Alimentation durable : de quoi parle-t-on ?

Le 03 juillet 2014

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Les 18 et 19 juin se tenaient les Journées Aliments & Santé, organisées par le CRITT agroalimentaire à la Rochelle. Qu’entend-on par alimentation durable ? Ambroise MARTIN, Professeur de Nutrition à la Faculté de Médecine de Lyon propose 2 approches et aborde les conséquences, conséquences également envisagées par l’ANIA et l’ANSES.

 

 

Dans un contexte d’innovation santé fortement impacté par le contexte socio-économique, l’équation entre une alimentation saine et bénéfique pour la santé, à un coût raisonnable et  compatible avec un impact environnemental limité, apparaît comme difficile à résoudre. S’ajoutent des contraintes règlementaires, de plus en plus strictes au niveau européen : le règlement Novel Food (en cours de révision), le règlement sur l’addition de substances nutritives, ou, plus récemment, le règlement sur les allégations.

 

 

 

Approche industrielle par les aliments : un encadrement européen encore évolutif à la fois plus souple et plus contraignant.

L'évolution du cadre réglementaire européen, encore inachevée, a impacté la façon de penser l’innovation.

A terme, seuls le point d’entrée (lié à la sécurité du produit final) et le point de sortie (concernant le discours nutrition-santé qui s’étendra probablement au discours environnemental) sont encadrés, laissant envisager une simplification du système mais dans un environnement ultra-contraignant, la question des allégations en tête…

Rappels sur le règlement 1924/2006.

Le règlement européen CE n°1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé a pour objectif d’harmoniser les dispositions législatives, réglementaires ou administratives des Etats membres, afin de garantir le fonctionnement efficace du marché intérieur tout en assurant un niveau élevé de protection des consommateurs.

  • Une allégation nutritionnelle communique ou suggère qu’une denrée alimentaire possède des propriétés nutritionnelles bénéfiques spécifiques.
  • Une allégation de santé représente toute mention utilisée sur les étiquettes, lors de campagnes de marketing ou de publicité, qui suggère que la consommation d’un aliment donné ou d’un de ses ingrédients ait un effet bénéfique sur la santé. Il existe différents types d’allégations de santé : les allégations fonctionnelles génériques et les allégations portant sur la réduction du risque de maladies ou sur la présence de substances susceptibles d’améliorer ou de modifier les fonctions normales de l’organisme.

La liste des allégations de santé autorisées a été adoptée dans le Règlement (UE) N° 432/2012 de la Commission du 16 mai 2012. Cette liste énumère les mentions et leurs conditions d'emploi, pouvant être utilisées sur les étiquetages et publicités des denrées alimentaires pour en vanter les bénéfices pour la santé.

Les conséquences de la réglementation sur la composition des produits.

Principale conséquence : une réduction très importante du nombre d’allégations nutritionnelles (30) et de santé (250) validées par l’EFSA et autorisées par la Commission Européenne :

  • 229 allégations santé génériques (Art 13.1)
  • 1 allégation santé (Art 13.5)
  • 9 allégations santé sur le développement et la santé de l’enfant (Art 14.1.a.)
  • 1 allégations santé de diminution d’un risque de maladie (Art 14.1.b)

Les conséquences : évolution de l’étiquetage selon l’ANSES.

L’Oqali (Observatoire de la qualité de l'alimentation) a étudié l’évolution des paramètres d’étiquetage et de la composition nutritionnelle, par exemple sur le secteur des céréales pour le petit-déjeuner entre 2008 et 2011. L’étude révèle que :

  • la proportion des produits affichant des valeurs nutritionnelles par portion a augmenté ainsi que celle des produits avec repères nutritionnels (45 % de produits renseignés en 2008 contre 83 % en 2011).
  • les proportions de produits présentant une allégation nutritionnelle ou de santé ont significativement diminué (respectivement de 84 % en 2008 à 70 % en 2011 et de 25 % à 8 %).
  • la teneur moyenne en sucres pour les céréales fourrées a diminué de 7 %  et la teneur moyenne en sodium dans les céréales équilibre a baissé de 28 %.

L’ANSES généralise et révèle, pour les allégations nutritionnelles, une utilisation peu fréquente et très ciblée sur certains produits (la communication sur la réduction des teneurs en sel n’est par exemple pas souvent mise en avant).

Les conséquences : des craintes selon la vision du Professeur Ambroise Martin.

Selon le Professeur, les conséquences sur la santé publique sont minorées par l’absence de définition des profils nutritionnels. Ces profils devaient contribuer à garantir aux consommateurs se basant sur les allégations pour effectuer des choix alimentaires sains qu'ils ne soient pas induits en erreur quant à la valeur nutritionnelle globale.

Quels impacts ?

  • Des impacts économiques (certains ou modélisés) sur certaines filières, notamment celle des probiotiques, pour lesquels une demande de dérogation est en cours pour l’utilisation du terme en tant que descripteur générique.
  • Des impacts au niveau de l’offre, avec une probable multiplication des nutriments « allégables » pour remplacer la perte d’allégation (la vitamine C pourrait par exemple être omniprésente…)
  • Egalement au niveau de l’offre, un risque que certains effets soient privilégiés et d’autres délaissés : il est en effet plus facile de démontrer un bénéfice sur le cholestérol ou la glycémie postprandiale que sur l’os ou le déclin cognitif (qui ont pourtant un intérêt majeur).

L’ANSES met en avant un effet perverse. Il ressort que les reformulations ne vont pas systématiquement dans le sens des améliorations nutritionnelles avec notamment le développement de produits plaisir, donc plus gourmands, faute de pouvoir communiquer sur l’axe santé.

"Le jeu en vaut-il la chandelle ?"

Alors que nombre d'entreprise s'interrogent probablement sur la réalisation d'études cliniques pour faire valider leur allégation, le Professeur Ambroise Martin met en avant certaines études (Verbeke et al. 2009, Appetite) révélant que :Allégation

 

  • les consommateurs sont sceptiques face aux allégations même s’ils les perçoivent comme potentiellement utiles,
  • les consommateurs ne font pas de distinction entre les différents types d’allégation,
  • ils préfèrent les allégations simples par rapport aux complexes…,
  • leur réaction dépend d’un ensemble complexe (attente/allégation/produit)

 

 

Les données disponibles concernant l’impact des discours santé sur le comportement ne permettent pas pour le moment de prédire le succès et questionnent quant à l’intérêt de trop gros investissements dans le domaine...

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