L'âge de la multitude, un essai stimulant

Le 15 avril 2013

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Publié en 2012, l'ouvrage de Henri Verdier et Nicolas Colin pose des arguments qui, loin de concerner la seule sphère technologique, interrogent la façon dont l'innovation ne peut se faire qu'à partir des usagers et de la multiplicité de leurs pratiques. Autant de pistes pour penser autrement la mobilité...

Afficher en taille réelle L'Age de la multitude. Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, de Nicolas Colin et Henri Verdier. Armand Colin.

Pour Henri Verdier et Nicolas Colin, les auteurs de l’ouvrage L’âge de la multitude, la révolution numérique repose sur la « multitude », c’est-à-dire sur les usagers. La création de valeur propre à l’économie numérique se fait donc à partir de ressources qui sont extérieures aux organisations. Pour nos deux auteurs, l’enjeu de l’ère du numérique consiste, pour les organisations, à s’organiser comme des « plateformes », c’est-à-dire à créer des interfaces que l’usager peut s’approprier et, par là, exprimer son potentiel créatif pour ensuite pouvoir « capter » cette créativité.

Un Smartphone, Facebook ou encore Twitter sont des plateformes, des supports, sur lesquels chaque utilisateur crée et partage avec d’autres : tout l’enjeu pour l’entreprise est d’être capable de « capter » ces interactions pour proposer ensuite de nouvelles façons de créer et d’interagir. Bref, il ne s’agit pas d’une stratégie de captation au sens où les usagers seraient des clients captifs d’un service, d’un format, ou d’une application mais d’une stratégie d’itération ouverte où l’expérimentation continue par l’usage constitue le plus sûr levier pour l’innovation et un potentiel de ressources et de valeur qui dépasse de loin celles de l’organisation. 

La mobilité : un terrain propice à l’innovation

Bien que centrée sur l’économie numérique, la façon dont les auteurs de L’âge de la multitude définissent l’innovation n’est pas sans faire penser à la démarche du projet Bretagne Mobilité Augmentée (BMA). Pour Colin et Verdier, l’innovation radicale n’est pas nécessairement technologique, elle repose essentiellement sur l’échange et l’interaction entre les organisations et les utilisateurs. Dans le domaine de la mobilité, BMA entend élaborer de nouvelles solutions de mobilité qui ne reposent pas sur de nouveaux moyens de transports, mais sur une analyse de l’activité des organisations et des individus... Donc sur une compréhension partagée de ce qui génère des besoins de mobilité, afin d’élaborer avec chaque partie-prenante une solution adaptée.

S’il y a bien un domaine où on peut parler de « multitude », c’est bien celui de la mobilité ! Chaque automobiliste, usager des transports en commun, cycliste ou encore piéton est pris dans une logique de flux : flux routiers, flux d’informations, flux de marchandises, flux liés aux coûts des déplacements…. L’essentiel est de comprendre quelles activités engendrent ces flux et comment leur reconfiguration peut diminuer les coûts du déplacement et engendrer, tant au niveau des usagers, des infrastructures que des territoires, de la création de valeur.

Une stratégie centrée sur les usagers

Comme le constatent Colin et Verdier, l’usage du numérique par ses utilisateurs, et notamment le grand public, se fait dans un perpétuel mouvement d’accélération et d’instabilité. Les acteurs de la révolution numérique, ceux qui tirent leur épingle du jeu, ont compris que cet écosystème turbulent n’est pas un danger, mais la chance de leur développement. La plus grande vulnérabilité de cette économie, c’est de s’en tenir à l’immutabilité alors que le comportement des utilisateurs est toujours guidé par la recherche de nouveaux échanges et de nouveaux contenus. C’est de ces nouvelles interactions que naît l’innovation.

Il faut donc donner à l’utilisateur « quelque chose à faire », c’est-à-dire expérimenter afin qu’il soit en mesure de s’approprier les contenus ou applications qu’on lui propose et que cet usage devienne lui-même une source de valeur. Ce cercle vertueux qui repose sur l’appropriation et la création par l’usage est au cœur de la démarche de BMA au sein de chacun des 18 démonstrateurs : activités industrielles ou de distribution, activités quotidiennes au sein d’un territoire ou sur le campus d’une Université… Autant de démonstrateurs où les nouvelles solutions de mobilité seront élaborées à partir de la compréhension des besoins des usagers et en les impliquant dans l’élaboration de ces solutions.

L'innovation : une affaire de multitude ?

L’ouvrage d’Henri Verdier et de Nicolas Colin est une lecture stimulante. D’autant plus que leurs propos, comme ils le font remarquer dans la conclusion de l’ouvrage ne concernent pas la seule sphère technologique ou la seule économie de la connaissance. Dans le domaine de la mobilité, c’est aussi en s’ouvrant aux usagers, en comprenant leurs pratiques et leurs comportements, que l’on se donne la chance de créer une dynamique vertueuse créatrice de valeur et propice à l’innovation.

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