Covoiturage domicile/travail : mise en évidence des spécificités à prendre en compte pour les nouveaux entrants

Le 27 novembre 2013

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Alors que le covoiturage « classique », qui se caractérise par une utilisation ponctuelle, des destinations changeantes et des distances parcourues significatives, a désormais trouvé son modèle, son chef de file (BlaBlaCar) et sa masse critique ; le covoiturage domicile/travail ou encore pendulaire, pourtant à l’origine de cette pratique collaborative, peine à se saisir des nouveaux outils numériques et ainsi à exploiter le potentiel de sièges vides qu’on lui attribue à juste titre.

Une offre logiquement initiée sur le covoiturage « classique »

A leurs lancements en 2005/2006, profitant de la montée en puissance du web 2.0, les premiers services de covoiturage comme BlaBlaCar (à l’époque covoiturage.fr), se sont logiquement attaqués au covoiturage « classique ». Plus simple à appréhender, plus « bankable », puisque opérant sur de longues distances génératrices d’économies significatives.

Le résultat, on le connait, le covoiturage « classique » a profité de l’arrivée du smartphone pour se développer très significativement ces 5 dernières années, au point de devenir un service de transport à part entière. Dans le même temps et compte tenu de l’émergence rapide d’un leader dans le covoiturage « classique », plusieurs opérateurs ont tenté d’adresser le marché du covoiturage pendulaire. En termes de fonctionnalités, ces nouveaux acteurs n’ont pas fait les distinctions nécessaires à la prise en compte des spécificités liées au covoiturage pendulaire. Ainsi, bien qu’ayant profité de l’évolution des mentalités liée à l’explosion du covoiturage « classique », le covoiturage pendulaire n’a pas suivi la trajectoire de développement que son potentiel et l’adoption des nouveaux usages numériques pouvaient laisser envisager.

Des spécificités à prendre en compte pour une offre adaptée au covoiturage pendulaire

Avec le recul, les difficultés rencontrées par les premiers entrants du covoiturage pendulaire permettent de mettre en évidence les spécificités de ce mode de transport. A l’image de l’ensemble des nouveaux services de l’économie collaborative, les notions de mise en relation et de masse critique apparaissent comme clés dans une offre de covoiturage. Pour autant sur ces points, le covoiturage « classique » et le covoiturage pendulaire doivent être distingués. Afin de mettre en évidence cette distinction ainsi que les autres spécificités de ces deux types de covoiturage, leurs fonctionnements peuvent être schématisés de la manière suivante :

Covoiturage classique 

Schéma covoiturage classique

Le covoiturage « classique » opère majoritairement sur de longues distances et du one way. Sa masse critique est donc globale et s’appréhende à l’échelle d’un grand territoire (pays/continent). Après l’atteinte de la masse critique, la mise en relation constitue la clé de voute d’une plateforme de covoiturage « classique ». La non récurrence des trajets et des équipages la rend de fait incontournable et à la base du business model. Le business model via commission sur les trajets effectués apparait simple pour les usagers et en cohérence avec les distances parcourues qui génèrent des économies significatives. La valeur est ainsi concentrée sur les aspects de masse critique, de mise en relation via un processus de monétisation simple et admis des usagers.

Covoiturage pendulaire

Schéma covoiturage pendulaireLe covoiturage pendulaire opère lui majoritairement sur de courtes distances (inférieures à 100km) et sur des trajets aller/retour. La régularité des trajets et la relative stabilité des équipages qu’il induit peut aboutir à remettre en cause la nécessité de mise en relation qui apparaît ainsi au fil du temps et pour un équipage donné de moins en moins incontournable. On ne parle plus d’une masse critique mais de multiples masses critiques locales qui se matérialisent par la création et la pérennisation d’équipages de covoiturage. La régularité des trajets et l’utilisation de différents véhicules au sein d’équipages qui, pour certains varient, imposent de développer des fonctionnalités de gestion des équipages comme la planification où le calcul du montant des rétributions. Les notions de confiance et de fiabilité constituent des prérequis à la formation et au bon fonctionnement de ces équipages. Le fait que les trajets s’opèrent souvent dans le cadre d’un déplacement domicile/travail n’autorise pas imprévus et retard. Le trajet retour, le plus concerné par les imprévus, peut constituer un frein pour les usagers mais aussi un élément sur lequel des innovations sont possibles (garantie du retour, services de livraison divers…). 

La valeur se trouve ainsi éclatée et répartie entre les différentes masses critiques (les micros communautés), la gestion des équipages et les services liés aux trajets retour. Enfin, le covoiturage pendulaire est une pratique qui s'est historiquement construite via l'échange de bons procédés. Entre une valeur éclatée et la tendance à privilégier le partage, la viabilité économique d’un service de covoiturage pendulaire apparaît ainsi encore à démontrer et pose la question du rôle des services associés dans cette quête d'un modèle économique viable. L'implication historique des collectivités sur le covoiturage pendulaire est également à prendre en compte afin d'anticiper les modalités de cohabitation avec des opérateurs privés.


Sans pour autant en faire deux pratiques à opposer, la schématisation des modes de fonctionnement du covoiturage « classique » et pendulaire permet de mettre en évidence les spécificités à prendre en compte pour un opérateur souhaitant développer une offre de service adaptée au covoiturage pendulaire et viable économiquement. Avec plusieurs millions de membres en France, le marché du covoiturage « classique » tend vers la maturité et peut être considéré comme un mode de transport à part entière. De son côté, le covoiturage pendulaire se cantonne encore trop souvent à des équipages issus d’une même entité et aux professions ayant des horaires stables. En raisonnant taux d’occupation des véhicules, le potentiel de sièges libres exploitables lors des trajets quotidiens grâce au covoiturage pendulaire reste considérable et équivaut, en termes de réductions des émissions de CO2 et de polluants, à des années de progrès technologiques sur les véhicules. Depuis environ un an, conscients de ce potentiel, de nouveaux entrants entendent se positionner sur le covoiturage pendulaire, cette fois en bâtissant une offre adaptée aux spécificités qui viennent d’être présentées. Dans un futur article, nous reviendrons en détails sur leurs différentes approches et les nouvelles fonctionnalités proposées autour du smartphone, de l’exploitation des aires de covoiturage, de la gestion opérationnelle des équipages et des imprévus.

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