L'implication des étudiants de Rennes 2 pour trouver une solution de covoiturage adaptée à leurs attentes

Le 20 juin 2014

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Les étudiants de Master 1 Géographie Aménagement de l'Université Rennes 2 ont travaillé, dans le cadre du projet BMA, sur la problématique du covoiturage pour le public spécifique estudiantin.

Covoiturage + Bretagne + étudiants : une recette magique ?

Le covoiturage est l’une des alternatives de transport les plus innovantes de ces dernières décennies. Depuis 2009, les Français et en particulier les étudiants et les salariés, se tournent davantage vers le covoiturage pour se rendre sur leur lieu de travail ou de résidence. Cette pratique est une version organisée de l’autostop (car il n’est pas toujours payant) en permettant le partage de son véhicule personnel avec d’autres usagers de la route, dans le but d’effectuer tout ou partie d’un trajet en commun. Cette pratique, qui se veut conviviale, permet de réduire les frais de déplacement en partageant les coûts. Le désir de créer du lien social, d’économiser du carburant et de rendre son trajet plus écologique, sont les principales motivations des covoitureurs, d’après l’enquête sur la mobilité réalisée par des étudiants en Master Géographie Aménagement de Rennes 2, en 2013. Le système s’est rapidement développé dans les zones rurales faiblement desservies par les transports en commun. C’est d’ailleurs dans une région à dominance rurale, la Bretagne, que le mot « covoiturage » est le plus tapé sur le moteur de recherche Google. D’après le site covoiturage.morbihan.fr, le Morbihan serait également le département le plus à la pointe pour le développement et la signalisation des aires de covoiturage.

Le covoiturage connaît ainsi un franc succès dans le milieu estudiantin breton. Parcourant régulièrement de longues distances pour rejoindre leur domicile familial durant le week-end, les étudiants bretons optent pour le covoiturage du fait de son faible coût et de son caractère convivial. Les sites Internet mettant en relation conducteurs et passagers, ainsi que les réseaux de connaissances, sont les relais indispensables à cette pratique. Ainsi, l’échelle du campus universitaire parait très pertinente pour développer le covoiturage, car le lieu commun de départ ou de destination de ces publics est l’université. 

Sources des graphiques : Enquête Mobilité des étudiants rennais - Master 1 SAGE  - Université Rennes 2 – Mars/Avril 2012

La ville de Rennes, qui compte plus de 60 000 étudiants, est donc une vitrine intéressante pour analyser la pratique du covoiturage chez les étudiants. En 2012, les étudiants en Master 1 Géographie Aménagement (SAGE) de l’université Rennes 2, ont réalisé une grande enquête sur la mobilité des étudiants de Rennes. Il en ressort que le covoiturage (33%) et la voiture (32%) sont les plus représentatifs des modes de déplacements étudiants lors des trajets effectués le week-end. Le covoiturage est notamment utilisé pour les longues distances. Malgré tout, plus de la moitié des personnes interrogées n’ont jamais fait de covoiturage, soit 52% des enquêtés.Sur les 41% d’étudiants rennais quittant l’agglomération le week-end, la majorité se rend dans les départements bretons, dont 22% en Ille-et-Vilaine.

 

 

 

Sources des graphiques : Enquête Mobilité des étudiants rennais - Master 1 SAGE  - Université Rennes 2 – Mars/Avril 2012Sur ce graphique, nous pouvons observer que le covoiturage est une pratique en développement car plus de la moitié des personnes  interrogées n’avaient encore jamais pratiqué le covoiturage (51,7 %). Ceux  qui le pratiquent l’utilisent essentiellement pour des trajets longs (42,8 %). Pour ces déplacements, le covoiturage arrive en tête en étant utilisé dans 33% des cas, puis viennent la voiture personnelle (32%) et le train (24%). La voiture individuelle est d’ailleurs le moyen de transport le plus fréquent chez les étudiants se rendant en Ille-et-Vilaine, cela peut s’expliquer par la proximité de la ville de Rennes. Plus on s’éloigne de Rennes et plus le covoiturage est privilégié.

La raison principale qui pousse les étudiants à covoiturer reste le coût (19%). On trouve ensuite la contrainte du train qui n’offre pas un large choix d’horaires ni des coûts très attractifs (6%), et enfin les rencontres et la convivialité (4% chacune). Selon l’enquête des étudiants de Rennes 2, ces 2 derniers arguments sont souvent évoqués pour convaincre les plus réfractaires. Lorsque les passagers gardent contact avec le conducteur, la raison est souvent d’ordre économique, afin d’éviter la commission d’une réservation via un site Internet, ou pour effectuer un trajet régulier.

Témoignage d’une covoitureuse

« Mon expérience de covoiturage a débuté dès mon entrée en études supérieures, il y a 4 ans. J’ai cherché sur le site le plus connu, à savoir BlaBlacar, un conducteur qui faisait le trajet régulièrement entre mon domicile familial et mon école située à 1h30 de chez moi.  Ce contact est devenu une amie. Dans chacune des villes où j’ai étudié, j’ai toujours essayé de trouver un conducteur régulier. Cela m’a permis d’éviter les sites Internet qui prennent une commission pour la réservation et de me faire déposer plus près de chez moi car les conducteurs sont devenus des amis au fil du temps. Je n’ai jamais été conductrice car je ne possède pas de voiture. Quand je trie des annonces, je regarde d’abord la destination (au plus proche de chez moi), puis le coût et enfin le profil du conducteur pour savoir son âge. Mon expérience est assez heureuse car je n’ai jamais eu de mauvaise rencontre, au contraire, je me souviens de discussions passionnées. J’aime rencontrer de nouvelles personnes car le covoiturage offre une grande mixité sociale parmi les usagers. J’ai également utilisé le covoiturage pour des trajets plus exceptionnels comme aller à Paris ou pour parcourir le Québec, grâce au site AMIGO-Express. J’essaye donc de convertir toute ma famille à ce type de déplacement qui créé du lien social et qui profite à tous, au point de vue économique et écologique. »  Flore, 22 ans, Rennes

Une forte demande marquée par la création d’aires de covoiturage informelles

Aires de covoiturage informelle, Université Rennes 2 campus VillejeanLes étudiants géographes se sont intéressés à repérer, à l’aide d’une carte, les principales aires de covoiturage sur la ville de Rennes. Les parkings de covoiturage créés par la collectivité sont davantage destinés à des trajets quotidiens où plusieurs conducteurs se retrouvent pour ne garder qu’une seule voiture pour effectuer le reste du voyage. Ils sont situés en sortie de ville près de la périphérie. Le covoiturage étant en plein essor, les aires qui lui sont dédiées ne suffisent pas ou ne correspondent pas à la demande étudiante.C’est pourquoi des aires dites « informelles » se sont créées aux abords des parkings d’entrée d’autoroutes, sur les campus universitaires ou à proximité des stations de métro (Villejean, Poterie). Les étudiants arrivant sur ces aires « informelles » à pied ou en transport en commun, elles se sont ainsi formées à proximité de lieux stratégiques pour retrouver plus facilement ses covoitureurs ou pour partir plus rapidement de l’agglomération.

          carte aires de covoiturage

Une réflexion intégrée dans le cadre du projet Bretagne Mobilité Augmentée (BMA)

Fort de ce constat, une réflexion est menée à l’Université Rennes 2 pour inciter les étudiants à diminuer l'usage de la voiture individuelle. Petit à petit, un projet de mise en place d’un site de covoiturage dédié aux étudiants voit le jour. Ce projet technique s’intègre plus largement dans BMA en utilisant sa méthodologie propre (analyse de l’activité, analyse des mobilités générées, co-construction de solutions, expérimentation, évaluation et passage à plus grande échelle).

A l’Université Rennes 2, le travail était principalement axé sur la mobilité des étudiants face à un constat de saturation des places de parking sur la zone. Suite à une enquête réalisée en 2013, 16% des enquêtés prennent leur voiture pour se rendre aux campus Villejean et La Harpe. Quelle(s) solution(s) envisager alors pour répondre à la saturation des stationnements, pour permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ainsi que des coûts de transport pour les étudiants ?

Pour réfléchir à ces solutions, l’équipe BMA a proposé aux étudiants géographes de Rennes 2, la mise en place d'un groupe de travail. Après une présentation du projet à l’ensemble des étudiants en Master 1 de géographie, animée par Julie Clément, pilote du projet BMA à Rennes 2 et Gwennael Chartier, chef de projet BMA, une dizaine de volontaires ont souhaité participer au projet.

Chaque participant avait ses propres motivations : une sensibilité pour la question des mobilités due aux coûts et aux inconvénients de celles-ci, le désir d’échanger et de construire un projet en groupe, l’envie de devenir acteur de son université, etc.

Premier focus group

Lors du  premier focus group (groupe de travail basé sur l’échange d’expériences), chaque étudiant a présenté ses pratiques de mobilité, ses habitudes de transport.

Différents profils s'en sont dégagés :

  • Le cycliste rennais : très heureux de partager son expérience de la ville en vélo : plusieurs aires de VéloSTAR, le faible coût de l’abonnement, des pistes cyclables aménagées, des contraintes climatiques relativement peu ressenties si l’on dispose d’un bon équipement. Tellement convaincu qu’il en a abandonné le métro.
  • La rennaise du centre : le bus et le métro n’ont pas de secret pour elle. Habitant en centre-ville, elle profite d’un bon cadencement des transports en commun et n’attend jamais le bus plus de 3 minutes. Petit bémol pour le métro : les heures de pointe sont parfois pénibles «soit on est serré les uns contre les autres, soit on est obligé d’attendre le prochain wagon».
  • La rennaise de la seconde ou troisième couronne : la mobilité pour elle « c’est un peu compliqué ». Pour le début de l‘année, elle a opté pour la voiture. Souhaitant réduire ses frais de déplacements, elle a essayé le service de transport péri-urbain. La durée interminable et le faible cadencement ont eu raison de sa motivation ; elle a repris sa voiture un mois après et tant pis pour le manque de places de parking. Elle se gare plus loin, quitte à marcher 2 minutes de plus.
  • Le mitigé : l’étudiant qui prend le métro pour deux stations et qui serait prêt à passer au vélo sans perdre son confort, « s’il est électrique c’est mieux ! ».

Un point commun entre les étudiants du groupe : une mobilité quotidienne en semaine différente d’une mobilité du weekend et/ou des vacances. En effet, 70% des étudiants quittent régulièrement Rennes le week-end. Certains parcourent des centaines de kilomètres, en train, en voiture ou en covoiturage, pour rendre visite à leur famille.

Ces premiers échanges ont abouti à une discussion autour du covoiturage et du vélo électrique, deux pratiques pouvant permettre une réduction de l’autosolisme. Déjà, le groupe identifiait des difficultés liées à ces pratiques. D’une part, concernant le covoiturage, le groupe constatait que les sites en ligne étaient  trop nombreux et que beaucoup étaient devenus payants, ce qui n’incite pas les étudiants à choisir ce type de mobilité. Concernant les vélos électriques, le poids de ceux-ci apparaissait très contraignant surtout pour des étudiants qui transportent déjà leur ordinateur, leur pique-nique et leurs cours toute la journée. De plus, ils n'ont souvent aucun moyen de le stationner dans leur logement étudiant.

Deuxième focus group

A l’issue du premier focus group, il a été décidé de réfléchir plutôt à la question du covoiturage. Le second focus group a donc permis de réfléchir à un mode de covoiturage adapté aux besoins des étudiants, à partir d’échanges sur leurs expériences des sites de covoiturages. L’idée de créer un site spécifique a émergé à la fin de la réunion.

Pour choisir la meilleure option, 3 sites de covoiturage ont été choisi pour être testés :

  • le site de l’Université de Pau ;
  • EHOP (un site rattaché aux sites web des collectivités, destiné pour le moment au covoiturage domicile-travail des salariés) ;
  • le site Wehicles (une plateforme de covoiturage en développement).

Ainsi, individuellement, les étudiants ont simulé des trajets, relever les points positifs et négatifs selon différents critères : l’offre de trajet (uniquement semaine ou le week-end), l’ergonomie du site (simplicité, accessibilité), les onglets ou encore les informations demandées lors de l’inscription. Ensuite, les éléments que les étudiants aimeraient bien retrouver dans un site de covoiturage à destination de ce public spécifique ont été identifiés et retenus.

En parallèle, l'équipe BMA est entrée en contact avec les différents offreurs et des étudiantes ont pu participer à une réunion présentant une évaluation du site de covoiturage EHOP, faite par 2 étudiantes de l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Rennes (ESIR). Au cours de cette dernière, les atouts et les faiblesses du site ont été exprimés. Certaines solutions ont pu être proposées, mais le site s’est avéré trop orienté vers les trajets réguliers et de courte durée. Il ne correspondait donc pas à la demande estudiantine qui réserve souvent au dernier moment, pour des trajets relativement longs et irréguliers.

Troisième focus group

Le dernier focus group a donné lieu à un bilan des simulations avec la présentation de la solution choisie et des prochaines étapes de mise en place du projet :

Avril 2014 - Choix de l'offreur / Juin 2014 - Plan de communication / Septembre 2014 - Mise en ligne du site

Solution envisagée

Au fil de l’évaluation des différentes offres (EHOP, Blablacar, Wehicles, site de l'université de Pau,...), les étudiants ont pu établir un cahier des charges pour la solution de covoiturage à mettre en place. Il comprend plusieurs critères tels qu’un accès au site de covoiturage via l’espace numérique de travail (ENT) des étudiants, un prix minimal non imposé, la possibilité de proposer des voyages gratuits, une ergonomie efficace, une charte graphique attractive, etc…

Au vu du cahier des charges, une solution a été retenue. Le site de covoiturage de l’université de Pau répondait mieux aux attentes par rapport aux autres sites évalués. En effet, ce site étant déjà destiné aux étudiants, un grand nombre de critères identifiés comme importants pour ce public étaient déjà pris en charge. Ce n’était pas le cas pour un certain nombre d’offres testées qui ciblaient une population plus large. De plus, son concepteur s’est révélé être prêt à l’adapter au plus près des besoins sans aucune contrepartie.

Test « grandeur nature » envisagé en septembre 2014

La mise en service du site est prévue pour la rentrée universitaire 2014. Il sera mis à disposition des quelques 48 000 étudiants des universités Rennes 1 et Rennes 2 afin d’effectuer les premiers tests. Une masse critique est nécessaire pour mettre en relation l’offre et la demande. Dans les mois qui suivront la mise en place du site, une évaluation de l'utilisation sera effectuée afin d'améliorer le site. A moyen terme, l’offre de covoiturage sera également mise à disposition des grandes écoles rennaises.

Objectif Grand Ouest

A l’avenir, et au vu des résultats du test auprès des étudiants de la métropole rennaise, il est envisagé d’étendre la solution de covoiturage à tous les établissements d'enseignement supérieur de Bretagne.

Retour d’expérience

Pendant 6 mois, les étudiants engagés ont pu participer à la mise en œuvre d’un projet basé sur les besoins d'un public spécifique dans leurs attentes concernant la mobilité. Ils ont pu être écoutés, échanger en groupe sur leurs expériences des mobilités et construire un projet commun. Pour certains, il s’agissait d’une première expérience de travail collectif. Ce projet relevait pour eux d’un véritable engagement en tant que géographe, une réelle opportunité d’être « acteur des mobilités de demain ».

A la rentrée prochaine, ils continueront à s’impliquer dans le projet en organisant un atelier sur le covoiturage durant la semaine de la mobilité en septembre. Ils suivront également avec attention  la mise en place du site Internet rattaché à l’ENT de l’Université Rennes 2.

 

Auteur(s)

Etudiants de Master 1 Géographie promotion 2013/2014 : Lauriane Bathany, Pauline Berhault, Gaétan Bruel, Chloé Chaminade, Amélie Cron , Agnès Dudych, Marine Faucher, Cyrielle Guénard, Flore Hériveau, Abdou Koro Kébé, Anne-Laure Martin, Mickael Moing, Léa Roussel, Marie Vautrin.

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