principaux défis posé par BMA au sein de ses démonstrateurs.

Les Français seraient plus réticents à venir au travail en covoiturage pour plusieurs raisons. Les principaux freins à l’usage de cette pratique seraient la perte d’autonomie, le manque de flexibilité mais aussi tout simplement l’habitude d’utiliser sa voiture qui serait le prolongement de son espace personnel. Pour finir, un des freins est, pour les potentiels covoitureurs, l'appréhension de partager un trajet avec un inconnu.

Qu’en est-il de cette pratique dite « pendulaire » en dehors de la France ?

Une plateforme publique, gratuite pour les utilisateurs en Nouvelle-Zélande

En Nouvelle-Zélande, l’initiative « Let’s Carpool » lancée en 2009 est désormais la plateforme nationale du covoiturage dans le pays financée par les pouvoirs publics. « Let’s Carpool » est le résultat d’un partenariat rentable entre  deux Conseils Régionaux, Auckland et Wellington qui se sont accordés pour mutualiser leurs données et regrouper les offres de covoiturage. Aujourd’hui, les régions désirant rejoindre « Let’s Carpool » payent un impôt sur la licence du logiciel du système de transport et peuvent ensuite bénéficier d’une plateforme de covoiturage qu’elles peuvent gérer localement. Elles sont aussi responsables de la promotion de la pratique mais disposent d’un accès direct au matériel marketing fourni gratuitement. Une véritable campagne nationale de covoiturage « Kiwi Carpool Week » a été lancée l’an dernier du 10 au 16 juin 2013 pour la première fois et réorganisée cette année la deuxième semaine de juin. Les nouveaux inscrits et les covoitureurs aguerris acceptant de fournir des témoignages de leur expérience avec « Let’s Carpool » se sont vu offrir prix et récompenses (tel que des bons d’achat de 50$ dans la chaîne de supermarchés New World, coopérative alimentaire qui vend des produits locaux) au cours de la semaine et chaque jour, les 50 premiers covoitureurs présents aux arrêts de covoiturage avant 8h30 recevaient des boissons chaudes gratuites afin de les remercier de leur contribution à l’effort de décongestion du trafic et de participation au développement durable. Depuis le lancement de « Let’s Carpool en 2009, presque 10 000 néo-zélandais covoiturent désormais jusqu’à leur travail à travers le pays.

COVOIT2L’expérience néo-zélandaise est clairement un succès, puisqu’une enquête menée en avril 2012, soit 3 ans après le lancement de la plateforme nationale, révélait que presque 30% des participants utilisaient désormais le covoiturage comme mode de transport pour se rendre au travail contre 12,4% avant la création de « Let’s Carpool » et près d’un tiers (29,9%) se rendaient toujours au travail en autosolisme (contre 36,6% en 2009). Les points forts de « Let’s Carpool » qui expliquent certainement une partie de ce succès se retrouvent notamment dans la gratuité du système pour les utilisateurs et la confiance de la population néo-zélandaise accordée à ce service public. Parallèlement, les conducteurs peuvent remédier au manque de flexibilité lié à la contrainte d’amener les enfants à l’école grâce à une option permettant d’enregistrer l’école comme lieu de départ et/ou d’arrivée du covoiturage. Pour finir, les Conseils Régionaux encouragent particulièrement les employeurs inscrits sur la plateforme à fournir une garantie de retour à leurs employés lors d’un imprévu tel qu’un remboursement du trajet en taxi.

Au Canada : la popularité des opérateurs payant pour les employeurs et l’avènement du covoiturage dynamique

Depuis le début des années 2000, des dizaines de sites de covoiturages ont fait surface au Canada tels que Rideshark, DividetheRide, etc, mais un des plus utilisé reste Carpool.ca puisque depuis 2001, 36 000 personnes ont utilisé ce service.

Ces principaux opérateurs offrent ainsi plusieurs services qui sont divisés par type d’organisation, chaque plateforme de covoiturage pouvant être personnalisée. Une solution régionale est proposée pour les villes, les régions ou encore les parcs d’activité et utilisée notamment par les municipalités d’Ottawa, St John et Halifax. Il est également possible pour les institutions du supérieur d’avoir une plateforme réservée au campus universitaire, Carpool.ca ayant en particulier 26 universités canadiennes partenaires, et également pour les entreprises d’avoir leur site dédié au réseau des employés. Un particulier peut ainsi se connecter à son réseau professionnel mais aussi à la plateforme ouverte à tous. Evidemment, ce logiciel est payant pour les organisations, mais gratuit pour les particuliers et inclut d’autres services intéressants pour les employés tels qu’un calculateur d’itinéraire multimodal afin de savoir quel mode de transport est le plus pratique et le plus économique pour eux, un calendrier dynamique en ligne accessible à tous les employés des modes de transport utilisés. Pour les employeurs, sont fournis entre autres, un logiciel de gestion du parking de covoiturage, une plateforme de demande des garanties de retour ou encore du matériel marketing pour organiser la promotion du covoiturage.

Par ailleurs, la popularité du covoiturage au Canada s’explique aussi par le recours au covoiturage dynamique. Toujours en expérimentation en France, le Canada (parmi d’autres pays d’Europe du Nord ainsi que les Etats-Unis notamment) utilise déjà cette pratique, c’est-à-dire l’application des nouvelles technologies au service du covoiturage, dont les grands principes sont le temps réel, l’optimisation des trajets et la garantie d’un service fiable.

COVOIT1Le petit dernier à la pointe de la technologie du covoiturage s’appelle Carma (précédemment Avego avant 2013). Fondée en 2007 par l’irlandais Sean O'Sullivan, la start-up a lancé son application utilisée dans plus de 60 pays qui met en relation conducteurs et passagers en temps réel. Les automobilistes qui souhaitent rentabiliser leurs trajets peuvent localiser sur leur SmartPhone les potentiels covoitureurs situés sur la même trajectoire qu’eux. L’application offre une fonctionnalité importante pour la confiance des passagers, c’est la possibilité pour le covoitureur d’évaluer entre 1 et 5 son expérience avec le conducteur. En outre, une des nouveautés de Carma est la gestion automatique du partage des frais entre les covoitureurs puisqu’il est possible pour le passager d’être directement débité sur son compte bancaire. Le covoitureur déboursera 20 centimes d’euros par kilomètre, assurance comprise. Avec un Canadien sur deux (16 millions) utilisant sont SmartPhone tous les jours le Canada représente ainsi pour l’application un marché relativement intéressant. L’application a par ailleurs été adoptée par les employés de Microsoft à Seattle aux Etats-Unis avec 250 conducteurs et 750 passagers depuis 2011.

En définitive, le fait ou non de partager sa voiture serait énormément conditionné par les habitudes et les comportements d’usage personnel ancrés dans les mœurs. Pour beaucoup de personnes, la voiture symbolise depuis toujours la liberté et l’indépendance ; la clé du succès résiderait alors dans le fait d’informer toujours plus la population sur les bénéfices (économiques, écologiques, sociaux, pratiques) à utiliser le covoiturage mais aussi réussir à susciter l’enthousiasme de la population pour cette pratique, notamment à travers les employeurs qui semblent être ailleurs le principal levier d’action.

Auteur(s)

Anouk DUMAS, CCI Rennes

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