Les VTC ou l'émergence d'une nouvelle offre de mobilité à l’épreuve du lobbying et des contraintes réglementaires

Le 22 octobre 2013

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Les services de VTC (véhicules de tourisme avec chauffeurs) doivent aujourd’hui faire face dans de nombreux pays aux lobbys croissants des taxis qui voient d’un mauvais œil la démocratisation de ces services de transport à la demande au positionnement haut de gamme et exploitant l’opportunité offerte par le smartphone pour développer leur activité. La France, qui vient juste de modifier la réglementation concernant les VTC, illustre bien la cohabitation difficile entre deux professions potentiellement complémentaires et le rôle des pouvoirs publics dans la mise en place de conditions favorables ou non au développement de cette nouvelle offre de mobilité.

VTC et taxis : entre complémentarité et concurrence déloyale

uberIls se nomment Uber, Chauffeur-privé, SnapCar, Voitures Jaunes, LeCab… et proposent un service de VTC basé sur une application smartphone intégrant les fonctionnalités de géolocalisation, de disponibilité en temps réel des chauffeurs, de réservation et de paiement via un tarif fixé à l’avance qui ne varie pas en fonction des conditions de trafic. La plupart adopte un positionnement haut de gamme en intégrant uniquement des voitures des segments supérieurs et en exigeant de leurs chauffeurs certaines prestations : tenue correcte, ouverture des portes, gestion des bagages, présence à bord de rafraîchissements… Ils se développent majoritairement dans les grandes villes et séduisent par leur positionnement, l’interactivité qu’ils autorisent et leur réactivité.

Contrairement aux taxis qui doivent s’acquitter d’une licence pouvant osciller entre 240 000 et 400 000 euros en fonction des villes, le chauffeur de VTC obtient le droit d’exercer contre une centaine d’euros. Autres distinctions majeures, un VTC ne peut intervenir que suite à une réservation préalable, n’est pas autorisé à marauder et ne peut emprunter les voies réservées aux taxis et bus.

chauffeur privéCette différence de statut pour deux professions ayant une activité qui se recoupe dans certaines circonstances pose évidemment des problèmes de concurrence. Dans les faits, les opérateurs de VTC invoquent la complémentarité entre VTC et taxis, les premiers ayant un positionnement plus haut de gamme et donc une typologie de clients différente. De leur côté, en France mais également dans d’autres pays, les taxis parlent de concurrence déloyale et font jouer la puissance de lobbying qu’on leur connait pour préserver leur part du gâteau.

Plutôt que de vouloir tenter de donner raison aux taxis ou aux VTC, chacun défendant, et c’est bien normal, ses intérêts, il apparait plus judicieux de s’intéresser aux éléments ayant amené deux professions aux statuts et à la clientèle différents à se retrouver dans certains cas en concurrence frontale suite à une évolution de l’offre.

Le rôle de la réglementation, du lobbying et du smartphone dans l’évolution de l’offre de mobilité 

Les véhicules avec chauffeurs et les taxis n’ont pas toujours été dans le contexte d’affrontement actuel. L’apparition des sociétés de VTC telles qu’on les connait aujourd’hui remonte à 2009, suite à l’assouplissement par le gouvernement Fillon du marché des « véhicules de grande remise » et de la création du statut de VTC pour développer l’offre de transport dans les grandes villes.

A l’époque, l’opportunité offerte par cette nouvelle réglementation n’avait pas été bien mesurée, et l’effet de levier que pouvait constituer les smartphones pour l’exploiter pas considéré.

4 ans après, force est de constater que c’est bien l’assouplissement de la réglementation couplé aux nouvelles fonctionnalités embarquées par les smartphones qui a permis à cette nouvelle offre de mobilité de se structurer et de prendre le chemin depuis 2012, comme en témoigne la levée de fonds record de Uber, (258 millions de dollars auprès de google) de l’atteinte d’une masse critique. Rien qu’à Paris, la plupart de ces services affirment réaliser des dizaines de milliers de courses par mois.

Voyant le vent tourner, les taxis ont depuis décidé de s’attaquer au problème. Uber, opérateur le plus présent à l’international doit ainsi faire face à plusieurs procès, la plupart du temps assignés par les fédérations de taxis. En France, les taxis ont mis en route le lobbying habituel en organisant des opérations de blocage et des manifestations afin d’inciter le gouvernement à revoir sa copie sur la réglementation. Le 11 octobre dernier, ils ont finalement obtenu des pouvoirs publics la fixation d’un délai minimum de 15 minutes entre la réservation d’un VTC par le client et sa prise en charge par le chauffeur. La mesure, qui prendra effet à partir du 1er janvier 2014, pourrait largement compromettre l'activité des VTC qui affirment aujourd'hui réaliser la majorité de leurs courses dans un délai inférieur à 5 minutes entre la réservation et la montée du client dans le véhicule.

A la différence de leurs « nouveaux » concurrents, les taxis semblent ainsi avoir opté pour la voie réglementaire sans forcément se poser les questions suivantes : pourquoi certains usagers du taxi en viennent à faire appel à un service de VTC leur coûtant en moyenne 20 à 30% plus cher ? Comment une profession qui compte 55 000 chauffeurs dans l'hexagone peut, en si peu de temps, se trouver menacée par une poignée de nouveaux entrants ? Se poser ces questions permet de mettre en évidence la nouvelle proposition de valeur permise dans ce cas par le smartphone qui ajoute de la réactivité, de la flexibilité et de la modularité à une offre de mobilité souvent victime du conservatisme de ses opérateurs. 

Sans rentrer dans le débat censé statuer entre favorisation de l'innovation des nouveaux entrants et préservation des opérateurs historiques, on peut au moins reconnaître que l’offre des VTC a le mérite de faire bouger les choses et constitue un bon cas d’école des conditions d’émergence de nouvelles offres de mobilité en rappelant le rôle clé du numérique au sein de ces nouveaux modèles.

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