Optimisez votre veille brevets : trois questions à Christian Petton

Le 16 mai 2013

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Conseiller Veille & Innovation à l'ARIST Bretagne, Christian Petton est intervenu le 11 avril 2013 à la CCI Rennes sur le thème de la veille brevets. Au sein de l'ARIST, un service de la CCI de région Bretagne, Christian Petton accompagne les PME sur les questions de propriété industrielle. Il répond aux questions de Themavision.

Pouvez-vous exposer les principales raisons de faire une veille brevets ?

La raison majeure est d’éviter d’être contrefacteur d’un brevet tiers.

En effet ce risque est malheureusement très fort dans de nombreux secteurs tels que la mécanique générale, il l’est un peu moins dans le traitement de l’information bien que les conflits récents entre grands opérateurs des technologies du téléphone mobile montrent que ces risques existent également.

Une autre raison est de surveiller les concurrents : sur quoi déposent-ils, dans quels pays, etc. Ces éléments couplés à des données de marché peuvent démontrer l’entrée d’un concurrent sur une technologie, ou encore une application.

Une autre motivation peut être de surveiller, cette fois-ci à une échelle plus globale, quelles sont les tendances encore appelées signaux faibles : ces éléments peuvent être utilisés afin d’anticiper la montée en puissance d’un secteur technique, ou l’avènement d’une technologie. A titre d’exemple les technologies vertes ou au service de l’environnement suivent une courbe exponentielle, et font d’ailleurs l’objet d’une classification récente de la part des examinateurs brevets.

On citera encore la veille en vue de détecter de futures alliances : une recherche de fournisseurs ou de laboratoires de recherche pourra démarrer par une investigation dans les brevets. Les outils de cartographie permettent désormais de visualiser les alliances entre structures de recherche, en exploitant la notion de co-dépôts.

Enfin on mentionnera la source d’inspiration que sont les brevets dans une démarche de créativité, ou encore la recherche d’une solution technique, les 70 millions de brevets déposés étant pour simplifier, 70 millions de solutions techniques innovantes. A titre d’exemple on rappellera que la méthode de créativité Triz, construite dans les années 1960 à partir de 25 millions de brevets, consiste en un outil d’aide à la conception technique, bâti sur l’approche problème solution.

Quels outils de veille recommandez-vous à une PME qui met en place une veille brevets ?

aristJe recommanderai tout d’abord de se familiariser avec la base brevets de l’Office Européen des Brevets, en libre d’accès. D’utilisation aisée elle permet de faire des recherches de première approche.

Ensuite, afin d’atteindre un minimum d’exhaustivité ou être en mesure de gérer les documents trouvés je recommanderai les outils Questel Orbit et Matheo Patent. Toutefois ceux-ci réclament un budget minimum et une certaine formation : pour les petites et moyennes entreprises, il est possible de passer par des tiers tels que les ARIST afin d’optimiser ces coûts.

Par ailleurs Google Patent offre une interface très conviviale permettant l’accès aux technologies de Google, et notamment le lien vers d’autres sources d’information, ainsi que des exports de différents types. Il ne propose pas en revanche tous les brevets : on y trouve les brevets américains, les brevets étendus au niveau européen et enfin les brevets dits PCT : brevets étendus au niveau mondial.

On citera également Google Scholar, interface de Google permettant un accès très puissant à la littérature académique, où l'on puisera évidemment les brevets des centres de recherche.

La politique de gratuité de l’information primaire (le texte complet du brevet) impose aux Internautes d’être vigilants sur les offres très volatiles de certains éditeurs privés, qui proposent moyennant finances la copie complète de document, ou encore une pseudo-relation commerciale. Donc méfiance sur ces outils qui ont fleuri depuis 10 ans, qui proposent un service bien souvent éphémère.

Quels sont les principaux obstacles à éviter pour construire une démarche de veille efficace et durable ?

La première erreur à commettre est de ne pas consacrer un minimum de temps à cibler ses critères de recherche. Un questionnement basique du type : quels sont les objectifs et quels sont les critères (mots clés, noms de concurrents) est un préalable, afin d’éviter :

  • d’être noyé sous le flot de documents
  • de se faire plaisir avec des superbes portails renvoyant vers des visuels de plus en plus puissants (les informaticiens peuvent désormais proposer un tri visuel de plusieurs milliers de brevets en moins d’une minute) sans en tirer un réel bénéfice.

Un autre obstacle est de vouloir tout surveiller : veiller c’est faire des choix. Par exemple dans un domaine très encombré il est préférable de faire une courte liste des concurrents qui pourraient être particulièrement virulents et ainsi exploiter efficacement ces documents, plutôt que de vouloir mettre en veille un spectre de documents cinq fois plus large, qui ne sera pas exploité.

Il est également peu recommandé de donner à une mission de veille (et surtout brevet) un caractère trop secret. Pour durer il est important de montrer l’intérêt des efforts de veille. Par exemple à l'aide d'un petit journal ou d'un blog listant chaque mois quelques brevets et proposant un commentaire constructif au sein de l’entreprise - en quoi ce brevet nous concerne-t-il, qui pourrait donner une suite à cette exploitation - est un moyen de rendre lisible une action de veille, et de fédérer.

Il est également important d’adapter les efforts de veille à l’exploitation qui en sera faite ensuite : mieux vaut parfois construire un flux sur le site de l’Office Européen avec pour critère de détection trois déposants, plutôt que d’organiser la confection de fiches de lecture copieuses, mises à disposition sur un Intranet que personne ne prend le temps de consulter.

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