WSD : un programme pour évaluer la télésanté en Grande-Bretagne

Le 30 septembre 2013

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Le ministère de la Santé du gouvernement britannique a mis en oeuvre à partir de 2008 un ambitieux programme d'évaluation de la télésanté : le Whole System Demonstrator (WSD). Les premiers résultats montrent des effets bénéfiques sur le plan de la santé. En revanche, l'efficacité économique du suivi médical distant est plus difficile à mesurer.

Le Whole System Demonstrator (WSD) a été lancé en 2008 par le ministère de la santé britannique. Présenté comme la plus importante étude clinique au monde portant sur la télésanté, ce programme a été mis en oeuvre sur trois sites : le district de Newham dans le Grand Londres, le comté de Kent dans le sud-est de l'Angleterre et le comté de Cornwall au sud-ouest.

Plus de 6.000 patients y ont participé, parmi lesquels 3.000 atteints de diabète, insuffisance cardiaque ou maladie pulmonaire obstrusive chronique.


Dans un contexte de vieillissement de la population et de fortes contraintes budgétaires, WSD avait pour objectif de mesurer l'efficacité de la télésanté du point de vue médical et économique, afin d'orienter les investissements stratégiques du gouvernement.

Baisse de la mortalité et des admissions aux urgences

Une première évalutation de WSD a été menée par six institutions académiques et a fait l'objet d'une publication en 2012 dans le British Medical Journal. Les auteurs de cette évaluation estiment que la télésanté utilisée dans de bonnes conditions peut conduire à une diminution de 20% des admissions aux urgences et une réduction de 45% du taux de mortalité. Ces chiffres ont été présentés par le ministre des affaires sociales Paul Burstow lors d'un congrès sur la télésanté en 2012, mais ils n'ont été confirmés ni infirmés par aucun autre intervenant.

Qualifiant d'immense succès ces résultats, le premier ministre David Cameron avait annoncé fin 2011 le déploiement de solutions de télésanté auprès de trois millions de personnes au cours des cinq prochaines années : trois millions, c'est le nombre estimé de personnes en Angleterre souffrant d'une maladie chronique et susceptibles de bénéficier d'un service de télésanté.

Dans le prolongement de ces annonces, le ministère de la santé et les industriels se sont engagés à collaborer dans la mise en oeuvre de ces solutions de télésanté à travers l'opération 3millionlives.

Le ratio coût / efficacité en question

Les résultats complets et détaillés du Whole System Demonstrator ne sont toujours pas publiés. Trop de variables à prendre en compte, expliquent les chercheurs : nature des maladies, âge et environnement dans lequel vivent les patients, évolution des solutions technologiques, niveau de formation du personnel soignant, interopérabilité entre les équipements, coopération des médecins...

Cependant certains chercheurs relativisent l'enthousiasme initial : ainsi, début 2013, The Guardian faisait état d'une étude réalisée en 2010, mettant en cause les bénéfices de la télésanté pour la qualité de vie des patients atteints d'une maladie chronique. Selon cette étude menée pendant douze mois dans le cadre de WSD auprès de 1.500 patients souffrant de diabète, insuffisance cardiaque ou maladie pulmonaire, l'usage de la télésanté est resté sans effet significatif sur le niveau d'anxiété et sur les symptômes dépressifs des personnes. Les résultats publiés dans le British Medical Journal précisent que selon les chercheurs impliqués dans ce travail, la télésanté ne constitue pas une réponse adaptée pour améliorer la qualité de vie des patients ni pour prendre en charge les problématiques de nature psychologique.

D'autres chercheurs de la London School of Economics contestent la pertinence du modèle économique de la télésanté dont le ratio coût / efficacité serait défavorable. En effet, selon les travaux menés notamment par Catherine Henderson dans le cadre de WSD, une diminution de 12% des coûts d'utilisation du système de soins (hospitalisations, consultations...) a été enregistrée dans un premier temps. Mais quand étaient pris en compte les coûts de l'intervention (équipements et télétransmissions), le niveau des coûts dans le groupe télémédecine était plus élevé de 10%. Des résultats qui doivent toutefois être interprétés avec prudence, étant donné le caractère éminemment politique des questions de santé en Grande-Bretagne, comme en témoigne le débat qui oppose les médecins généralistes ('general practitioners' ou GPs) et le gouvernement autour de la télésanté.

Pour autant, le développement de la télésanté reste un axe prioritaire pour le Department of Health, ministère de la Santé du gouvernement britannique. Le ministre Jeremy Hunt a ainsi annoncé fin 2012 un plan en faveur de la télésanté dont devraient prochainement bénéficier 100.000 personnes.

La télésanté fait d'ailleurs l'objet de nombreuses expériences pilotes en différentes régions de Grande-Bretagne. Des expérimentations insuffisamment coordonnées entre elles, sans mise en commun des pratiques ni partage des résultats. Ce que déplore l'une des responsables du Department of Health, Christine Connelly, estimant que le National Health Service compte "plus de pilotes que British Airways". Une façon très 'british' d'inviter les services de son ministère à mieux se coordonner.

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