Mobilité servicielle, nouveaux usages et nouveaux acteurs

Le 09 avril 2014

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Bolloré, le spécialiste des services de mobilité électrique

Le groupe Bolloré n’est pas un constructeur automobile ; il est bien entré sur le marché de la mobilité avec une offre de services. AutoLib’ en est une vitrine et une solution adaptée aux grands bassins de population en complément d’une offre de transport déjà performante. Au-delà de ces grandes villes comme Paris, Bordeaux, Nice, Lyon en France qui développent des services d’autopartage, Olivier Colas de Blue Solutions, indique les nouveaux services que le groupe Bolloré souhaite développer.

Le premier service évoqué est celui d’un service d’autopartage en partenariat avec d’autres acteurs, entreprises, collectivités dont l’objectif serait de partager l’investissement et le risque mais aussi les usages aussi bien professionnels que pour des particuliers. On peut penser ici à des acteurs du transport, des collectivités qui souhaiteraient proposer un complément de service en autopartage sur des territoires moins denses nécessitant un partage des coûts pour assurer un modèle économique. Le montage d’ingénieries partenariales innovantes entre plusieurs acteurs apparait en effet nécessaire pour que l’autopartage ne soit pas qu’une solution de grandes villes mais se développe aussi sur d’autres territoires.

Le deuxième marché évoqué par Olivier Colas est l’autopartage électrique d’entreprise en remplacement de véhicules de fonction thermiques permettant une économie d’exploitation. Le troisième marché est celui de la logistique du dernier kilomètre. Le durcissement des réglementations aboutira à l’interdiction dans les centres villes des véhicules thermiques et le groupe Blue Solution y voit l’opportunité de développer des services de livraison électrique en indiquant être très sollicité par les acteurs en présence sur ce sujet.

Enfin la dernière typologie de service évoquée est celui du service de recharge électrique. Le développement d’un réseau d’infrastructures de recharge est bien sur nécessaire mais devra être couplé à un service de recharge incluant la localisation des bornes, leur disponibilité, leur réservation, le paiement… L’objectif de ce service est d’assurer un usage simple du véhicule électrique y compris sur de plus grande distance.

On le voit bien, dans la logique de Blue Solution, le véhicule électrique amène une nouvelle réflexion sur les usages et laisse une place à de nouveaux acteurs, comme eux, pour proposer des services de mobilité, le véhicule ou la borne devenant un commodité. La cible des particuliers, cible principale des constructeurs automobile n’est pas du tout celle du groupe Bolloré, et ces services vont nécessiter des ingénieries collaboratives innovantes pour optimiser l’usage du véhicule électrique.

Orange, optimiser l’usage du parc investi par le service

Patrick MATINOLLI, manager chez ORANGE Business Services, est en charge du déploiement de l’autopartage dans la flotte interne de 23 000 véhicules.

L’enjeu est pour le groupe d’améliorer l’utilisation de la flotte de véhicules souvent sous-employé et donc impactant les coûts de déplacement. L’utilisation d’outils numériques d’autopartage permet cette rationalisation avec une gestion en temps réel du parc de véhicules disponibles mais impose un accompagnement du changement important, comme par exemple d’éviter des comportements de réservation de véhicule pour la journée lorsque le besoin n’est que de deux heures.

Mais l’innovation d’Orange dans ce projet est d’étendre l’utilisation de la flotte pour des usages privés de ses salariés, le soir ou le Week-End, moyennant une contrepartie financière. L’enjeu est d’ici à nouveau d’améliorer le taux d’utilisation des véhicules, cette optimisation pouvant servir et l’entreprise et ici les salariés.

Enfin, l’enjeu pour Orange est bien au-delà, puisqu’il commercialise une offre Fleet Management qui d’ici 2015 intégrera une option autopartage sur la base de leur expérience interne. Le serviciel vise ainsi à améliorer l’usage des véhicules, ressources dont le coût de possession est important et très souvent sous-utilisé.

 

Audace, projet porté par la MAIF nouvel opérateur dans la mobilité

Le projet AUDACE est soutenu par l’ADEME ; il fait intervenir 9 acteurs dont la MAIF qui dans ce projet s’implique comme porteur du système de mobilité qui va être expérimenté en intégrant plusieurs briques : centrale de mobilité exploitant différentes solutions de mobilité et disponible sur un assistant personnel de mobilité, offres de mobilité partagée (autopartage classique, autopartage entre particuliers, covoiturage), boitier télématique permettant de gérer ces usages.

Le portage par un assureur vise à lever les freins assurantiels et juridiques posés par le partage de véhicules à grande échelle en mettant au point une offre assurantielle adaptée à ces nouveaux usages. Le besoin n’est plus seulement d’assurer l’automobile mais la personne qui utilise les véhicules d’autres personnes. Les problématiques principales à résoudre pour faire adopter ces services de mobilité partagés sont en effet moins technologiques qu’organisationnels. Le numérique permet une connaissance nouvelle des usages réels ; cela représente pour les assureurs une opportunité inédite d’intervenir comme acteur dans cette chaine de valeur.

Ces connaissances, indique Gabriel PLASSAT, permettent de mieux maîtriser les risques, cœur de métier de l’assurance. Ainsi, le service apporté par l’assureur pourrait également être autour d’offres ajustées en fonction des pratiques réelles, tenant y compris compte des pratiques de mobilité douce jouant sur l’assurance santé.

 

Dassault Système : L’économie de l’expérience de mobilité

Pour Olivier SAPPIN, vice-président Industrie, Transport et Mobilité chez Dassault Systèmes, le marché automobile se caractérise par des niveaux d’investissements en R&D, industriels et commerciaux considérables et malgré cela, des processus de décisions finales d’achat reposant essentiellement sur des critères émotionnels peu rationnels et très lié au produit.

Dans les approches servicielles, le besoin de concevoir un service plus qu’un produit nécessite de mettre au centre du cycle d’innovation le client et ses usages plus que l’automobile, les critères d’achat devant en effet évoluer. Cette mutation impose des ruptures que portent certains nouveaux entrants comme TESLA ou Google. Pour les acteurs en place, l’enjeu est de modifier les méthodes de conception afin de mieux connecter les services marketing, d’ingénierie et de vente encore organisés en silos et ramener au cœur du processus les usages.

Cette mutation du servicielle amène un acteur comme Dassault Système, éditeur de solutions numériques pour les industriels, à faire évoluer ses solutions autour de « l’économie de l’expérience », pour justement mieux prendre en compte ce besoin de connecter les différents acteurs et mieux intégrer l’expérience utilisateur dans la conception des produits/services. Le service se voit ici à travers de nouvelles approches de conception produit par la filière automobile en vue non plus d’un produit mais d’un service.

 

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