Penser le futur de la mobilité autrement !

Le 22 avril 2013

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn
Expert de la mobilité à l'ADEME, Gabriel Plassat nous donne des éléments clés pour penser et anticiper la transition vers un système de mobilité plus durable, écologique, connecté, multiple.

L'ancrage des pratiques de mobilité actuelles : 2 piliers déterminants

Pour Gabriel Plassat, le système de mobilité comme nous le connaissons aujourd’hui s’est construit autour 2 piliers. D’un côté, industrie automobile et infrastructures des routes mettent à disposition de tous des produits de haute technologie efficaces, en proposant des véhicules équipés de moteurs performants que les constructeurs sont capables de fabriquer pour quelques milliers d’euros. En parallèle, l’exploitation de l’énergie fossile, qui, même si elle est moins reconnue par le public, propose également un produit de haute technologie dont la distribution est complétement banalisée.

C’est bien l’association de ces 2 éléments du système qui ont permis de développer le système de transport actuel en l’ancrant profondément dans les usages... et en nous rendant dépendants de sa praticité, sa simplicité, de la "liberté" qu'il semble nous offrir.

Tous dépendants !

Preuve de l’ancrage de ce système dans les pratiques, le parc automobile français, en 2012, est composé de plus 38 millions de véhicules dont 59 % sont équipés de motorisation diesel. Notons toutefois que le parc automobile à tendance à vieillir : l’âge moyen des véhicules est de 8 ans contre 6 ans en 1990.

Plusieurs éléments expliquent ce vieillissement, « le multi-équipement  des ménages, la diésélisation croissante du parc automobile, une relative hausse de la robustesse des véhicules […] » selon Gabriel Plassat, ce qui vient directement impacter le taux de renouvellement des véhicules qui reste stable depuis une vingtaine d’années.

Impact du système actuel et transition vers la mobilité 2.0

Si une des solutions pour basculer vers une mobilité plus durable apparait comme étant le renouvellement du parc automobile, au vue du contexte actuel, pour Gabriel Plassat, cette solution seule est trop lente et trop coûteuse pour atteindre l’objectif de passer du système actuel vers le Facteur 4, c’est-à-dire à la diminution par 4 des émissions de gaz à effet de serre dont le pétrole est la première cause d’émission. 

Usage, attitudes, comportements : le facteur humain comme levier de transition

Tout baser sur la technologie, dès lors, n’apparait plus comme étant la solution unique et principale pour atteindre les objectifs. En complément d’un programme de conception de véhicules qui ne consommeraient que 2L/100, il devient nécessaire d'étudier notre capacité à faire changer les usages des personnes, en agissant par exemple sur le taux d’occupation des véhicules. Actuellement, on compte en moyenne 1.2 personnes / voiture, atteindre un remplissage de 2 personnes serait déjà un premier pas significatif vers la "mobilité 2.0".

La clef de voûte de la transition se situe bien alors à autre niveau que la technologie : le changement de la façon dont on utilise les objets, dans les pratiques et les usages.

Pour Gabriel Plassat, penser le futur de la mobilité passera bien par la modification volontaire des comportements émetteurs, à l'origine de déplacements. L’enjeu est donc s’intéresser aux 130 millions de trajets quotidiens qui sont autant de décisions de personnes qui doivent être compris pour induire le changement de mobilité, et d’immobilité.

Le terrain de jeu ici est l’usage : comment comprendre cette multitude de décisions à chaque instant ?

Une multitude d’usagers

C’est la connaissance, la compréhension et la territorialisation de cette multitude de configurations qui permettent de déterminer les profils d’utilisateurs et qui mettent en avant l’explosion du nombre de mobilités au cours du temps. Cette connaissance échappe encore aux acteurs du transport aujourd’hui. Elle semble plutôt aux mains des acteurs du numérique qui développent aussi bien des outils de traçage : Google, Orange... ou encore le parfait "assistant de mobilité intégrée".

Cette multitude, pour être bien comprise, doit être prise en compte dans une approche systémique intégrée qui nous amène vers le développement d'une palette de services qui nous permettront de devenir mobile ou immobile en fonction des besoins et des usages. L’idée est que c’est la performance du système qui prime sur la performance de l’objet. 

Enjeu de la multitude

Cette évolution a déjà commencé et dans son sillage, un véritable jeu d’acteurs est en train de se mener pour prendre la place centrale : loueur, constructeur, assurance, infrastructure, parking, électriciens... cherchent à modifier leurs pratiques pour prendre le rôle d’acteur intégrateur de mobilité durable.

Plusieurs verrous restent à lever pour les organismes qui souhaitent prendre cette place : accès aux données, gouvernance et ouverture de la propriété des données, capacité à intégrer tous les acteurs dans le système complet, capacité à expérimenter dans des systèmes réels…

Néanmoins, Gabriel Plassat rappelle que la transition doit être perçue comme une chance pour les industriels, les citoyens et l’environnement. Cette transition bouleverse les chaînes de valeurs actuelles du système de mobilité, pour atteindre des objectifs ambitieux en termes de décongestion, de réduction de gaz à effet de serre et de pollutions ; elle demande de remettre l’utilisateur à une place centrale, ce qui induit des besoins en recherche dans les disciplines des sciences humaines et des usages.

Gabriel Plassat rejoint l’ADEME en 2002 au poste d’ingénieur Energies et Prospectives dans le service Transports et Mobilités. Il développe au travers son Blog « les Transports du Futurs » des approches systémiques des mobilités et des chaînes logistiques, identifiant de nouvelles opportunités et de nouveaux risques.
Twitter : @TDF__ademe

A lire également

télétravail règlementation avocat

Les fondements et conséquences juridiques du télétravail

Le 25/01/2016

Retranscription des propos d'Isabelle Garin-Vigier, avocate chez MB&A, lors de la conférence "Travail en (im)mobilité" organisée dans le cadre du projet BMA. Elle y aborde les droits et obligations de l'employeur et du télétravailleur.

Gabriel Plassat Ademe fabrique mobilités

Les explorateurs d'avenir, Gabriel Plassat : L’innovation par le numérique dans le domaine de la mobilité

Le 01/09/2015

Synthèse du propos de Gabriel Plassat, Ingénieur Énergies et Prospectives, Transport et Mobilités à l’ADEME, durant la journée Auto-mobilité et intelligence territoriale.

plassat multitude BMA numérique

Le numérique au coeur de la transformation de la chaîne de mobilité

Le 22/04/2014

Gabriel Plassat, ingénieur Energies et Prospectives au service Transports et Mobilités de l’ADEME, ouvre la journée du 23 janvier sur le véhicule serviciel en résumant les enjeux de l’irruption du numérique dans les pratiques de mobilité.