Des outils numériques au service de la relation pharmacien-patient

Le 06 août 2014

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A la fois professionnel de santé et commerçant, le pharmacien d'officine est souvent le point d'entrée dans le parcours de soins. Son rôle de conseil a été renforcé par les récentes évolutions réglementaires. Dossier pharmaceutique, applications pour smartphones... : de nouvelles solutions servent de support à la relation pharmacien - patient.

Pharmacien d'officine : un métier réglementé

Présents sur l'ensemble du territoire et accessibles à tous, les pharmaciens sont des interlocuteurs privilégiés des patients et des autorités de santé. Leur place dans le parcours de soins et leur devoir de conseil auprès des patients ont été renforcés par la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires de 2009.

La loi HPST avait pour ambition de réorganiser l'offre de santé en France afin de prendre davantage en compte le progrès médical et de mieux répondre aux besoins de la population.

Selon l'Inspection Générale des Affaires Sociales, auteur du rapport "Pharmacies d’officine : rémunération, mission, réseau" (juin 2011), la loi a "mis l’accent sur le développement et la meilleure organisation des soins de premier recours, identifiés comme le maillon faible du système de santé".

L'article 38 de la loi HPST rappelle le rôle traditionnel des pharmaciens et détaille les nouvelles missions qui leur sont confiées, en particulier :

  • contribuer aux soins de premier recours
  • participer à la coopération entre professionnels de santé
  • concourir aux actions de veille et de protection sanitaire
  • pouvoir participer à l’éducation thérapeutique et aux actions d’accompagnement des patients
  • avoir la possibilité d'être désignés comme correspondants au sein de l’équipe de soins par le patient : à ce titre, ils peuvent, à la demande du médecin ou avec son accord, renouveler périodiquement des traitements chroniques, et ajuster, au besoin, leur posologie
  • pouvoir proposer des conseils et prestations destinés à favoriser l’amélioration ou le maintien de l’état de santé des personnes.

Dans le prolongement de la loi HPST, dont elle reprend les principes directeurs, la Convention nationale des pharmaciens d'officine, signée en 2012 entre l'Assurance Maladie et les syndicats représentatifs des pharmaciens, confirme l'évolution du métier et se traduit par une revalorisation du rôle du pharmacien.

 

Accompagner le patient

La mission de conseil auprès du patient relève du code de déontologie des pharmaciens. Toutefois la Convention nationale pharmaceutique formalise la pratique du conseil avec la mise en place de l'entretien pharmaceutique.

L'entretien pharmaceutique concerne dans un premier temps les patients sous anticoagulants oraux (également dénommés anti-vitamine K ou AVK) : un traitement destiné à empêcher la formation de caillots dans le sang et présentant un risque d'hémorragie en cas de surdosage. Les modalités de cet entretien sont précisées dans la Convention et dans son avenant n°1 (voir liens ci-dessous).

Dans un deuxième temps, l'entretien pharmaceutique a été mis en place pour les patients asthmatiques. Plus généralement, l'entretien pharmaceutique a été conçu en priorité pour les malades chroniques et il doit s'élargir progressivement à d'autres affections.

Ce suivi régulier du patient par le pharmacien fait l'objet d'une rémunération prévue par la Convention pharmaceutique : 40 € pour deux entretiens au minimum par an pour chaque patient s'inscrivant dans ce dispositif. Une rémunération forfaitaire qui reste modeste et dont le principe a été critiqué par la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) au moment de sa mise en place.

 

Le Dossier Pharmaceutique : un outil de conseil et de suivi

Avant même la signature de la Convention pharmaceutique était créé un support électronique adapté à l'exercice des pharmaciens d'officine puis des pharmaciens hospitaliers : le Dossier Pharmaceutique (DP). Présidente du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens, Isabelle Adenot explique que "le DP est né d'une évidence : dans l'intérêt des patients, mettre les technologies à leur service en donnant au pharmacien une vue globale des traitements pour améliorer les performances de son exercice".

Le DP a vu le jour dans le cadre d'un appel à projets financé par l'Agence des systèmes d'information partagés de santé (ASIP Santé). La loi du 30 janvier 2007 a confié sa mise en oeuvre à l'Ordre national des pharmaciens. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a autorisé son déploiement en décembre 2008.

En juin 2014 :

  • 32.800.133 DP ont été créés
  • 98,7 % des pharmacies sont connectées au DP, soit 22.294 établissements

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes : le Dossier pharmaceutique est aujourd'hui solidement installé dans le circuit de santé.

pharma4Concrètement, le DP est un service gratuit pour le patient. On y trouve l'historique des médicaments prescrits au patient ou acquis sans ordonnance, sur une durée de quatre mois. Le DP ne peut être créé qu'avec l'accord du patient. Sa consultation et son alimentation nécessitent l'utilisation de la carte Vitale du patient et de la carte professionnelle du pharmacien. Les données ne sont pas stockées sur le serveur de la pharmacie mais sur un serveur sécurisé, agréé pour l'hébergement des données de santé.

Grâce au DP, le pharmacien vérifie que certains médicaments ne font pas double emploi et que le patient ne risque pas d'interactions médicamenteuses. Autre avantage, le DP suit le patient en cas d'hospitalisation : avec l'accord du patient, le pharmacien hospitalier peut consulter le DP.

Le DP permet aussi aux pharmaciens de recevoir les alertes sanitaires émanant de la Direction générale de la santé, et il offre la possibilité aux pharmaciens d'alerter les industriels et les autorités de santé en cas de difficultés d'approvisionnement d'un médicament. A l'avenir, le DP pourrait être utilisé pour assurer le suivi des vaccinations et lutter contre les médicaments contrefaits.

 

Quel avenir pour le Dossier médical personnel ?

Dans son intervention du 19 juin 2014, la Ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine présentait aux parlementaires et professionnels de santé les grandes orientations de la loi de santé qui doit être votée en 2015 : la relance du Dossier médical figure à l'ordre du jour. "J'ai entendu la nécessité d'en faire un outil de coordination et de partage, a indiqué la Ministre. La maîtrise d'œuvre en sera confiée à l'Assurance maladie. Ce nouveau Dossier médical partagé intègre naturellement l'enjeu de la messagerie sécurisée". Le DMP est l'un des éléments qui doit favoriser la coordination du parcours de santé pour améliorer la prise en charge des patients.

Il faut dire que l'on revient de loin : le Dossier médical personnel (DMP) a été lancé en 2004, il est accessible en ligne depuis 2011. Trois ans plus tard, on compte un peu moins de 471.000 dossiers ouverts - dont une bonne partie serait vide ou quasiment. Dans un rapport publié en février 2013, la Cour des Comptes dénonçait avec vigueur l'absence de résultats au regard des coûts élevés de mise en œuvre : 210 millions d'euros de 2005 à 2011 et 500 millions d'euros si l'on prend en compte les dossiers informatisés des patients dans les hôpitaux.

Le DMP a pour vocation de stocker sous format électronique les analyses, scanners, compte-rendus d'hospitalisation : il s'agit d'un outil pratique pour les médecins et les patients. L'échec enregistré jusqu'à présent s'expliquerait par une conception déconnectée des véritables besoins du corps médical. Dans sa version 2.0, le DMP sera réservé aux patients souffrant de maladies chroniques et aux personnes âgées. Le patient accèdera à son dossier via un site Internet sécurisé.

Quelles passerelles entre le DP et le DMP ? Interrogée à ce sujet, l'ASIP Santé note que "la loi prévoit depuis le début que le Dossier pharmaceutique soit un volet du Dossier médical personnel, ou bien que le DP alimente le DMP. Il serait important que les données du DP se retrouvent dans le DMP, précise l'ASIP, car le DMP est pérenne alors que le DP ne conserve l'historique que sur quatre mois. Dans certains cas de pharmacovigilance, les effets indésirables secondaires à la prise d'un médicament apparaissent plusieurs années après la prise. Il est donc important de garder cet historique."


Emergence de nouveaux acteurs

Parallèlement au Dossier pharmaceutique et au Dossier médical personnel, nés de la volonté des pouvoirs publics et de l'investissement des pharmaciens pour ce qui concerne le DP, d'autres solutions numériques sont apparues ces dernières années.

Les principaux éditeurs de logiciels de gestion d'officine développent des outils au service de la relation pharmacien - patient :

  • Alliadis commercialise auprès des pharmaciens la plateforme web mon Suivi Patient qui permet de réaliser les entretiens pharmaceutiques selon les protocoles prévus et d’en faire un suivi exhaustif et régulier ;
  • Pharmagest met à disposition gratuitement auprès des officines et des patients l'application Ma Pharmacie Mobile : celle-ci permet au pharmacien d'optimiser le suivi des patients et de renforcer le lien entre le professionnel de santé et le patient. Elle offre par exemple la possibilité au patient de demander conseil à son pharmacien en lui envoyant un message et une photo que celui-ci recevra directement sur son logiciel de gestion d'officine.

Plus largement, au-delà de la relation entre le patient et son pharmacien, plusieurs acteurs se positionnent sur une offre de carnet de santé numérique : c'est le cas de Sanoïa qui a développé un "service gratuit et sécurisé pour suivre votre santé, stocker vos données essentielles et contribuer à la recherche médicale." Une initiative qui surfe à la fois sur le concept de l'auto-mesure ("quantified-self") et la vague de l'open data.

Parmi ces solutions qui ciblent prioritairement la clientèle des patients, citons encore :

Toutes ces solutions conçues pour un meilleur suivi de leur santé par les individus et par les professionnels qui les accompagnent, ne peuvent être envisagées sans prendre en compte la sécurité de ces données : à cet égard, l'Ordre des pharmaciens a publié en 2013 un dossier sur la protection des données de santé où il rappelle les obligations propres au métier de pharmacien et formule des recommandations pratiques à l'attention de ses membres. Une démarche qui s'impose à l'heure où la dématérialisation des relations patient - pharmacien n'en est qu'à ses débuts.

Face au recul des ventes de médicaments en pharmacie (-2,8% en 2012, -2,4% en 2013 selon l'Agence nationale de sécurité du médicament) et devant la menace d'une disparition du monopole des pharmacies pour la vente des médicaments, les pharmaciens évoluent : leur modèle économique prend désormais en compte la dimension de conseil et cette tendance devrait s'accentuer. Le numérique est l'un des moyens au service de ce renouveau d'une profession qui se situe au cœur du parcours de santé. Ces évolutions sont porteuses d'opportunités pour les entreprises du secteur des technologies de l'information.

 

Opportunités Digitales : des rencontres d'affaires pour les acteurs de la santé et du numérique.
Organisé par Rennes Métropole, Québec International et la CCI Rennes, cet événement se tient à Rennes les 15 et 16 octobre 2014. Pour cette première édition, en complément de l'opportunité de réaliser des rendez-vous d'affaires B2B dans le domaine de la santé, plusieurs thèmes seront traités sous la forme d'ateliers :
- Gérer et exploiter le potentiel des données de santé
- Accélérer le développement d'une santé en réseau
- Perfectionner la pratique médicale et de rééducation

Informations et inscriptions : Opportunités Digitales

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