Impact du numérique sur le transport à la demande : vers l'avènement de la maraude 2.0 et l'amincissement des frontières entre taxis et VTC ?

Le 18 février 2014

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Voté en fin d’année 2013, le décret imposant aux VTC un délai de 15 minutes entre la réservation d’un véhicule par le client et sa prise en charge effective, entré en application le 1er janvier 2014, vient d’être suspendu par le Conseil d’Etat qui a estimé que l’atteinte des VTC au monopole des taxis n’était pas en l’état démontrable. Cette suspension vaut pour l’année 2014 et sera suivie d’une réexamen en fin d’année.

Souvent accusés de pratiquer la maraude physique (droit pour un taxi de circuler à vide à la recherche d'un client et de se faire héler), légalement réservée aux taxis, les VTC, qui revendiquent des temps de prise en charge inférieurs à 10 minutes, peuvent logiquement espérer suite à cette suspension, pouvoir à termes continuer à exploiter leurs outils actuels (applications mobiles et géolocalisation) pour tendre, au fur et à mesure que le nombre de VTC progressera, vers la quasi immédiateté de prise en charge.

Le conflit opposant taxis et VTC constitue ainsi un bon exemple du rôle que peut jouer le numérique dans le transport à la demande. En permettant la mise en relation en temps réel passagers/chauffeurs, le numérique tend à infléchir les frontières entre deux services de mobilité autrefois plus largement distincts.

Si elle venait à être confirmée en fin d’année 2014, l’annulation du décret instaurant un délai de prise en charge aux VTC pourrait être synonyme d’autorisation de ce que l’on pourrait qualifier de « maraude 2.0 », comparable à la maraude physique réservée aux taxis mais sans ses inconvénients. La maraude 2.0 ne nécessite pas de trajets à vide pour chercher un client et est en passe de garantir une prise en charge quasi immédiate des passagers, une recherche de véhicules facilitée et un accès à la réputation de son futur chauffeur.

taxi beat

Capture d'écran de l'application TAXIBEAT

 

Conscients que l’avantage conféré par le monopole de la maraude physique risque de devenir de plus en plus théorique, les compagnies de taxis et les taxis indépendants, commencent à se saisir des outils numériques pour intégrer la maraude 2.0 dans leur offre avec l’objectif d’assurer ainsi la continuité de leurs volumes d’affaires. Ainsi, des startups comme Taxibeat, Hailo ou Taxilo, qui proposent des applications mobiles grand public de géolocalisation et de notation de taxis pourraient à termes se démocratiser dans la profession et venir remettre en cause les centrales de réservation historiques qui fonctionnent encore par téléphone. Taxibeat affirme déjà disposer de 1350 taxis parisiens dans sa base de données. La startup se rémunère en tant qu’apporteur d’affaires en prélevant 99 centimes d’euros par course apportée là où les centrales de réservation exigent un abonnement mensuel de plusieurs centaines d'euros.

Ainsi, même si le bras de fer opposant actuellement taxis et VTC doit encore être arbitré réglermentairement, on ne peut d'ores et déjà plus ignorer l'impact du numérique sur ces deux services de transport à la demande. La confirmation de l'annulation du délai de 15 minutes de prise en charge pour les VTC à la fin de l'année 2014 viendrait conforter cette idée et sans doute rendre incontournable la maraude 2.0. Si cette nouvelle forme de maraude tend à réduire les frontières entre les deux services de mobilité que sont les taxis et les VTC et à exacerber les tensions, du point de vue du client, ce contexte de concurrence frontale peut favoriser le renforcement de la qualité du service rendu et donc potentiellement, massifier les usages.

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