Lancement de la filière « Silver Economy » : des annonces, une volonté politique, et un point sur le marché des seniors

Le 30 avril 2013

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La filière « silver economy » a été lancée officiellement le 24 avril. Cet évènement met en avant le potentiel du marché des seniors (des plus jeunes aux personnes dépendantes) et marque la volonté politique de développer le secteur. Un point sur les annonces qui ont été faites et sur les points-clés de réussite sur cette filière.

La « Silver Economy » est définie comme l’ensemble des produits et services répondant aux nouveaux besoins liés au vieillissement, que ce soit pour de jeunes seniors dynamiques ou pour des personnes âgées dépendantes, ce qui impacte le médico-social, l’habitat, les loisirs, les transports, les assurances-mutuelles…

Dans le domaine du numérique, les produits concernés sont notamment la domotique, les objets intelligents, l’accès à internet, la robotique, les produits de santé, les outils pour les professionnels de l’aide à domicile ou des hébergements pour seniors…

Le 24 avril 2013 se déroulait à Bercy l’évènement de lancement de la filière « Silver Economy », devant 600 personnes et en présence de 2 ministres : Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement Productif, et Michèle Delaunay, Ministre en charge des personnes âgées et de l’autonomie. L’objectif politique affiché est de faire de la France un leader dans ce domaine et viser le quasi milliard de seniors dans le monde, en transformant ce contexte démographique en une opportunité de business.

A cette occasion, des intervenants ont rappelé quelques points clés du marché des seniors, et des échanges ont eu lieu sur les freins à lever et leviers à actionner pour développer cette filière « silver economy ».

 

Quelques points-clés sur la consommation des seniors

En France, les 60 ans et plus représentent aujourd’hui 15 millions de personnes, ils seront 20 millions en 2030.

Selon le Crédoc, la consommation des seniors présente quelques particularités :

  • la consommation baisse en vieillissant, malgré le pouvoir d’achat, pour plusieurs raisons : l’accumulation de biens (les seniors sont souvent déjà très équipés), mais aussi la baisse des capacités physiques ou cognitives qui amène à arrêter certaines activités, le fait que la communication soit axée sur le jeunisme… Donc pour inciter les seniors à consommer, il faut adapter les produits au vieillissement, notamment en mettant en œuvre le concept de « design universel », qui est encore peu intégré dans l’offre de produits en France (en particulier par les PME). Sur ce sujet, d’autres pays comme l’Allemagne sont beaucoup plus avancés, et la Corée du Sud a mis en place des laboratoires qui permettent aux entreprises de tester l’adaptation de leurs produits au vieillissement.
  • le maintien d’une relation sociale a un impact très fort sur la consommation : quand on a accès à internet, on consomme beaucoup plus (même en enlevant les biais statistiques liés aux revenus, à l’âge…), car on est plus en lien avec la famille et le reste de la société, et cela pousse à la consommation. Donc développer l’accès internet des seniors est une façon de favoriser la consommation.
  • en vieillissant, les consommateurs ont davantage envie de réparer et faire durer les objets plutôt que d’en changer. Ceci est à prendre en compte dans la définition des produits et services.

De son côté, Hervé Sauzay, président de l’Institut Français des Seniors et du Salon des Seniors, fait divers constats parmi lesquels :

  • les besoins et comportements de consommation des seniors se différencient fortement en fonction des situations de vie, des âges, des générations…
  • les différents profils seniors ont en commun la volonté d’être utile (d’où la forte implication dans le bénévolat) et le besoin de lien social. Ce dernier point, essentiel, doit inciter les entreprises à mettre en avant l’intérêt de leurs produits ou services pour favoriser ou maintenir le lien social (par ex. l’appareil auditif sert avant tout à maintenir la communication avec les autres).
  • les français se rapprochent, au fil des ans, de la décontraction des anglons-saxons par rapport à l’âge, ce qui facilitera la vente de produits ou services adaptés au vieillissement.

 

Les « nouveaux » seniors anticiperont mieux leur perte d’autonomie

La conviction de nombreux intervenants est que les jeunes seniors actuels (les baby-boomers) sont des retraités avertis qui connaissent les problèmes liés à la dépendance (contrairement à la génération précédente, qui a découvert la dépendance en la vivant elle-même). En effet, en accompagnant leurs parents dans l’entrée dans la dépendance, ils ont vu les difficultés posées telles que l’inadaptation du logement, le recours à du service à domicile, la recherche d’une place en maison de retraite, la gestion de situation de crise (chute, sortie d’hospitalisation…), l’inquiétude des proches, … Et ils ne veulent pas vivre la même chose pour eux, d’autant que cette génération, qui a « fait » mai 68, s’est émancipé et a toujours voulu se distinguer de la génération précédente .

Ces « baby-boomers » vont donc mieux anticiper et se préparer à une éventuelle perte d’autonomie : adapter leur logement...

 

Les modes de financement des aides à l’autonomie

Les différentes interventions confirment qu’aujourd’hui, les offres de solutions d’aides à l’autonomie existent sur le marché mais que le principal problème reste encore leur financement et la définition de modèles économiques pertinents.

A ce titre, plusieurs intervenants, et notamment la CNSA (Caisse Nationale Santé à domicile et Autonomie) ont mis en avant le besoin de simplifier les démarches administratives des usagers pour le financement public d’aides techniques. Par ailleurs, le directeur de la CNSA souligne qu’il existe en Europe 2 modèle de financement des aides techniques : dans les pays d’Europe du Nord, les caisses maladie achètent elles-mêmes les équipements (avec un effet volume sur les prix), alors que la France et quelques autres pays financent l’achat par les particuliers (donc liberté de choix de chacun, mais plus cher). Selon lui, il faut, en France, se reposer la question du mode de financement.

De son côté, l’économiste Jean-Hervé Lorenzi constate que dans tous les pays du monde, les flux financiers publics (indemnité chômage, retraite, dépenses de santé, aide à l’autonomie…) bénéficient beaucoup plus aux plus de 60 ans qu’au moins de 30 ans, mais ce phénomène est particulièrement marqué en France. Le problème en France ne porte donc pas sur le montant de la dépense publique pour l’autonomie, mais plutôt sur le découpage de responsabilités et de budgets à travers le millefeuille administratif français. Et il souligne que les aides à l'autonomie pourraient être financées en partie par les personnes elles-mêmes, en rendant « liquide » (disponible) leur patrimoine à travers des mécanismes financiers (de façon plus moderne et positive que le viager).

 

Les principales annonces lors de cet évènement de lancement

Lors de cet évènement de lancement de la « silver economy » ont été présentés de nombreux projets, et un ensemble de propositions a été remis aux ministres par des groupes de travail, mais il y a eu peu d’annonces concrètes.

Parmi ces projets et annonces :

  • En termes de pilotage de la filière, il a été annoncé la création d’un comité de filière qui se constituerait d’ici le 15 juin, se réunirait une 1ère fois mi-juillet afin d’aboutir à de premières décisions en septembre
  • Plusieurs intervenants ont mis en avant le besoin d’unifier le pilotage des différentes actions publiques. Pour y répondre, une piste évoquée est de confier ce pilotage au CNR Santé, en le transformant en Agence Nationale des Technologies de l’Autonomie (proposition notamment de Luc Broussy, cf. article sur les rapports remis au gouvernement).
  • Michèle Delaunay vise à aboutir d’ici fin 2013 à une loi globale sur l’anticipation, la prévention et l’accompagnement de la dépendance. Et elle souhaite que la prévention de la dépendance soit déclarée « grande cause nationale 2014 », afin de mieux sensibiliser les français.
  • Pour favoriser l’émergence et le développement d’entreprises solides sur la filière « silver economy », le gouvernement vise à créer un fonds d’investissement dédié, tout comme il en existe pour l’automobile ou l’aéronautique, ce fonds étant alimenté par la BPI (Banque Publique d’Investissements) et serait abondé par quelques grands acteurs (groupes de la protection sociale…)
  • Pour rassurer les consommateurs, il est envisagé de mettre en place une labellisation des produits ou services liés à la « silver economy », si possible dans le cadre de travaux de normalisation au niveau international.
  • Création envisagée d’un pôle de compétitivité « silver economy »
  • Le cluster Soli’Age souhaite créer une « silver valley », à l’image de la Silicon Valley, qui serait focalisée sur la « silver economy » et localisée sur le sud-est francilien

 

Au-delà des annonces concrètes, qui sont restées limitées à ce jour, il faut retenir la forte volonté politique de soutenir cette filière "silver economy", avec l'implication de 2 ministères, ce qui devrait se traduire dans les mois qui viennent par la mise en place d'actions concrètes en termes de financement de projets, de simplification des aides, de labellisation...

L'autre point marquant est que les perspectives sont favorables à une meilleure prise en compte et acceptation, par les consommateurs, de leur vieillissement, ce qui devrait faciliter la commercialisation de produits ou services adaptés.

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