Révolution dans le transport routier: l'internet physique arrive!

Le 17 septembre 2013

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Vous voulez envoyer un petit colis à votre correspondant à l'étranger? Rien de plus facile. Vous voulez faire livrer une palette de produits à ce même correspondant ? Nettement moins facile…

Vous voulez envoyer un petit colis à votre correspondant au Mexique ? en Russie ? en Afrique du Sud ? Facile ! Pour quelques euros, vous le déposez dans le bureau de Poste au coin de votre rue et votre correspondant le réceptionnera chez lui quelques jours plus tard.

Vous voulez faire livrer une palette de produits à ce même correspondant ? Nettement moins facile… Malgré la volonté de certains grands logisticiens mondiaux, il n’existe pas aujourd’hui de réseau interconnecté, permettant de fluidifier la circulation de tous les produits à travers le monde.

L'internet physique, c'est quoi concrètement?

« L’internet physique » (ou Physical Internet - PI),offre de nouvelles perspectives dans ce domaine en s’appuyant sur le principe de réseau ouvert, qui fait la force d’internet. L’internet physique « est un système logistique global, tirant profit de l’interconnexion des réseaux d’approvisionnement par un ensemble standardisé de protocoles de collaboration, de conteneurs modulaires et d’interfaces intelligentes pour une efficience et une durabilité accrue » (traduit de la définition de l’internet physique, B. Montreuil, E. Ballot, Russel D. Meller, 2011). Plus clairement :

  • le transport d’un point A à un point B est découpé en tronçons (trajet d’approche, liaison entre grands  pôles),
  • les tronçons sont connectés entre eux par des hubs,
  • tous les logisticiens respectent des processus standards,
  • les marchandises sont emballées dans des caisses spécifiques,
  • des systèmes intelligents permettent de coordonner les flux,
  • le système se veut pérenne et économiquement intéressant.

A l’heure où le fractionnement des commandes menace les économies d’échelles réalisées dans le transport, l’internet physique propose de remplacer les logistiques dédiées et homogènes par un réseau logistique partagé, une solution globale qui ne réduit pas le niveau de service des chaînes logistiques actuelles. Les colis transitent par différents hubs, où ils sont réceptionnés, triés et regroupés avec d’autres colis allant dans la même direction.

Générer des gains

Aujourd’hui, à technologie identique, le développement de l’internet physique génèrerait des gains importants.

Des gains économiques tout d’abord. Les études menées par les chercheurs de l’Internet Physique montrent que le gain économique peut dépasser les 30%. Les produits étant stockés dans les hubs, les taux de rupture client diminuent puisque l’approvisionnement s’effectue de « moins loin ». La logique est celle d’un « cloud » physique : disposer du bon produit au bon moment, peu importe l’endroit. Les premières estimations des niveaux de stock, d’un bout à l’autre de la chaîne logistique, indiquent qu’ils sont égaux aux niveaux actuels, voire inférieurs grâce à la fluidité des produits dans le réseau qui réduit les délais logistiques.

Des gains écologiques ensuite. L’internet physique permettrait d’économiser jusqu’à 62% de CO², toujours à iso-technologie, surtout grâce à la massification du transport longue distance.

Des gains sociaux et qualitatifs enfin. Le PI serait mis à la disposition de chacun via des « fournisseurs d’accès » : opérateurs du premier et du dernier kilomètre, ils connaissent les spécificités des expéditeurs ou des réceptionnaires, entreprises ou particuliers : les conditions particulières de chargement de produits chimiques dangereux, les horaires auxquelles le particulier est présent chez lui, etc. Ces fournisseurs d’accès font vivre le lien social et assurent la qualité de la livraison.

Quelques conditions à respecter…

Première condition sine qua non : standardiser les protocoles physiques et les protocoles d’information. Pour commencer, il faudra uniformiser les contenants. Il s’agit en fait d’emballer les produits dans des contenants privés, standardisés et modulaires (7 ou 8 formats différents – lien vers photos). Il faudra ensuite travailler sur les systèmes d’information intelligents qui piloteront les flux, afin que l’information partagée soit fiable et disponible au bon moment.

Autre condition essentielle au bon fonctionnement du réseau : les transferts dans les hubs doivent être rapides et fiables, pour garantir un délai de livraison raisonnable des produits, même périssables, et limiter ainsi l’impact des ruptures de charges (délais et coût).

Les perspectives

Des questions juridiques sont posées, notamment en ce qui concerne les transferts de responsabilité de la marchandise. On peut s’interroger aussi sur les procédures douanières qu’il faudrait respecter dans un tel réseau. D’autres pistes de travail sont ouvertes, comme l’utilisation des capacités résiduelles (ex : coffre des voitures de particuliers effectuant les trajets domicile-travail).

L’internet physique est encore au stade de la recherche : des projets pilotes seront lancés prochainement et le travail sur les contenants standardisés est actuellement en cours de réalisation (projet européen). Des pistes sérieuses se dessinent à l’étranger : aux Etats-Unis d’abord, grâce à un fort partenariat entre les universitaires et les industriels et en Chine ensuite, où le besoin logistique est grand, les infrastructures peu nombreuses et les acteurs mal identifiés.

 Nous voyons là émerger un nouveau paradigme, pour une logistique durable et plus efficiente : l’approche est systémique, elle concerne tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement. Le XXème siècle a révolutionné le transport maritime de marchandises : depuis, les opérateurs transportent par exemple tous leurs produits (même le froid négatif) dans seulement 2 formats de containers, 20 et 40 pieds. Pourquoi, à son tour, le transport terrestre ne ferait-il pas sa révolution ?

Pour en savoir plus sur l’internet physique : http://vimeo.com/32072073 (interview en anglais < 5 minutes) ; http://www.physicalinternetinitiative.org (site internet du projet)

 

 

Auteur(s)

Elodie Le Provost, Bretagne Supply Chain

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