Comment Yves Rocher a intégré la biodiversité dans sa stratégie ?

Le 17 octobre 2013

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Comment l'entreprise a-t-elle intégré la démarche biodiversité dans sa stratégie ?


Face à cette question la société Yves rocher a dimensionné une démarche pluridisciplinaire basée sur  3 piliers : stratégie biodiversité, gestion responsable de ses sites et implication dans des partenariats de R&D sur cette thématique.

La stratégie :


La question de la dépendance à la biodiversité s’est imposée depuis de nombreuses années dans le domaine de la cosmétique et plus particulièrement pour la marque Yves Rocher qui a inscrit toute sa philosophie sur la commercialisation de « cosmétique végétale ».  Depuis 2007, un travail systématique de bilan permet de d’analyser  les impacts négatifs et positifs que l’entreprise entretient avec les écosystèmes et un inventaire de la dépendance à la biodiversité à été lancée dans une vision macro économique avec l’outil ESR* (outil d’intégration des services écosystémiques dans le système de performance des entreprises  issu du WRI*(World Resources Institut) et du WBCSD (world business council for sustainable developpment).


Les risques ont été identifiés mais aussi formalisés et une stratégie « Biodiversité » a été mise en place, avec une attention toute particulière sur les approvisionnements.


Au préalable, il existait déjà une « charte  plante » sur les végétaux cultivés,  mais elle s’est enrichie d’une démarche « biologique » intégrant l’interdiction d’OGM, la nécessité de pratiquer, autant que possible,  une agriculture biologique dans les approvisionnements de la marque.


Comment approvisionner, protéger, partager ?


Une grille d’audit a été mise en place et elle est appliquée systématiquement pour obtenir la  traçabilité des intrants des produits de la marque.


En ce qui concerne les approvisionnements auprès des filières du monde entier, la marque Yves Rocher travaille sur de nombreuses filières végétales dont 26 en particulier, du type beurre de karité, ou huile d’argan pour lesquels le groupe vérifie les équilibres socio-culturels, la pratique d’une agriculture respectueuse de l’environnement, le  savoir-faire et la tradition locale.


Cette démarche existe aussi bien sur les approvisionnements lointains que sur  les approvisionnements locaux.


La marque est cofondatrice de l’instance  NRSC (Natural Resources Stewardship Circle).  Cette organisation a pour but de préserver la biodiversité tout particulièrement lors de l’approvisionnement en matières premières naturelles et de développer des coopérations équitables et durables avec les communautés de producteurs.


Une déclaration d’intention a été rédigée dès 2008 et ce texte fondateur est basé sur le respect de la Convention de la Biodiversité des Nations Unies, la déclaration des droits des peuples indigènes, le Global Compact et l’Organisation Internationale du Travail. Il annonce l’élaboration d’un guide commun de bonnes pratiques.

Sur les produits, la réflexion porte sur plusieurs aspects :
La biodégradabilité des formules et leur intégration dans les écosystèmes sont mises en avant. L’adoption d’une méthodologie au secteur cosmétique dans le respect de la biodiversité et des conditions de production avec le collectif NRSC, impliquant notamment les marques Clarins et le parfumeur Givaudan. La Démarche d’écoconception dans le cadre d’une démarche globale.


L’économie de ressources (réduction du poids avec une réduction jusqu’à 39% du poids de plastique, utilisation de matières recyclées « post consumer », (c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de chutes de déchets industriels de plastiques, mais bien de plastique provenant de la collecte des emballages ménagers chez les consommateurs.


Un travail avec la filière plastique
La société travaille avec des recycleurs pour ne pas perturber les filières de recyclage et actuellement dans son  process, la marque s’interdit l’utilisation de PVC, de PLA mais également l’utilisation de pièces métalliques avec des flacons en PET. L’objectif de progrès est de 100% de flacons recyclables à horizon 2015.
La démarche de progrès continue amène à transformer les anciens produits et développer des  bons produits respectant les guidelines d’écoconception développées par la marque.


Gestion responsable des sites et des produits


Depuis le début de l’implantation sur le site de La Gacilly,  l’entreprise a pratiqué une agriculture positive, a choisi de favoriser le maintien du territoire bocager sur la commune en limitant le remembrement. Une stratégie de marque « biodiversité » a été mise en place avec un appui externe de la société Dervenn (génie écologique) et Inspire institut dans une vision globale « entreprise et territoire ». Cette gestion responsable s’opère sur  tous les espaces en harmonie avec le vivant également en zone urbaine (Rennes, Paris, Issy les Moulineaux). Une implication sur les sites bretons en collaboration avec la LPO par la création de « refuge de biodiversité ».Il s’agit de faire un inventaire global floristique et faunistique initial, de pratiquer une gestion différenciée des espaces naturels, de réaliser des aménagements de sites (exemple création d’un point d’eau, restauration de haires, construction de mur en pierres sèches, installations de nichoirs) et de réaliser un bilan final au bout de 5 ans.


Cette démarche pragmatique a été faite avec l’accompagnement d’un naturaliste et aujourd’hui les sites qui ont plus de 5 ans ont permis de constater l’augmentation des espèces (UICN) que ce soient des espèces menacées (au sens UICN), mais aussi les autres espèces plus classiques. Cette expérimentation montre un enrayement de la disparition des espèces, voire un accroissement. La stratégie biodiversité est ouverte à tous et actuellement des  partenaires sont à présent parties prenantes de cette approche, à savoir, la mairie de La Gacilly, le camping, certains fournisseurs, chacun avec des cahiers des charges différents mais complémentaires.

Partenariats sur des projets de R&D


Dervenn, expert en démarche de génie écologique  accompagne la marque sur des projets de recherche et d’innovation.  A proprement parlé sur le site, avec la  réflexion autour de la création d’une zone humide,  mais aussi dans un travail de recherche sur la pollinisation naturelle. La question de la  pollinisation est aujourd’hui une question très sensible pour l’ensemble de l’agriculture, et bien évidemment aussi pour les producteurs de cosmétiques. Une étude est actuellement en cours avec un apiculteur local afin d’identifier des pratiques culturales et de tester des variétés de haies mélifères pour lutter contre le déclin constaté des populations d’abeilles. L’idée est de travailler à limiter la période critique de fin de printemps au cours de laquelle les colonies d’abeilles peinent à trouver suffisament de nourriture par manque de fleurs. Dans cette expérimentation, 175 ruches ont été implantées sur des terrains détenus par la marque. L’objectif est de publier un guide et d’étendre ensuite les bonnes pratiques.
Sur le site de «La  croix des Archers » une réflexion d’écologie industrielle est menée. Ainsi en parallèle de l’installation d’une chaufferie bois, la marque a décidé l’entretien d’une forêt, propriété de l’entreprise, afin de produire du bois énergie.

Travail avec l’association OREE

Afin de travailler sur la valorisation des services rendus par les écosystèmes, la marque collabore aux travaux de réflexion sur ce thème avec l'association OREE, et sert volontiers de « cobaye » pour ces demandes d’évaluation sur le terrain. Cette démarche est délicate et les indicateurs sont très difficiles à définir.


Mécénat Fondation Yves Rocher
La Fondation Yves Rocher s’est engagée à planter 50 millions d’arbres d’ici à 2015.  Aujourd’hui 31 millions sont d’ores et déjà plantés, dans différents endroits du globe, dont un million en France.
Partout où cette action a été opérée on constate une meilleure fertilité des sols, une moindre érosion, et une culture plus riche après la plantation.



Crédits

© singkham - Fotolia.com

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