L’échelle nutritionnelle : trop stigmatisante selon les IAA.

Le 20 mai 2014

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Alors que le ministère de la Santé travaille sur un projet de loi sur la santé publique et pourrait envisager la mise en place d’un code couleur sur les emballages alimentaires, l’ANIA s’y oppose fermement, estimant qu’une telle notation "présente un jugement de valeur sur les produits alimentaires, ce que l'Union européenne interdit".

Depuis quelques années, des discussions ont lieu au sein des instances de Santé Publique concernant l’éclairage des consommateurs quant à la qualité nutritionnelle des produits alimentaires.

L’apposition d’un logo sur la face avant des emballages a été plusieurs fois avancée, à l’instar de l’habitat et de l’électroménager qui sont notés en fonction de leurs performances énergétiques.

Rappelons que le règlement Inco n'a pas défini de représentation graphique pour l'étiquetage nutritionnel. Il laisse donc à chaque état la possibilité d'autoriser l'utilisation volontaire d'un mode de représentation, à condition que la Commission européenne émette un avis positif.

Au niveau européen, différents types de logos ont été introduits, notamment en Grande-Bretagne ou dans les pays scandinaves. Ils comportent en général une notation distincte, au moyen d'un code de couleurs, pour les graisses, les sucres, le sel.

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Au niveau français, le professeur Serge Hercberg, président du Programme National Nutrition Santé, propose de mettre en place un code de couleurs qui donnerait une note globale aux produits alimentaires, sur une échelle à 5 grades. Les points sont attribués selon la densité énergétique, la teneur en sucres, en acides gras saturés, en sel et pondérés avec la quantité de fibres, de protéines ou de fruits et légumes.

 

Les produits les plus recommandables - qui obtiendraient donc le score le plus bas - porteraient une pastille verte, puis l’échelle passerait par le jaune, l’orange, le rose fuchsia et enfin le rouge.

Les partisans de ce projet avancent divers arguments. Cet étiquetage permettrait :

  • dans un même rayon, de faire la différence entre plusieurs types de produits,
  • pour un même produit, de comparer les marques entre elles.

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A noter que ces couleurs ne sont pas définitives : changer la recette permet de changer de couleur, ce qui est supposé inciter les industriels à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits.

La CLCV, qui soutient ce système d’étiquetage, a lancé du 27 février au 27 mars dernier, un sondage en ligne pour recueillir l’avis des consommateurs.

" Est-ce que vous souhaitez que l’échelle nutritionnelle soit présente sur les emballages alimentaires ? "

1335 personnes ont répondu à ce sondage, dont les résultats sont (Source : CLCV, 16 avril 2014) :

  • 73.5 % : Oui, je souhaite qu’elle soit présente et qu’elle apparaisse sur la face avant des emballages
  • 10.6 % : Oui, je souhaite qu’elle soit présente sur les emballages mais pas sur la face avant
  • 14.9 % : Non, je ne souhaite pas qu’elle soit présente sur les emballages
  • 1 % : Je n’ai pas d’opinion

Actuellement, une pétition est également en ligne sur le site de la Société Française de Santé Publique. En sont à l’origine des associations de consommateurs, dont l'UFC - Que Choisir, des associations professionnelles dont l'Association Française des Diététiciens Nutritionnistes, des sociétés savantes et des associations de malades.

"Manger uniquement des produits affichant un logo vert ne garantit pas une alimentation équilibrée" revendique l'Ania.

Si les IAA estiment que certaines propositions du professeur Hercberg sont intéressantes, elles pensent, concernant les profils nutritionnels, que les produits alimentaires ne doivent pas être catégorisés à l’aide de pastilles rouges ou de mauvaises notes. Elles craignent une certaine stigmatisation qu’entraînerait pour eux un code couleur appliqué aux aliments. De plus, les aliments classés rouges comporteraient, certes les aliments de grignotage, mais également une grande partie des symboles de la gastronomie française : fromages, vins, charcuteries…

Se sentant suffisamment agressés par des discours qui les assimilent à des empoisonneurs, certains industriels de l’agro-alimentaire craignent que leur image ne se dégrade encore davantage.

Ainsi, plutôt que d’instaurer les codes couleurs, l’ANIA préfère travailler sur la notion d'insuffisance et d'excès, donner des points de repères aux consommateurs ou les informer sur les portions…

Des progrès ont été et seront encore réalisés.

Grâce au PNNS et à la signature des chartes, une dynamique d’amélioration a été enclenchée. Même si la réalisation de ces chartes concerne principalement les grandes entreprises, les branches professionnelles ou les enseignes de distribution, elle a le mérite d’avoir mis en exergue les marges de progrès importantes en matière de réductions du sucre, du sel ou des matières grasses… A condition bien entendu de faire en sorte que les qualités organoleptiques n'en soient pas modifiées.

 

Les problèmes de santé publique liés à l’alimentation relèvent donc d'une grande complexité. Les déséquilibres alimentaires des populations dites défavorisées ne sont certainement pas seulement liés à un problème d’informations insuffisantes et incompréhensibles. Une amélioration de l’étiquetage est certes nécessaire mais ne sera pas suffisante… La préparation d’une nouvelle loi dans ce domaine nécessite donc de trouver un terrain d’entente grâce à une concertation de tous les acteurs.

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