3 questions à Philippe DANEY sur sa vision du couple Habitat et Mobilité

Le 25 novembre 2013

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Philippe DANEY, directeur artistique de l'agence de création DANEY FACTORY, nous livre sa vision de ce que pourrait être le couple habitat et mobilité.

Quelle est votre vision de l'habitat de demain ?

L’habitat, selon qu’il est urbain, péri-urbain ou rural, regroupe des populations qui ont des besoins, des visions sociales et des modes de vie tous différents de par la densification de ces aires.

L’habitat de demain, par nécessité, nous contraindra à partager les usages. C’est ainsi qu’il se créera des appartements partagés incluant des parties communes et des parties privatives. Ceux-ci concerneront a priori les primo accédants qui évolueront ensuite vers d’autres formes d’habitats, davantage personnalisés.

Le partage dans l’habitat et dans la famille implique un changement des points de repère. Il deviendra plus facile de partager, avec des voisins, des espaces de jeux, de stockage (permettant des livraisons pendant que l’on est au travail par exemple) mais aussi de gérer l’énergie ou bien, encore, de développer des espaces de services partagés (télé-travail, machines à laver, crèches…).

Où en sommes-nous actuellement avec cette notion de partage des espaces et des usages ? Que pourrait-elle apporter pour les mobilités de demain ?

Dans les zones pavillonnaires d’aujourd’hui, force est de constater qu’il y a peu de mise en lien entre habitants. Celles-ci sont organisées en cercles : on y entre lorsqu’on a un objectif, sinon on ne la traverse pas… Ajoutons à cela un manque de trottoirs et de transports en commun et l’on obtient un effet d’imperméabilité. Dans ce contexte il devient nécessaire de repenser la rue afin d’amener de nouveaux flux de gens, et les croiser : la ville s’ouvre alors sur de nouveaux espaces relationnels et de mobilité, permettant alors de créer une convivialité que l’époque moderne cherche à reconquérir.

Si l’on regarde, par exemple, l’aspect du « travail à la maison » on s’aperçoit rapidement qu’il crée de la désocialisation par l’enfermement, l’isolement, dans lequel se trouve projeté celui qui s’y livre. La création d’un « tiers lieu » collectif permet de recréer du lien social, favorise le partage et l’échange entre les personnes qui ont, à 70 %, les mêmes besoins et se livrent aux mêmes activités.

Le regroupement « sous contraintes quotidiennes » permet de repenser la mobilité du point de vue de l’activité journalière : les courses et leur livraison, le transport vers les écoles ou les activités hors temps scolaire, le « bricolage » ou la lessive, la garde des enfants ou, sans que cela soit exhaustif, le covoiturage ou les véhicules partagés. On peut aussi envisager, d’une façon plus moderne, un service de conciergerie à l’échelle d’une rue, d’un lotissement ou d’un quartier.

Expliquez-nous les impacts de cette évolution en termes architecturaux et d'aménagement du territoire...

Le contexte actuel nous oblige à reconsidérer nos modes de vie et nos comportements. Cela nous amène à réfléchir sur nos occupations quotidiennes et notre façon d’utiliser l’espace. Dans l’habitat collectif on pourrait envisager une « révolution » de l’usage des pièces qui redeviennent plus ouvertes et pourraient devenir plus collectives (cuisines – séjours). Il en est de même pour les couloirs d’accès aux appartements, les paliers, les halls d’entrée d’immeubles, car les valeurs changent en ce sens. C’est ce que l’on constate dans les appartements partagés. La liberté du choix se fait par la liberté de mobilité car le collectif n’est plus contraignant : l’exemple du covoiturage montre qu’au-delà des économies s’ouvrent des espaces de rencontres, de partage…

Une autre pensée de la conception de l’habitat permet de reconsidérer l’architecture même de nos pièces. Hormis les murs porteurs, il est possible de considérer les murs comme des éléments mobiles permettant de libérer de l’espace ou de le réduire au gré des circonstances. Même une partie du mobilier d’usage pourrait s’y intégrer et participer à cette démarche en s’adaptant complètement à l’espace de vie, tout comme les lumières qui, selon le lieu, le moment, les circonstances, contribueraient à la qualité de vie.

Charge aux grandes comme aux petites collectivités, dans ce contexte, d’aider et d’amplifier des tendances fortes car les vecteurs politiques d’équipement et de facilitation leur incombent. Créer et développer les leviers de la transversalité, en luttant contre la désertification des services par manque de densification de l’habitat, lorsque c’est le cas, c’est donner force aux associations pour réorganiser des lieux de vie, de service et de partage. C’est redonner du lien à une époque qui, à défaut de les trouver, se renforce dans son individualisme.

Auteur(s)

Eric CHARLES, CCI Rennes

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