La santé connectée attire les investisseurs

Le 25 septembre 2013

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn
Les investisseurs institutionnels et particuliers s'intéressent de plus en plus aux entreprises du domaine de la m-santé et du « quantified self ».
Un investissement significatif de la BPI et de fonds privés dans la start-up Withings illustre cette tendance, développée aux USA mais qui reste encore émergente en Europe.

Une tendance lourde du capital-risque américain

Aux Etats Unis, le domaine de la santé mobile (applications, plateformes et objets médicaux connectés) attire massivement les acteurs du capital-risque. Le montant total des investissements en capital dans les start-ups de santé numérique aurait atteint 1,2 milliard de dollars en 2012 : en progression de 45% par rapport à l’année précédente (968 millions de $), alors même que l'investissement dans le secteur des sciences du vivant chute de 14% sur la même période selon les analyses de PwC

Et les premiers chiffres de 2013 semblent confirmer une croissance accélérée de ce phénomène : 493 millions de dollars investis sur le premier trimestre sur 141 entreprises, dont 42 en phase d'amorçage. 

Selon Raj Prabhu, PDG de la société d'investissement Mercom Capital Group, l'investissement dans ce secteur est stimulé par les perspectives croissantes pour les produits ou services santé destinés au grand public.

Pour le marché américain, ce dynamisme de l'investissement dans la santé numérique s'explique également par la nécessaire réforme du système de santé et la réduction des coûts de gestion. D'où des fenêtres d'opportunité pour de nombreuses start-ups, par exemple Health Catalyst (levée de fonds de 41 millions $ en 2012) qui propose aux établissements de santé des solutions décisionnelles, à partir de collecte et d'agrégation de différentes données de l'établissement. 

Le financement participatif : une opportunité d'accélérer le démarrage des projets de santé numérique

Toujours aux Etats-Unis, les plateformes de financement participatif commencent également à s'ouvrir aux projets dédiés à la santé numérique. En juillet 2012, Alex Fair s'associait à Mike Pence, un des fondateurs de Kickstarter - plateforme leader mondial du crowdfunding - pour créer Medstart, la première plateforme de financement participatif dédiée à la santé. Aujourd'hui, plusieurs plateformes permettent ainsi aux particuliers d'apporter leur soutien et d'investir soit en pré-commande des futurs produits, soit en prise de participation au capital dans des dizaines de start-up de santé numérique. Pour les acteurs du financement participatif, la santé numérique est un secteur attractif car ils suscitent un fort engagement de la part des utilisateurs, tout en étant plus accessibles car ils nécessitent des investissements moins élevés et moins risqués que dans l'industrie de la santé.

Nombreux sont les exemples récents : le bracelet connecté Fitbit, la fourchette Hapifork etc. Parmi eux, l'entreprise Scanadu a battu des records de vitesse pour sa levée de fonds sur la plateforme américaine Indiegogo. La start-up a atteint son objectif initial de $100,000 en l'espace de deux heures, pour finalement clore une levée de près d'1,6 millions de dollars en juin 2013. Cette levée de fonds lui permettra de finaliser la mise au point du Tricorder, un dispositif de mesures physiologiques, dont le design et les fonctions sont directement inspirées de la série de science-fiction Start Trek.

Cette levée de fonds de Scanadu est emblématique des facteurs clés de succès de la santé connectée sur les plateformes de financement : un objet au design original, connecté à son smartphone, rempli de capteurs permettant la collecte de ses données physiologiques, et des possibilités de partage de ses données à sa communauté. De plus, au-delà du financement, la plateforme de financement participatif a permis à cette start-up d'accéder à une communauté d'utilisateurs ambassadeurs, prêts à tester le produit en avant-première et à contribuer à collecter des données d'utilisation, éléments importants du dossier d'agrément de la FDA.

Et pour les start-up françaises ?

De l'autre côté de l'atlantique, le capital-investissement français reste beaucoup plus frileux sur ce nouveau secteur. Cependant, la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance) vient de réaliser son premier investissement dans le domaine de la m-santé en injectant 11 millions d’euros dans la start-up Withings, une société française spécialiste des objets connectés. Trois autres partenaires, les fonds d'investissements privés Idinvest Partners, 360 Capital Partners et Ventech, participent à la levée de fonds d’un montant total de 23,5 millions d’euros.

Withings, cofondée en 2008 par Cédric Hutchings et Éric Carreel, conçoit et commercialise des objets connectés dédiés au bien-être et à la santé. Elle a créé un pèse-personne connecté, le "Smart body analyser". Il permet de suivre son poids, sa composition corporelle, son rythme cardiaque et de contrôler la qualité de l’air intérieur. La collecte de ces données, récupérées via une application web et mobile, vise à mieux maîtriser sa santé. La start-up, basée à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), emploie 80 personnes. Elle réalise 50 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis.

En France, le secteur de la M-santé ne suscite pas encore l'engouement observé aux Etats-Unis ou même dans les pays émergents. Toutefois, avec le boom des objets connectés, d'autres start-up parvenant à réaliser des levées de fonds significatives, développent de nouvelles applications dans le domaine de la santé et du bien-être. Par exemple, après avoir récemment réussi une première levée de 4,5 millions €, la start-up Netatmo souhaite élargir sa gamme d'objets vers le créneau du bien être à domicile.

Enfin, des opportunités peuvent s'ouvrir du côté du financement participatif. D'abord les plateformes étrangères comme Indiegogo ont fait évoluer leur offre et permettent aujourd'hui d'utiliser leurs services depuis la France. Du côté de l'offre française, avec l'évolution de la réglementation favorable au crowdfunding, le marché du financement participatif devrait donc se consolider et continuer son expansion. D’après un scénario du cabinet Xerfi, les montants financés par ces sites pourraient atteindre 80 millions d’euros dès 2013 et entre 150 et 200 millions d’euros d’ici 2015. Notamment les plateformes de financement par prise de participation au capital des start-up (Wiseed, Anaxago, Smartangels etc.) pourraient permettre ainsi à de nouveaux projets de démarrer de premières levées de fonds, même si les montants actuellement levés en France restent bien en deçà de ce que l'on observe aux Etats-Unis.

A lire également

Des outils numériques au service de la relation pharmacien-patient

Le 06/08/2014

A la fois professionnel de santé et commerçant, le pharmacien d'officine est souvent le point d'entrée dans le parcours de soins. Son rôle de conseil a été renforcé par les récentes évolutions réglementaires. Dossier pharmaceutique, applications pour smartphones... : de nouvelles solutions servent de support à la relation pharmacien - patient.

La m-santé à la recherche d'un modèle économique

Le 14/05/2014

Les applications et dispositifs de M-santé se multiplient de façon exponentielle, notamment avec l'essor des objets connectés. Pourtant peu de services ont trouvé un modèle économique viable. Des récentes études du BCG et des exemples de services M-Santé déployés permettent d'esquisser des recommandations sur les business models à tester.

Contrat de Filière Silver Eco

Contrat de filière Silver Economie : analyse et recensement des actions engagées

Le 20/03/2014

Le Contrat de filière de la Silver Économie a été signé le jeudi 12 décembre dernier en présence d’acteurs privés et publics du secteur par Arnaud MONTEBOURG, Michèle DELAUNAY et Gilles SCHNEPP, président de la FIEEC et PDG de LEGRAND. 3 mois après son lancement, les premières actions sont lancées parmi les 60 propositions de ce contrat.