Quelles perspectives pour la m-santé en Afrique ?

Le 12 février 2014

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Prévention des épidémies, lutte anti-contrefaçon, information des patients et des professionnels de santé : à mesure que progresse le taux d'équipement de la population africaine en téléphonie mobile, le portable offre des perspectives encourageantes pour l'amélioration des systèmes de soin en Afrique.

L'Afrique est la région du monde qui concentre le plus grand nombre de personnes souffrant de malnutrition. Instabilité politique, déficit énergétique, conflits amés, corruption, catastrophes environnementales... Le continent cumule les handicaps.

Pourtant l'Afrique est aussi une zone de forte croissance. Avec une population jeune, une classe moyenne éduquée et entreprenante qui accède à la consommation et des ressources en matières premières, l'Afrique attire au point que les investissements étrangers y ont triplé depuis dix ans. Un colloque organisé par la Coface début 2014 confirme l'attractivité de l'Afrique qui apparaît comme un nouvel Eldorado pour les investisseurs, en particulier dans le BTP, les télécommunications et le tourisme.

 

Des marchés à prendre dans la santé

L'Afrique du Sud représente le premier marché du continent africain pour l'ensemble du secteur santé : dans une note publiée en 2013, Ubifrance souligne les perspectives du marché de la m-santé et de la télémédecine dans ce pays qui est aussi la première économie africaine et qui apparaît comme une porte d'entrée pour un développement en zone sub-saharienne.

Bénéficiant d'une relative stabilité politique et d'une croissance économique de l'ordre de 5%, le Cameroun offre lui aussi des opportunités aux entreprises françaises dans le domaine médical : c'est dans ce contexte qu'Ubifrance organise en avril 2014 à Douala et Yaoundé, des rencontres BtoB avec des acheteurs, distributeurs et investisseurs du secteur médical et hospitalier.

Dans le domaine pharmaceutique, la société française Tridem développe actuellement ses activités au Ghana où elle vient de déposer des demandes d'autorisation de mise sur le marché pour plusieurs médicaments. Troisième distributeur de médicaments en Afrique francophone derrière les français Ubipharm et Eurapharma, cette entreprise basée près de Toulouse est attirée par le potentiel du Ghana et à terme du Nigeria, deux pays anglophones qui apparaissent dans le classement des marchés en croissance rapide établi par le cabinet Ernst & Young.

Ancienne colonie portugaise, l’Angola est aussi un marché en pleine croissance : "la réhabilitation et la construction de nouveaux centres de santé et hôpitaux se poursuivent à grande vitesse", souligne Ubifrance qui précise que "le développement du secteur de la santé est un axe prioritaire du gouvernement au cours des prochaines années".

Plus proche culturellement de la France, le Maroc offre également des opportunités de marché dans l'ensemble de la filière santé : équipements et dispositifs médicaux, produits et équipements dentaires, solutions technologiques et services pour la santé, produits pharmaceutiques et e-santé.

Med AfricaInternet et téléphonie mobile en forte progression

Plus précisément dans le domaine de la e-santé et de la m-santé, quelles sont les perspectives du marché africain pour les entreprises ?

Selon une récente étude de McKinsey, " la question n’est plus de savoir si la révolution Internet aura lieu en Afrique mais plutôt quand." Interrogé par le quotidien économique Les Echos (20 novembre 2013) le responsable de McKinsey à Johannesburg estime que "nous arrivons à un tournant. Le taux de pénétration d’Internet et du smartphone croît très vite, le coût de la data baisse de manière significative. Bientôt nous atteindrons une masse critique qui permettra le développement de services digitaux, dans tous les secteurs." Les services financiers, le commerce, l'agriculture et la santé seront parmi les premiers à en bénéficier.

Même s'il demeure d'importantes disparités entre pays et entre territoires à l'intérieur de chaque pays, les gouvernements africains se mobilisent pour développer les réseaux de télécommunications et favoriser l'accès à Internet. Le Kenya est le pays qui a le plus investi dans les infrastructures télécom : la capitale Nairobi est d'ailleurs connue aujourd'hui sous le nom de Silicon Savannah en raison de son parc technologique et de la présence de jeunes entrepreneurs du web.

Des acteurs privés tels que Maroc Telecom ou Smile Telecom investissent massivement, y compris dans la fibre optique et les réseaux 4G.

L'Afrique du Sud, le Nigéria, la Namibie sont également bien positionnés sur le secteur des TIC.

Solutions mobiles pour la santé

Forts de leurs compétences dans les technologies numériques, des entrepreneurs africains conçoivent des solutions qui apportent des réponses concrètes aux besoins de la population et qui se développent à mesure que progresse l'usage du mobile.

Un exemple emblématique concerne la lutte contre la contrefaçon de médicaments : en Afrique beaucoup de médicaments sont vendus dans la rue, des antipaludéens, des antibiotiques ou des antidouleur. Malheureusement ce sont souvent des contrefaçons, responsables de 100.000 décès par an selon l'Organisation Mondiale de la Santé. Face à ce fléau, la fondation mPedigree et la société Sproxil issue de cette fondation, ont développé une solution en partenariat avec des laboratoires pharmaceutiques et des opérateurs télécom. Les laboratoires homologués font apparaître sur l'emballage de leurs médicaments un code crypté : le consommateur gratte l'étiquette de l'emballage et envoie gratuitement ce code par SMS à la société qui gère le système. Celle-ci répond instantanément par SMS en indiquant si le produit est ou non contrefait. Le Ghana, le Nigeria et le Kenya ont intégré cette pratique.

Le téléphone mobile permet aussi d'organiser des campagnes de prévention des épidémies par SMS : ainsi l'ONG Malaria no more mène une campagne par SMS au Tchad, au Sénégal et au Cameroun pour rappeler à la population l'intérêt d'utiliser une moustiquaire. En Tanzanie, le gouvernement suit en temps réel par SMS le nombre de tests antipaludéens disponibles dans les dispensaires, afin d'organiser la logistique et d'approvisionner les stocks : une initiative qui porte le nom SMS for life.

En Zambie et au Malawi, l'application Mwana Africa permet d'accélérer la délivrance des résultats d'examens aux parents d'enfants séropositifs. Et au Kenya les personnes souffant d'une affection peuvent recevoir des informations sur la maladie correspondant à leurs symptomes, via l'application Med Africa.

Ces quelques exemples confortent la place de la téléphonie mobile comme support des solutions de télésanté en Afrique. D'autres exemples sont présentés sur le site mHealth Africa conçu pour promouvoir l'usage des technologies mobiles appliquées à la santé sur le continent africain.

Pour autant, un certain nombre d'obstacles viennent freiner ces initiatives. D'une part se pose la question de l'échelle géographique pertinente pour développer une solution mobile : il faut en effet établir des accords avec de multiples opérateurs télécom, dans des environnements réglementaires complexes, ce qui peut décourager les investisseurs. D'autre part, les pays les plus peuplés comme l'Ethiopie ou le Congo qui comptent chacun 70 millions d'habitants, sont des pays où le taux de pénétration d'Internet reste très faible, ce qui réduit d'autant les perspectives du marché de la santé connectée sur ces territoires. A l'inverse, le taux de pénétration d'Internet est nettement plus élevé dans des pays de petite taille tels que le Cap Vert et l'Ile Maurice.

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