Transition énergétique : les étudiants rennais proposent des pistes d’actions

Le 08 avril 2013

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Débat national oblige, les étudiants des universités de Rennes ont travaillé plusieurs semaines sur la transition énergétique et son impact sur les entreprises et les territoires. Ce travail collectif, intergénérationnel et pluridisciplinaire, alimente nos capacités d’anticipation et d’innovation.

La transition énergétique, un débat récurrent

La disponibilité des ressources énergétiques influence leur coût d’achat, d’exploitation et le degré de dépendance d’un territoire. C’est un indice retenu par les étudiants pour qualifier les grandes mutations dans la consommation et la régulation de l’énergie. La génération de la consommation qualifie l’état d’esprit d’après-guerre, avec une situation de plein emploi, de massification des biens et services énergivores telle l’automobile. Les chocs pétroliers des années 1970 et la subite hausse du chômage tirent la sonnette d’alarme : une génération prise de conscience tente de résoudre la dépendance de l’économie face à l’énergie… En France, même si est créé en 1976 le Ministère de l’Ecologie, la question de l’empreinte carbone des énergies fossiles n’est pas d’actualité. Il faut attendre les années 1990 pour en prendre conscience et parler de « développement durable ». Mais c’est une génération contradiction, qui prépare à l’action sans jamais ne rien tenter, sans décisions franches des états, encore moins des entreprises… L’exemple du diesel est significatif de cette paralysie : comment arbitrer entre économie, industrie et santé publique ?

Une approche systémique de la transition énergétique

Pour sortir de cette impasse, il conviendrait de repenser un modèle global de transition énergétique, adapté aux contraintes et spécificités locales de nos territoires. La transition énergétique serait peut-être une combinaison d’initiatives locales, organisées dans une cohérence mondiale ? Les étudiants proposent une approche systémique pour construire et rendre acceptable une chaîne de valeur plus durable et s’inscrire dans une économie circulaire.

Selon eux, les actions et solutions devront tenir compte de 3 échelles :

  • spatiales (du local au global),
  • temporelles (court ou long terme, rapidité des mutations économiques, nécessaire temporisation des changements sociétaux),
  • humaines (maîtriser ses consommations individuelles, faire converger les intérêts du collectif, partager des valeurs environnementales).

Un moteur de croissance pour les entreprises et territoires

Les étudiants nous alertent : dans la majorité des cas qu’ils ont étudiés et imaginés, les solutions technologiques existent déjà. L’enjeu est bien de penser autrement leur mise en œuvre, d’améliorer l’éducation à la consommation, ou encore de faire émerger du génie collectif pour trouver des compromis gagnant-gagnant.

Pour les étudiants des universités de Rennes, c’est donc d’abord :

  • consommer mieux, en rendant l’individu auteur de l’information, seul garant de la maîtrise de sa consommation. C’est aussi construire une identité sociale écologique qui positive tous les comportements vertueux et mutualisés. Pour la mobilité notamment et l’industrie automobile, c’est passer d’un statut d’usager propriétaire à une logique de service, de location.
  • produire mieux, en Bretagne notamment par le déploiement d’unités de méthanisation à la ferme, et plus globalement par toute autre forme d’énergie verte. L’amélioration des capacités de stockage avec le développement des véhicules électriques insérés dans un système de smart-grid est un levier. A plus long terme, les étudiants proposent de repenser la Ville, via les bâtiments à énergie positive, mais surtout grâce au lien entre mobilité et activité : éviter des déplacements, rapprocher habitat, services, travail.
  • vivre mieux, en décentralisant les décisions énergétiques et les moyens de production.

Pour l’entreprise, quelle posture adopter ? Ne rien faire avec un risque que la réglementation nous impose d’agir dans l’urgence ? Etre le premier, adopter une vision utopiste de la transition, avec des objectifs souvent intenables ? Anticiper, être auteur du changement, en commençant par diagnostiquer ses pratiques de production et de consommation d’énergie, semble une voie raisonnable.

Pour innover, l’entreprise pourrait améliorer ses consommations, en s’appuyant sur des méthodes de lean management. Elle pourrait aussi penser autrement le résultat de son activité, c’est-à-dire proposer un service de location de ses produits plutôt qu’une vente, développer un fablab pour co-construire des solutions avec ses clients. L’entreprise pourrait également créer une activité dédiée au marché des énergies renouvelables, ou encore basée sur l’exploitation de ses rebuts.

Du point de vue de la mobilité, les actions proposées par les étudiants pour les entreprises sont des leviers très directs pour la transition : favoriser le télétravail, former à l’éco-conduite, jouer sur les horaires pour rendre possible le covoiturage, utiliser des systèmes de visioconférences, repenser les coûts liés à la localisation des fournisseurs…

Des avis d’experts partagés, signe du chemin restant à parcourir

Transition Energétique Jacques BrégeonUn parterre d’entreprises, de professionnels, d’experts (Gérard Tardieu de l’Académie des Technologies, Jacques Brégeon, Délégué Général du Collège des hautes études en développement durable de Bretagne -photo), de personnalités publiques (Philippe Tourtelier, ancien Député d’Ille-et-Vilaine, Robert Jestin, Président du cluster Eco-Origin), ont porté un regard critique sur les travaux des étudiants.

Les avis des experts n’ont pas fait consensus, puisqu’ils s’exprimaient à des niveaux différents de réflexion, opérationnelle, territoriale, économique… Pour les uns, l’urgence est de développer des stratégies d’autofinancements publics et privés pour rompre la dépendance aux seuls investissements nationaux. Pour d’autres, il faut s’inscrire dans la logique de la multitude via les réseaux sociaux, pour décentraliser les prises de décisions, et rendre chaque individu autonome dans ses productions et ses consommations. Certains experts s’interrogent : des exploitations de lignes de charbons s’ouvrent partout dans le monde, le prix du gaz ne cesse de descendre (huiles et gaz de schistes aux États-Unis)… ne faudrait-il pas agir urgemment sur l’extraction, et moins sur l’utilisation ?

Mais tous sont d'accord : seule l’expérimentation diffuse et multiple, à petite échelle, pourra enclencher le changement et s’extraire de la tétanisation décisionnelle actuelle.

Plus de 150 étudiants (gestionnaires, ingénieurs, juristes, psychologues…) des universités de Rennes 1 et Rennes 2, chaque année dans le cadre de leurs Masters 2 Professionnels, réfléchissent collectivement sur des sujets de fond (en 2011 sur la mobilité décarbonée, en 2012 sur la sécurité économique de l’entreprise). Après plusieurs semaines de labeur, coachés par des professionnels, ils restituent leurs travaux devant les représentants et experts nationaux du sujet.

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