Analyse sociologique de la consommation d’énergie dans les bâtiments résidentiels et tertiaires : quel est le potentiel d'économies d’énergie ?

Le 11 février 2014

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La consommation d’énergie dans les bâtiments résidentiels et tertiaires est le plus important gisement d’économies d’énergie, mais ce potentiel ne pourra être exploité uniquement par la diffusion du progrès technique. Il faudra y adjoindre une mutation des comportements quotidiens et des modes de vie.


Cette analyse sociologique réalisée par M. Gaëtan Brisepierre, présente  un bilan de connaissances et des perspectives d’orientation, il est construit autour de 3 grandes parties

  • Les ménages face aux économies d’énergie, leur profil, leur budget, leurs usages de l’énergie dans l’espace domestique.
  • La transition énergétique du parc de bâtiments, avec l’entrée des objets techniques et leur appropriation par les consommateurs.
  • Les enjeux contemporains de la maîtrise d’énergie autour de la précarité et son traitement, les campagnes d’accompagnement au changement, les compteurs communicants et les réseaux intelligents.

 

L’étude se clôt sur les perspectives pour la  recherche

Quelques éléments saillants de cette étude sur les ménages face aux économies d’énergie

Le consommateur d’énergie unique, rationnel et cohérent n’existe pas ! Il agit sous la contrainte d’une situation sociotechnique particulière sachant que la sphère domestique est encore plus que les autres marquée par la routine et le poids des traditions.

Paradoxe, la sensibilité croissante des français aux problèmes écologiques ne les empêche pas d’avoir des pratiques de consommation toujours plus énergivores.

Appréhender la diversité des consommateurs est aussi s’intéresser à l’influence de leur niveau de revenu. Alors que les ménages favorisés privilégient les investissements dans des logements et des équipements plus efficaces, les ménages modestes se tournent plus vers des pratiques de restriction soutenues par une culture populaire de bonne gestion domestique.

Le poste énergie fait partie des dépenses contraintes et l’augmentation de ces dépenses est l’un des principaux facteurs de déclassement, même s’il est récent. L'augmentation rapide des prix des énergies est un facteur d'accroissement des inégalités sociales, car les ménages ne sont pas égaux vis-à-vis du budget énergie. Les ménages les plus pauvres ont moins profité que les autres des progrès de l'efficacité énergétique des bâtiments, alors que parrallèlement ils se sont tout autant équipés en appareils électroménagers et électroniques ajoutant aux consommations d'énergie.

La demande d’énergie domestique est dite « faiblement élastique », cela signifie que les ménages adaptent peu leurs comportements quotidiens à l’évolution du prix de l’énergie.

La connaissance que les habitants ont de leur consommation reste trop limitée pour guider l’action.

Sur la question des pratiques de chauffage et de confort thermique la prescription d’une température réduite n’apparaît pas comme le bon levier pour orienter les pratiques de chauffage et la conception du confort n’est ni naturelle, ni immuable. Elle est une construction historique qui évolue en fonction des techniques disponibles et des normes sociales.

Le confort n'est pas un état physiologique mais un processus de recherche constant dans lequel l'individu souhaite garder le contrôle et qui obéit également aux mécanismes de consommation et aux tendances sociétales. Elle peut même passer au second plan par rapport à la possibilité de vivre en conformité avec ses valeurs.

La question qui se pose aujourd’hui sur ce point est la suivante : « se dirige-t-on vers une autre forme de confort « post-moderne » dans lequel une éthique de la frugalité prime sur les moments d'inconfort ? ».

Cette contextualisation des pratiques de chauffage expliquent pourquoi des solutions uniquement basées sur l’information et/ou le signal prix ne peuvent avoir qu’un impact limité sur les comportements.

Le changement des pratiques demande de s’inscrire dans une dynamique collective.

Les gisements d’économie semblent se situer dans la mutualisation à l’échelle du bâtiment ou du quartier.

Quelques éléments  de cette étude sur la transition énergétique du parc de bâtiments :

Concernant les logements BBC, les habitants doivent adopter des habitudes différentes et l’entrée dans ce type de logements est suivie d’une période d’appropriation. Le phénomène constaté de surconsommation est révélateur d’un décalage entre les pratiques des occupants et les hypothèses de conception.

Sur la formation des éco-quartiers et de la ville durable, la notion reste floue et nécessite une élaboration collective intégrant les citoyens, une culture de concertation et un portage politique.

Le secteur tertiaire public et privé, qui a connu quant à lui une augmentation de ses consommations de 15% sur ces dix dernières années, présente une propension à investir pour faire des économies qui dépend de l’intensité énergétique de l’activité.

La rénovation énergétique des logements nécessiterait selon l’étude une approche globale via un bouquet de travaux. Pour le particulier la décision de recourir aux énergies renouvelables pour sa maison demande une forte implication et le passage des individus du statut de simple consommateur à celui de producteur d’énergie l’inciterait à adopter des pratiques plus économes.

Dans ce paysage professionnel l’acquisition de nouvelles compétences techniques et organisationnelles pour les acteurs de la filière est nécessaire pour faire de la rénovation performante un marché de masse. Une nouvelle figure apparaît « l’énergéticien » tandis que d’autres tels que les syndics peinent à être moteurs en matière d’économies d’énergie. L’absence d’acteurs laisse le champ libre à l’externalisation complète de la rénovation via les CPE (contrat de performance énergétique).

Quelques éléments  de cette étude sur les enjeux contemporains de la maîtrise de l’énergie :

La loi sur la précarité énergétique en France a été introduite en 2010 et a soulevé la question des inégalités liées aux politiques environnementales non compatibles avec les politiques sociales.

Aujourd’hui elle oscille entre des aides à la réhabilitation thermique et une pédagogie des usages de l’énergie pour l’ensemble des ménages ; dans un contexte de mauvaise qualité thermique d’une grande partie du parc immobilier français, ancien et comportant une très grande dépendance au chauffage électrique.

La précarité énergétique est en réalité un phénomène multidimensionnel qui demande une approche à plusieurs échelles. Ceci suppose la création de réseaux d’acteurs locaux coordonnés susceptibles d’accompagner les ménages en combinant des solutions adéquates : urgence sanitaire, impayés, pédagogie, travaux…

La connaissance des éco-gestes se heurte encore au modèle dominant de consommation et à l’imaginaire négatif de la sobriété. Les innovations sociales se cristallisent autour de concours de sobriété énergétique et c’est le sentiment d’appartenance à un groupe qui soutient les efforts nécessaires au changement.

Quid de la pérennité de ces changements une fois que la campagne de sensibilisation est terminée ?

Sur les compteurs communicants et les réseaux intelligents, l’étude indique qu’ils présentent beaucoup d’ambiguïtés et l’intérêt des individus pour le suivi régulier des consommations reste limité. Le consommateur continue à avoir des difficultés à interpréter ses consommations.

Le consom'acteur d'énergie va-t-il émerger ? C'est la question que pose cette étude en rappelant que le système électrique tel qu'il a été conçu voulait à la fois discipliner et prédire les consommations sans l'intervention du consommateur. Deux visions s'opposent : doit-il rester passif et ne pas "déranger" ou devenir acteur de sa consommation ?

 

Perspectives pour la recherche

Les perspectives présentées sont sériées de la façon suivante :

Usages de l’énergie

  • Conditions d’une diffusion large et pérenne des pratiques économes
  • Quantification des tactiques d’usages de l’énergie domestique
  • La construction du confort thermique renouvelable en maison individuelle

Bâtiments

  • La coopération entre les professionnels autour de la performance énergétique
  • La régulation sociale du confort en chauffage collectif dans les BBC
  • Des usages du tertiaire à la mixité fonctionnelle

 Rénovation

  • Cartographie des intermédiaires de la rénovation thermique
  • La construction sociale des prix de la rénovation énergétique
  • Modélisation des processus de décision des travaux de rénovation

 Territoire

  • Les conditions sociales d’exploitation du gisement de l’énergie fatale
  • L’urbanisme durable après l’émergence des écoquartiers
  • L’insertion sociale de l’économie circulaire : le cas du biométhane

 Politique

  • La régulation sociale des données de consommation d’énergie
  • Les enjeux sociaux de la production des normes techniques
  • La territorialisation de la politique énergétique : autonomie ou repli ?

 

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter l’intégralité de cette étude en pièce jointe .

 

 

 

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