La m-santé à la recherche d'un modèle économique

Le 14 mai 2014

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Les applications et dispositifs de M-santé se multiplient de façon exponentielle, notamment avec l'essor des objets connectés. Pourtant peu de services ont trouvé un modèle économique viable. Des récentes études du BCG et des exemples de services M-Santé déployés permettent d'esquisser des recommandations sur les business models à tester.

La santé mobile est un des leviers potentiels pour améliorer le suivi et le confort des patients notamment dans des situations de maintien à domicile, mais également pour faire évoluer les systèmes de santé vers une meilleure prise en charge de la prévention. Pour tenir ces promesses, les projets de M-santé doivent cependant franchir un cap essentiel, celui de la définition de modèles économiques profitables. Car si les entreprises de M-santé sont nombreuses à séduire les investisseurs, peu d'entre elles ont su atteindre le succès commercial.

Pour BCG (Boston Consulting Group), qui a fait une étude au niveau mondial, le plus grand défi pour les fournisseurs de solutions M-santé n'est pas de convaincre des utilisateurs de se servir de nouvelles applications, mais bien de savoir innover dans le modèle de monétisation du service. Le faible consentement à payer des parties prenantes est un facteur limitant pour le développement de la M-santé. Aujourd'hui, même si les patients sont à la recherche de solutions leur apportant un confort pour la prise en charge de leur maladie, peu sont prêts à payer pour des solutions qui n'ont pas démontré une plus value effective.

Les analystes soulignent que le marché de la M-santé pourrait à terme bénéficier d'évolutions réglementaires favorables facilitant la prise en charge par l'assurance maladie (publique ou privée) de ces applications et dispositifs médicaux. Cependant, avant que cette possibilité devienne une réalité de marché, les projets de M-santé doivent considérer les différentes options d'acquisition de revenus.
 

Plusieurs modèles économiques envisageables

BCG analyse trois modèles de revenus :

1. le modèle gratuit ou low cost

Les services de M-santé reposent sur un ensemble de briques dont certaines peuvent être gratuites pour l'utilisateur, et la monétisation se fait sur d'autres briques, par exemple par de la publicité et de manière croissante par la revente des données collectées à des tiers. Cependant, ce modèle basé sur la valorisation des données est extrêmement encadré et limitatif.

Pour certains services où il peut y avoir un consentement à payer, des modèles de type abonnement à faible coût peuvent être envisagés.

2. le remplacement de soins existants

Dans le domaine du suivi des maladies chroniques, certaines solutions peuvent se substituer à l'offre de soins existante. En effet, les solutions de suivi médical à distance réduisent les dépenses de consultation et a contrario peuvent améliorer la gestion de la prise en charge de la maladie. Les applications visant par exemple l'éducation thérapeutique transforment le rôle du patient qui devient gestionnaire de sa santé. Si la preuve des effets bénéfiques est démontrée, certaines applications pourraient à terme prétendre au remboursement par les assurances maladies, au même titre que l'acte médical auquel le service M-santé se substitue. C'est par exemple le cas de l'application BlueStar, qui aux Etats Unis est à présent remboursée sur la base d'une prescription mensuelle.

 

3. un remboursement sur la base de la performance 

Grâce aux évolutions technologiques notamment permises par le champ du big data, certaines applications M-santé apportent des services nouveaux avec des performances nouvelles. Le BCG et d'autres analystes (cf. PricewaterhouseCoopers 2012) proposent un modèle économique fondé sur une approche par la valeur (value-based health) qui, en d'autres termes, associerait le niveau de revenus à la performance mesurée (outcome-based).

Dans la définition de ce modèle économique, un remboursement pourrait être calculé sur la base des bénéfices générés (calcul de l'abaissement du risque par exemple) ou sur les économies réalisées.

Ces deux derniers modèles de revenus supposent la collecte de données économiques et médicales sur de longues séries et sur des échantillons représentatifs, en vue de la réalisation de lourdes études médico-économiques. Or, aujourd'hui ces données longitudinales n'existent pas en France et commencent seulement à être disponibles dans d'autres pays.

Obtenir la prise en charge d'une application M-santé, un processus long et complexe

La reconnaissance du bénéfice médical et du gain économique permis par le dispositif médical permettrait d'envisager un remboursement du dispositif. Or, même pour les solutions les plus avancées comme Diabeo, commercialisée par Sanofi, faire la preuve du bénéfice médico-économique s'avère complexe et donc coûteux.

Diabeo, lancé par l'entreprise Voluntis, est le premier dispositif médical M-santé qui pourrait prétendre à un remboursement de la Sécurité Sociale. Ce dispositif est une solution multi-technologique destinée aux patients diabétiques, conçue pour les aider à mieux maîtriser leur traitement, à calculer leurs doses d’insuline et à choisir librement leur régime alimentaire. Le dispositif est à la fois un outil de collecte et de partage de données entre le patient et l'équipe soignante, et génère des recommandations sur la dose d'insuline à prendre.

Le retour d'expérience de Diabeo démontre que l'évaluation médico-économique à mettre en oeuvre pour envisager le remboursement par la Sécurité Sociale peut être un vrai frein au développement de ce marché. Dans une première phase, 4 années ont d'abord été nécessaires pour faire la démonstration d'évidences sur l'amélioration de l'équilibre glycémique des patients. Ce qui a permis à Voluntis de susciter un intérêt de Sanofi pour leur solution. Sanofi a conclu un accord de licensing avec Voluntis en 2011 pour commercialiser Diabeo.

Cependant, même après quatre années de suivi, les données ne sont pas suffisantes pour prouver l'efficience du dispositif. Afin de collecter ces données économiques et cliniques, Sanofi a lancé une nouvelle étude "Télésage" de grande envergure auprès de 700 patients pour valider le bénéfice médical attendu et évaluer l'impact médico-économique.

Un autre modèle économique possible : exemple des solutions mobiles pour les pharmaciens.

La loi HPST (Hôpital Patients Santé & Territoires) conduit à une évolution du métier de pharmacien qui progressivement va prendre en charge une activité de conseil auprès des patients et de suivi des malades chroniques. Pour assurer ces missions qui auront une incidence sur sa rémunération, le pharmacien peut s'appuyer sur des solutions logicielles mises à sa disposition par les éditeurs spécialisés dans l'informatisation de l'officine. Ces solutions sont de plus en plus utilisables en situation de mobilité.

Ainsi, Alliadis commercialise auprès des pharmaciens la plateforme web mon Suivi Patient disponible notamment sur tablette : cette plateforme permet de réaliser les entretiens pharmaceutiques selon les protocoles prévus et d’en faire un suivi exhaustif et régulier.

Winpharma propose sa solution pour smartphone winPharmacie.com : le pharmacien suit à distance l'activité de son établissement, il peut informer les patients de ses promotions disponibles sur son site marchand...

Citons encore l'exemple de l'application Ma Pharmacie Mobile dont la deuxième version a été développée par Mobizel pour l'éditeur de logiciels Pharmagest : mise à disposition gratuitement auprès des officines, l'application permet au pharmacien d'optimiser le suivi des patients et de renforcer le lien entre le professionnel de santé et le patient. Elle offre par exemple la possibilité au patient de demander conseil à son pharmacien en lui envoyant un message et une photo que celui-ci recevra directement sur son logiciel de gestion LGPI Global Services commercialisé par Pharmagest.

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