Du concept store de l'innovation au monastère des innovateurs

Le 29 mai 2013

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L'urgence de construire la géo-économie de demain : une contribution d’André Jean-Marc Loechel, Président de la Fondation des Territoires de Demain.

Au travers de nos débats et séminaires organisés aussi bien en France qu’ailleurs sur plusieurs continents - partout où nous nous efforçons, à notre échelle, de permettre aux entreprises les plus innovantes de créer et de développer un marché-, des analyses diverses émanant d’horizons sociologiques différents conduisent à des préconisations et des conclusions fort voisines renvoyant à l’urgence de formuler et d’organiser de nouveaux modèles de développement économique territorial. C’est des conjugaisons multiples de ce que peuvent être dans les mois qui viennent ces nouveaux modèles et leurs principales composantes dont il nous faut témoigner : un cadre d’action régionale comme BMA et ses démonstrateurs peut en effet directement s’en inspirer.

Pour accompagner les acteurs de l’innovation, nous avons certes développé outils et méthodologies, mais au cœur de nos démarches s’inscrit toujours ce qu’il est convenu d’appeler le laboratoire vivant ou laboratoire d’usages.

Le Living Lab, de quoi s’agit-il ?

C’est d’abord un lieu, un espace largement ouvert dont il en existe maintenant tant à l’échelle de nos villes et de nos territoires. Ces « laboratoires », non académiques le plus souvent - même si de plus en plus d’institutions d’enseignement de toutes natures souhaitent en développer sous des vocables multiples (fac labs, media labs…) -,  accueillent 3 profils de participants :

  1. le porteur de projets - chef de petite et moyenne entreprise parfois, futur créateur de start-ups souvent - qui utilise ces lieux pour valider ses idées, concepts, futurs services ou produits.
  2. le chercheur, issu aussi bien de la recherche publique que privée, mais aussi là encore de la recherche non académique, de ce que François Jabob appelait la «science de la nuit».
  3. l’usager, le consommateur, le client, bref la société civile - et de plus en plus ses élus - qui permettent de raccourcir singulièrement dans nombre de cas le temps d’accès au marché et qui en tout cas confèrent une vraie visibilité sur les attentes de ce marché.

Une telle démarche et toutes les synergies qu’elle permet de co-construire fournit une vitrine aux projets - tant il est vrai que certains espaces de l’innovation imaginent aujourd’hui de développer de véritables galeries d’idées et de projets où peuvent être présentés, vendus ou échangés idées, programmes de recherche et jeunes entreprises.

L’un des Living Labs français récemment développés a ainsi pris place - aux côtés notamment d’un coworking space et d’un espace café - dans un concept store de l’innovation aménagé au cœur d’un centre-ville. Pour y aider les jeunes entreprises, y est aménagée une boutique où le public peut découvrir directement les produits innovants développés par des startups de tous pays et les acheter, tout en aidant les entreprises à recueillir les remarques des clients sur leurs produits dans une démarche d’amélioration continue et permettant aux créateurs de trouver des distributeurs et fabricants locaux pour leur produit et ainsi stimuler le bassin d’entreprises local. Cet espace de vente est donc un lieu entièrement dédié à l’innovation, de sa conception jusqu’à sa commercialisation, incluant une salle de réunion dédiée aux entreprises et un Living Lab destiné à associer les utilisateurs à l’élaboration des innovations, ce d’autant qu’il sera intégré dans un réseau de boutiques similaires en Europe permettant aux startups implantées dans la région de tester les marchés étrangers et réciproquement bien sûr.

Mailler et organiser les territoires

De telles galeries de projets, Territoires de Demain entend en doter le plus possible les territoires français - vraies illustrations de l’économie de la connaissance en émergence sous nos yeux -; aux côtés des clusters et pôles de compétitivité en effet, les «laboratoires vivants» seront amenés à constituer de véritables polarités de compétences dont la force sera leur capacité à concrétiser la cartographie des flux cognitifs caractérisant l’architecture des territoires de la nouvelle économie : le maire de San Francisco n’a-t-il pas décidé de distribuer aux touristes fréquentant sa ville non plus seulement une carte des monuments ou restaurants, mais aussi celle des start-ups, incubateurs et lieux d’accompagnement et de financement des projets les plus innovants ? Sur ces plateaux de l’innovation et autres laboratoires de créativité, l’entreprise aide également à penser le territoire et le territoire à penser l’entreprise. Ailleurs, d’autres initiatives s’inscrivent dans ce même rapport aux territoires, y compris lorsque ceux-ci connaissent les difficultés les plus grandes jusqu’à développer de fait une sorte de marketing de la non-attractivité : un «monastère» - laïc - permet ainsi, dans le contexte d’un réseau européen, à des groupes de jeunes en situation de difficulté sociale, de développer ensemble des projets innovants tout en leur assurant des lieux de travail et de logement communs.

L’élaboration de Living Labs dans des pays étrangers devient ainsi un outil particulièrement performant d’intelligence territoriale et de diplomatie économique en conférant aux entreprises une meilleure connaissance des attentes de la clientèle qu’elles y recherchent et les spécificités naturellement de ses horizons culturels. Ont été développés à cette fin, au service des entreprises, des réseaux basés sur la coopération avec l’Europe et singulièrement la France: le RELAI (RésEau des living Labs et espAces de l’Innovation), dont les états généraux se tiennent à un rythme très soutenu (quatre à cinq fois dans l’année) pour développer le plus grand nombre possible de projets et de collaborations (qui, autrement, ne seraient guère accessibles aux PME et ETI), a ainsi depuis peu un interlocuteur latino-américain, LEILAC (Red de living Labs y Espacios de Innovación de América Latina y el Caribe) qui intègre une forte présence française, espagnole, mais aussi africaine afin d’associer les Labs africains aux futurs échanges d’un grand espace atlantique en cours de constitution.

Rapprocher entreprises, usagers et territoires

L’entreprise se fait de la sorte écosystème en entrant dans un monde de laboratoires, de lieux d’expérimentation et d’expériences de toute nature : d’une certaine manière, elle se fait elle-même concept store ; en se créant ou s’associant à un laboratoire vivant, elle permet à la gestion de ses talents et de ses savoirs de s’imprégner de l’état d’esprit d’un Living Lab au travers par exemple de véritables communautés de connaissances. Ces lieux seront naturellement aussi ceux de la construction de nouveaux rapports entre les entreprises-réseaux et les demandes et attentes de leurs clients potentiels, et c’est là, d’ores et déjà, que se manifestent clairement les attentes à l’égard de nos acteurs économiques et de nos chercheurs. Dans les actuels projets de développement de telles entités - relatifs aux Balkans, à la Chine, à la Russie, au Maghreb…, mais aussi à la France d’outremer -, ces attentes se voient formulées avec clarté et c’est avec nos entreprises par exemple que certains interlocuteurs des pays émergents souhaitent, dans de tels contextes, développer dans leurs différents domaines des analyses et études sur l’innovation de rupture. Car c’est bien de rupture qu’il s’agit et donc de nouveaux modèles qu’il nous faut construire ensemble !

Pour se transformer en autant d’horizons nouveaux d’aménagement des territoires, les idées et les concepts de demain exigent en effet des écosystèmes adaptés à la gestion des données ouvertes - elles-mêmes destinées à être transformés en autant d’application et de services, ou encore adaptés par exemple aux possibilités de captation de la réalité augmentée, à la gestion des big data et à l’impression 3D des vrais Fab Labs… Ils sont friands aussi d’espaces de travail collaboratif et de tiers lieux assurant des fonctions de télé-centres, voire les premières fonctionnalités de l’incubation : c’est un peu tout cela que regrouperont les laboratoires vivants « accélérateurs » de nos territoires de demain, au-delà même de la dynamique de ses activités propres et de la réussite des entreprises qu’ils accompagnent.

C’est donc notamment la création de nouveaux services qu’amène l’implémentation durable d’un tel processus d’innovation ouverte, d’où le développement de quartiers de la connaissance (Poblenou à Barcelone) et de quartiers de la création (Nantes, Bordeaux, Bilbao, Guadalajara…), de nouvelles génération de technoparcs (Mataro en Catalogne, Quérétaro au Mexique…) et de villes de la connaissance (ainsi - en construction - Yachay  en Equateur, Pachuca au Mexique…): chaque fois un (ou plusieurs) laboratoire(s) vivant(s) se profile(nt) à l’arrière-plan de telles démarches de développement d’une économie territoriale de la connaissance et d’attractivité des flux cognitifs de la part des hubs territoriaux qui ont compris que c’est d’abord de cette manière qu’elles aidaient leurs entreprises !

Une boîte à outils dédiée

Pour cela, bien des outils viennent d’être créés : un outil d’aide à la création, au développement, à l’animation et à l’évaluation des Living Labs afin que ceux-ci permettent aux collectivités entrepreneuriales et territoriales des gains de temps en la matière, des cercles thématiques et géographiques aussi permettant d’être mis en relation avec bons partenaires pour des projets européens et territoriaux. A cette fin précisément, pour faciliter et accélérer le travail des acteurs de l’innovation, Territoires de Demain finalise actuellement une première trilogie d’outils de mise en réseau : un réseau social des innovateurs construit pour l’essentiel autour des problématiques que nous fournissent les responsables d’entreprise et des lieux de leur accompagnement, une plate-forme vidéo permettant une meilleure connaissance des activités des divers lieux d’interface avec l’usager et une base de connaissances cartographiques permettant à l’avenir de cartographier les compétences et les talents avec les maisons de l’emploi et de la formation par exemple, mais surtout de fournir à tous les repères d’un environnement informationnel pour la  création d’entreprises et d’emplois, ceci sans oublier à l’avenir une plate-forme de financement participatif des projets issus de ces espaces de l’innovation.

Ce sont ainsi des réseaux croisés entre labs et incubateurs de différents continents qui sont en train de se mettre en place au travers d’une géographie de l’innovation elle-même globalisée. Il est essentiel d’en tenir compte dans l’élaboration par exemple de nouvelles stratégies en matière de commerce extérieur. Nous nous attachons donc à renforcer dans les meilleurs délais la prise de conscience de la part des divers acteurs, la formation de jeunes équipes préparées à ces différentes tâches et bien sûr l’évaluation des actions menées.

Vers des Territoires Intelligents

Nous oeuvrons à être véritablement au service des entreprises d’autres dispositifs, en tout premier lieu par la création d’un master d’intelligence économique et de développement territorial dont nous esquissons aujourd’hui les contours avec nos partenaires, tant il est vrai que le développement des entreprises au sein de tels «territoires intelligents» et autres «smart cities» constitue aujourd’hui un défi de tout premier ordre et contribue d’ailleurs à restructurer les collaborations entre les métropoles, portant de plus en plus elles-mêmes les intérêts de leurs entreprises à l’étranger (comme le montrent ainsi les récents accords entre Barcelone et Hong Kong, Dublin et Guadalajara, Paris et San Francisco…). Pour la formation des dirigeants et futurs dirigeants, la formation des cadres, une telle formation est aujourd’hui indispensable… Et peut-être la Bretagne peut-elle être la bonne région d’accueil d’un tel master et d’une véritable formation continue en ce domaine ?

Si de nouveaux modèles parviennent donc à naître de tels dispositifs, s’ils valident des constats tels que ceux présentement évoqués, nous pourrons bouleverser réellement le quotidien de nos territoires, constituer aisément un peu partout des communautés de savoirs et ramener de vrais espoirs pour demain.

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