Le numérique au coeur de la transformation de la chaîne de mobilité

Le 22 avril 2014

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Gabriel Plassat, ingénieur Energies et Prospectives au service Transports et Mobilités de l’ADEME, ouvre la journée du 23 janvier sur le véhicule serviciel en résumant les enjeux de l’irruption du numérique dans les pratiques de mobilité.

Pour Gabriel Plassat, l’enjeu fondamental du numérique est de pouvoir synchroniser des collectifs humains à grande échelle et sans qu’il soit nécessaire de faire appel à une structure hiérarchique qui serait un principe de commandement ou de régulation.

Parler de serviciel, c’est se souvenir que ces pratiques de « services » dans le domaine de la mobilité sont déjà anciennes : louer ou prêter un véhicule, faire de l’auto-stop, ne sont pas des pratiques nouvelles. Déjà elles posaient la question de la réputation et de la confiance. Ce qui change aujourd’hui, c’est la possibilité qu’ont les technologies numériques de créer cette confiance tout en permettant la synchronisation de groupes humains à très grande échelle.

L’irruption du numérique dans le domaine automobile ne se présente pas comme une « couche » de technologie qui se superposerait à une industrie déjà existante et qui ne ferait que se perfectionner. C’est plutôt un nouveau système de mobilité qui s’invente à partir du numérique et d’une industrie de service rendue possible par ces nouvelles technologies.

La plateforme  et la « sur-traitance » : un nouveau modèle industriel ? 

Là où l’industrie automobile recourt massivement à la sous-traitance et à la standardisation en pilotant sa chaîne de valeur, le numérique suit un modèle inverse. C’est en développant une plateforme suffisamment attrayante pour attirer la multitude qu’elle rend possible ce que Gabriel Plassat nomme la « sur-traitance », c’est-à-dire qu’elle donne la possibilité à d’autres industries d’ajouter des services qu’elle ne pilote pas. Il s’agit donc d’héberger l’innovation externe afin de renforcer l’attractivité de la plateforme.

Par exemple, l’application Waze qui permet de partager en temps réel le trafic et l’état du réseau routier permet à Google d’offrir à partir de Google Map, une nouvelle expérience de mobilité à chaque utilisateur via l’exploitation des données qu’il envoie sur la plateforme et son partage par la multitude.

Dans ce modèle, c’est la donnée qui devient l’élément stratégique. La multitude des données émanant des utilisateurs permet la constitution de cartes qui, hébergées sur la plateforme, permettent en retour de répondre aux demandes des usagers. L’indexation des panneaux routiers, des enseignes de restaurants, constituent des cartes qui répondent aux besoins des utilisateurs en fonction de leur activité et à un moment donné. On le voit, les voitures autonomes du type Google Car semblent être des véhicules dont le rôle sera d’assurer un transport mais surtout de mettre à jour en temps réel ces cartes afin de répondre de la façon la plus efficace aux demandes des usagers.

Le numérique s’ancre donc dans une co-construction où les rôles deviennent indiscernables : l’usager (que ce soit une personne physique ou un objet connecté) est à la fois l’utilisateur du service et le producteur des données qui alimentent ce service.

Un nouveau défi pour les acteurs économiques et publics

Grâce au Smartphone, l’individu dispose d’un assistant personnel qui lui permet, sans se reposer sur un service marchand ou sur une infrastructure publique, de coordonner ses actions avec d’autres. C’est là un nouveau défi pour les acteurs marchands et les services publics qui doivent s’associer à cette multitude qui peut se synchroniser grâce au numérique.

L’enjeu majeur de ce défi, c’est la connaissance. Organiser un réseau de transport, c’est connaitre la façon dont les individus se déplacent. Depuis les années 1970, les Enquêtes Ménages Déplacements (EMD) ont interrogé 500 000 personnes afin de reconstituer grâce aux outils statistiques les pratiques de mobilité de toute la population française. Pourtant, chaque jour, ce sont 170 millions de décision liées aux déplacements qui sont prises par les Français. On le voit, ces enquêtes réalisées tous les 10 ans coûtent plusieurs millions à la collectivité et n’interrogent qu’une partie infinitésimale de leur objet, d’où un vide de connaissance sur la mobilité telle qu’elle se pratique au quotidien.

Le numérique peut permettre de combler ce vide. Par exemple, l’application CycleTracks utilisée à San Francisco propose aux cyclistes de tracer leurs trajets à partir de leur Smartphone. En connaissant les trajets, en donnant aux cyclistes la possibilité d’évaluer et de commenter leur déplacement, on a en quelques jours une multitude d’informations qui sont précieuses pour avoir une connaissance des usages et donc un outil d’aide à la décision.

Une nouvelle filière invisible 

Si le numérique bouleverse les usages du point de vue des utilisateurs, il ouvre également  des perspectives d’innovation qui obligent à repenser le rapport entre les offreurs de service et des usagers de plus en plus connectés.

Le problème de cette nouvelle filière liée au numérique, c’est son invisibilité. Si on veut exploiter ce gisement d’innovation, il faut commencer par le rendre visible. A l’instar de Numa à Paris, il s’agit d’investir des lieux physiques qui sont autant des incubateurs de start-up que des lieux de rencontres et d’échanges entre les acteurs afin de permettre des expérimentations sur les territoires. Pour Gabriel Plassat, le projet BMA est un exemple qui permet de tracer une ambition pour l’avenir : et si Rennes était le lieu où l’on pouvait croiser les dynamiques industrielles et de services, avec les acteurs publics et privés afin de rendre visible cette nouvelle filière liée à la mobilité ?

 

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