Le Transport, le grand oublié des prévisions ?

Le 12 mai 2014

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flou© hxdyl - Fotolia
Les prévisions au travers du S&OP et PIC se sont installées petit à petit dans les entreprises ; ces prévisions justes nécessaires pour respecter l’engagement client sont extrêmement utiles pour s’organiser tout au long de la chaîne logistique. Malheureusement, ces prévisions s’arrêtent trop souvent au quai !

Gilles Parisse (Location d'expertise, consultant indépendant) nous apporte sa vision sur l’importance du prévisionnel transport et positionne ce dernier comme un gisement de performances plutôt qu’un centre de coûts pour l’entreprise.

Le transporteur est le laissé-pour-compte et ne reçoit que très rarement des prévisions de distribution. C’est pourtant la 5ème roue du carrosse qui tient régulièrement le rôle de roue de secours pour combler un retard ou assurer une livraison urgente. Une belle zone de flou…s’installe alors entre le quai et le client…

Quelles solutions proposez-vous pour amoindrir et maîtriser cette zone de flou entre le quai et le client?

Premièrement, l’anticipation a déjà prouvé sa rentabilité, il est donc nécessaire d’intégrer le transporteur dans la boucle des prévisions.

Nous pouvons d’ores et déjà identifier deux zones de flous :

  • Celle du chargeur : les volumes prévisionnels à transporter à moyen et court terme
  • Celle du transporteur : l’organisation de la livraison

Il est nécessaire de modéliser chaque zone de flou pour identifier les contraintes de chacun et établir des actions d’amélioration.

Pour ce qui est du prévisionnel de volume, le chargeur, qui a la maîtrise de l’activité, peut le faire seul et est le seul à pouvoir le faire. En effet, il est à même de modéliser son activité en prenant en compte les contraintes en amont (production, stock) et ses propres contraintes (aire de chargement, conditionnement, amplitude horaire) mais aussi d'intégrer une partie des contraintes aval, celles de ses transporteurs (disponibilité des camions, taux de remplissage, optimisation des tournées).

En s'appropriant les contraintes des uns et des autres, il peut alors mieux se positionner pour établir un prévisionnel transport en traduisant son activité prévisionnelle en volume de transport sur une échelle temporelle. 

Le transporteur, bénéficiant ainsi des prévisions de ses différents chargeurs, pourra alors assurer une meilleure exploitation des moyens et une réduction de l’empreinte carbone.

Concrètement, ces améliorations peuvent être :

  • Pour le chargeur : un plan de transport avec un planning d’enlèvement prévisionnel à court terme (quelques jours) avec un degré de détails suffisants du volume à transporter (nombre de colis, palette, camion).
  • Pour le transporteur : un plan d’optimisation de ses tournées, un meilleur remplissage de ses camions.
  • Pour les deux : un échange d’informations, un affinement de part et d’autre en pensant macro et absorbant les approximations au fur et à mesure de la réalisation de la commande client.

C’est un premier pas d’une démarche collaborative qui se traduit par des gains induits des deux côtés. C’est la compréhension commune des contraintes réciproques ; celle du chargeur de répondre aux exigences de son client et des contraintes techniques inhérentes au produit et celles du transporteur d’optimiser son remplissage et son circuit de distribution. 

Vous avez également un autre outil d’optimisation : le coefficient de foisonnement qui mesure le taux de vide fabriqué et transporté ? Pouvez-vous nous en parler ?

C’est un indicateur que nous ne prenons que rarement en compte. Pourtant, cet outil de mesure permet de rendre visible le taux de vide global lié au produit tout au long de son cycle jusqu’à la livraison client.

Il se mesure tout au long de la chaîne : du produit nu au produit emballé, conditionné, transporté. C'est ratio de vide créé autour du produit ; à l'origine à 100% (produit nu), il peut doubler à la fin de son cycle...

Coefficient de foisonnement

Dans cette période d’économie des coûts, c’est important de prendre conscience que le vide est un coût subi par l’entreprise mais également par le client.

Et face à la montée en puissance de la transition énergétique et la mesure de l’empreinte carbone, cet indicateur est d’autant plus pertinent. Ce coefficient pourrait même être valorisé au travers d'un circuit de communication similaire à celui de l’empreinte carbone avec un affichage sur le produit fini.

Comment l’améliorer ? Il faut remonter la chaîne, travailler sur chaque maillon où on construit du « vide ». Là encore, il faut prendre en compte les contraintes de chaque maillon afin de créer un effet de levier global. On peut matérialiser cette amélioration par une courbe graphique du coefficient de foisonnement tout au long du cycle du produit.

Un autre enjeu économique et écologique se profile : l’internet physique. Qu’en pensez-vous ?

Standardiser les protocoles physiques et les protocoles d’informations dans une dimension internationale et considérer le réseau transport comme une toile interconnectée ouverte et collaborative : C’est une nouvelle conception du transport ! 

Et un des leviers de l’internet physique, c’est la standardisation des formats des colis : pouvoir mixer différents formats pour constituer des palettes mixtes uniformisées. C’est un grand pas en avant et du vide en moins à transporter !

Internet physique conditionnement

Au final, l'internet physique nous permettra d’optimiser notre transport et de massifier nos flux grâce à une logistique partagée pour les petits comme pour les grands acteurs, pour les chargeurs comme pour les transporteurs.

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