Chaleur renouvelable : focus sur les marchés de la géothermie et du solaire thermique

Le 06 septembre 2013

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Les énergies renouvelables thermiques, productrices de chaleur verte, ont de l’avenir mais aussi de nombreux défis à relever. Eclairage sur le potentiel des marchés de la géothermie et du solaire thermique, avec les points de vue de Patrick Simonessa, dirigeant de CODIMH (35) et de Roland Fougère, directeur commercial d’ETAO Géoressources (85).

Résidentiel, collectif, tertiaire : des enjeux différenciés pour chaque marché

La géothermie se développe tandis que le solaire thermique, en stagnation depuis quelques années, reste un « marché marginal », nous précise Patrick Simonessa, dirigeant de CODIMH (35), entreprise spécialisée dans l’installation de nouvelles solutions thermiques. Le potentiel de croissance des deux énergies diffère en fonction de l’échelle des installations.

Dans le résidentiel neuf, la règlementation appelle des maisons de mieux en mieux isolées. Ces habitations, qui voient leur besoin en chauffage réduit, peuvent alors privilégier les énergies renouvelables, produisant le plus souvent des basses puissances. En revanche, si le solaire thermique est bien placé pour répondre aux exigences règlementaires, le mode de calcul de la RT 2012 n’intègre pas directement les pompes à chaleur géothermiques, qui se voient pénalisées.

La géothermie s’impose donc plus facilement dans le secteur de la rénovation. Pour ETAO (85), fabricant et installeur de solutions géothermiques, le changement d’énergie représente les 2/3 de son activité sur l’habitat individuel. La démarche de rénovation globale touche cependant plutôt des particuliers disposant de budgets importants, nous indique Patrick Simonessa. En effet l’objectif ambitieux du Grenelle, de rénover 400 000 logements par an à compter de 2013 et 500 000 par an à partir de 2017, n’est pas suivi d’obligations règlementaires ni d’aides publiques suffisantes pour que la croissance du marché de la rénovation verte s’intensifie. Globalement, le secteur de l’habitat individuel, impacté par la crise, est en stagnation depuis quelques années et son évolution dépendra des évolutions réglementaires.

Les EnR thermiques se développent alors de plus en plus sur des installations industrielles, tertiaires ou collectives. « On a de plus en plus de projets collectifs » en géothermie, confirme  Roland Fougère.  D’autant plus que l’effet d’échelle joue en faveur de ce type d’installation, qui deviennent plus rentables. Plus il y a de consommation régulière de chauffage et d’eau chaude, plus ces technologies sont performantes. Le solaire thermique, à partir d’une surface de capteurs de 25m2, peut profiter du « Fonds Chaleur » de l’Ademe. Hôtels, châteaux, bureaux, centres culturels,… les professionnels se positionnent sur des projets de plus grande envergure. Patrick Simonessa prévoit donc « un bel avenir aux installations de grosses puissances ».

 

Un succès lié à l’innovation, la rentabilité et la performance des installations

Performance, fiabilité, rentabilité seront les maîtres mots du succès des énergies renouvelables thermiques. Concernant la géothermie, les technologies sont aujourd’hui largement maitrisées. Le solaire thermique est en revanche un produit moins mature. « La durée de vie des capteurs est limitée et l’entretien coûteux » souligne Patrick Simonessa, « c’est pourquoi il peine à s’imposer dans l’habitat individuel diffus ». On entrevoit des améliorations, puisque d’une part, le coût des chauffe-eaux solaires a baissé de 6% entre 2008 et 2010, et d’autre part, l’adéquation avec les besoins est beaucoup mieux étudiée dans le collectif, ce qui permet d’optimiser les coûts. La rentabilité globale des deux technologies dépend généralement d’une bonne étude  préalable.

Autre enjeu pour ces filières : innover. Le solaire thermique trouvera son succès dans des technologies permettant une performance optimisée pour des régions où l’ensoleillement n’est pas maximal et une intégration esthétique dans l’architecture. Quant à la géothermie, on peut espérer que des technologies de pompes à chaleur (PAC) avec un fluide réfrigérant naturel, tel le CO2, soient promises à un bel avenir. CODIMH a ainsi diversifié son offre en ce sens.

L’opportunité de développement de la chaleur verte se trouve également dans des technologies hybrides. « Nous commercialisons une gamme de pompes à chaleur associées à de l’énergie photovoltaïque qui permet d’optimiser le coefficient  de performance jusqu’à 8 », alors qu’ils se situent habituellement entre 4 et 6, explique Roland Fougère.  Des panneaux solaires hybrides, produisant de la chaleur et de l’électricité, se développent également, permettant par ailleurs d’atténuer la concurrence qui existe entre le solaire photovoltaïque et le solaire thermique en termes d’investissement et de surface.

Enfin, dernière innovation, « indispensable aujourd’hui » selon Patrick Simonessa, les technologies de monitoring qui permettent un suivi et une gestion intelligente de la consommation.

 

Des filières à structurer

Au delà de l’aspect technique, le potentiel de concrétisation de ces marchés dépend de la structuration de la filière. En amont, alors que les énergies renouvelables thermiques se sont développées très rapidement ces dernières années, la formation n’a pas suivi. « Nous compensons cette difficulté, dans notre entreprise, par une culture historique forte et un savoir-faire « maison » des énergies renouvelables qui sont diffusés en interne » indique Patrick Simonessa.

Les installations d’EnR thermiques sont le fruit de compétences diverses et le risque est de voir un cloisonnement métier par métier. ETAO a répondu à cet enjeu en intégrant un positionnement sur toute la filière, du forage à l’installation, en passant par la fabrication de PAC. Cela lui permet une synthèse des compétences et une suppression des intermédiaires. Patrick Simonessa, lui, entrevoit l’avenir de la filière dans une synergie entre les métiers de l’isolation et des solutions de chauffage et de maintenance. Le succès de la chaleur renouvelable se trouvera donc dans l’alliance des métiers de l’énergie et de ceux du bâtiment pour offrir une solution intégrée et compétitive aux clients. 

En aval, le suivi des installations a une importance à part entière dans cette offre intégrée. Or, les filières ont connu à leurs débuts des acteurs peu scrupuleux qui, avec des installations non-suivies, ont « terni la réputation de la profession », déplore le dirigeant de CODIMH. Restaurer la confiance est donc un enjeu majeur, et le développement des labels de qualité y répond. Ainsi, des certifications telles que Qualit'ENR, deviennent indispensables. D’autant plus que la question de l’éco-conditionnalité des prêts et aides publiques dans la rénovation tend à se diffuser.

Crédits

© Simon - Fotolia.com

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