Préserver ou recréer du lien social ? Quel usage des réseaux sociaux par les ainés ?

Le 04 juillet 2013

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Les services électroniques de réseaux sociaux sont vus comme des moyens de créer ou préserver des liens sociaux. L'expérimentation SIGAAL montre que l'intérêt des aînés pour ce type de services dépend en fait très fortement de l'étendue de leur réseau social pré-existant.

Que les liens soient humains ou basés sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication, le maintien ou la création d’un lien social sont des éléments essentiels pour le « bien vieillir ». Toutefois, avec l’âge, les aînés ont tendance à réduire de façon substantielle l’étendue de leur réseau social (Bobillier-Chaumon, 2009). Selon les études de Carstensen et al. (1999) dans le cadre de la théorie de la socio-sélectivité émotionnelle (cf. [1]), « les personnes âgées opèrent une sélection dans leurs amis pour ne garder que les proches qui comptent pour eux sur le plan personnel, c’est donc le choix de la qualité des relations au détriment de la quantité́ » (Adam S., 2009).

 

Les résultats d’une enquête menée dans le cadre de l’expérimentation SIGAAL (Services Inter Générationnels pour l'Assistance aux Aînés dans leur Logement) qui a eu lieu entre juin 2012 et décembre 2012 sur un échantillon représentatif des rennais âgés de 58 à 78 ans, montrent que les nouveaux services de liens sociaux proposés aux personnes âgées sur des supports électroniques seraient davantage utilisés par ces derniers pour renforcer des liens déjà existants et non pour en tisser des nouveaux. Les estimations statistiques montrent que les personnes qui pensent avoir un réseau social large ont 5,6 fois plus de chances d’adopter un service de lien social, tel que celui proposé par SIGAAL, qu’une personne qui pense avoir un réseau social restreint.

 

Les hasards de la vie peuvent faire qu’une personne âgée se coupe totalement ou ne conserve que peu de liens avec la société. Il lui est alors nécessaire, pour se réintégrer socialement, de recréer de nouveaux liens. L’expérimentation SIGAAL montre que cette catégorie de personnes n’est pas attirée par des services basés sur les TIC, comme ceux proposés par SIGAAL. La solution est alors d’encourager davantage les dispositifs basés sur l’humain. Une étude effectuée dans la ville d'Aix-les-Bains (UNCASS, 2010) met en avant des dispositifs tel que le Part'âge (partage d'un repas à l'extérieur de leur domicile), ou encore des animations collectives « lecture à voix haute ». L'objectif étant de créer un réseau humain afin que les aînés continuent à constituer une catégorie active de la société.

En conséquence, une entreprise qui souhaite développer un service de type réseau social pour aînés a plus de chance d’attirer, dans un premier temps, une clientèle déjà bien intégrée socialement. Ce type de clientèle a aussi pour avantage, du point de vue du déploiement commercial, de favoriser un "bouche-à-oreille" efficace pour faire connaitre le service. A contrario, les personnes déjà isolées seront peu réceptives à ces services, et ceux-ci ne peuvent, au mieux, qu'être utilisés en appui d'actions de réintégration sociale plus classiques.


[1] La théorie de « la sélectivité socio-émotionnelle » explique l’influence de la perception du temps sur les buts et motivations du comportement humain. Son postulat principal est que durant la vie, différents buts rivalisent entre eux. Des buts liés au savoir (exp. développement personnel...) et des buts liés aux émotions (exp. régulation des émotions, recherche de plaisirs notamment à travers les amis...). Les individus privilégient les buts en fonction de la perception du temps restant à vivre. Quand le temps est perçu comme illimité, les buts liés au savoir sont prioritaires. Quand le temps est perçu comme fini (cas des personnes âgées), ce sont les buts à sens émotionnel qui l’emportent.

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