Pourquoi est-il urgent de penser autrement la mobilité ?

Le 07 janvier 2013

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La mobilité est aujourd’hui un enjeu central de notre société. Quelles soient liées aux déplacements des hommes ou des marchandises, les mutations qui s’y rattachent sont de tous ordres : économique, sociale, sociétale, énergétique et environnementale. A l’occasion du lancement de BMA, les experts nous éclairent sur les transitions en cours.

Les évolutions du commerce et des attentes des consommateurs comme moteur du changement

Philippe Moati, Professeur d’économie à l’Université Paris Diderot

Philippe Moati, Professeur d'économie Université Paris-DiderotPhilippe Moati souligne l’urgence de penser le changement de mobilité par rapport aux évolutions du commerce et des attentes des consommateurs. Nous sommes dans un changement de structure, dans une évolution du rapport entre le commerce et le territoire, ce qui implique de repenser les flux et les modes de mobilité sur ce même territoire. La fin de la consommation de masse dans des pôles commerciaux excentrés dédiés, laisse place à des formes de commerces inédites, avec le retour à un commerce de proximité, et à un « commerce adapté ». Le client prend une place plus importante puisque les commerces tentent de s’adapter aux contraintes quotidiennes, professionnelles ou personnelles, « faire ses courses » devenant une activité imbriquée dans d’autres. Le commerce se transforme et s’adapte à une clientèle très segmentée et différenciée, en développant une approche qualitative. Le commerce de proximité porte ainsi de nouvelles formes de mobilité, plus douces.

Une autre mutation importante du commerce réside aussi dans sa dématérialisation : le fort développement du e-commerce transforme les commerçants en « offreurs de solutions » ; le client peut même participer à la conception même de l’offre commerciale, et le magasin devient alors un point de contact d’autant plus important dans la relation entre le commerçant et son client. Philippe Moati souligne cependant que le développement de la mobilité verte ne doit pas être un obstacle supplémentaire à la fréquentation des commerces de périphérie. Il faut donc les penser d’une manière « englobante » pour ne pas provoquer une fracture entre centre et périphérie.

De nouveaux modèles de déplacement pour réduire la fracture du territoire

Jean Ollivro, Professeur de géographie à l'Université Rennes 2 et Président de Bretagne Prospective

Jean Ollivro, Président de Bretagne Prospective et géographeLe modèle actuel de mobilité conduit à une fracture du territoire entre les personnes pouvant se passer d’un véhicule carboné, et les périurbains qui voient leurs difficultés de mobilité s’accentuer avec la hausse spectaculaire du prix du baril de pétrole. On voit se mettre en place un appauvrissement des périurbains par le prix de l’automobile et de la mobilité.

Le paradoxe est que le déplacement n’a jamais été aussi facile avec la mondialisation de l’information, l’instantanéité des communications. Mais se déplacer physiquement devient compliqué en raison des coûts de plus en plus importants, et conduit donc à une reterritorialisation. Il est donc urgent de penser la mobilité et de créer de nouveaux modèles de déplacement, notamment en Bretagne où les possibilités sont très grandes. En effet, s'agissant des flux de marchandises, le transport maritime est encore sous-exploité et la Bretagne, dépendante à 95% du trafic routier. Le maritime se situe à une place intéressante pour le développement des transports du futur et des nouvelles logistiques. Penser la mobilité c’est donc, avant tout, « agir sur un projet de territoire », de manière spécifique et différenciée. « On est, non pas dans une crise, mais dans une fantastique mutation » indique Jean Ollivro ; il faut donc repenser nos déplacements dans le territoire et redécouvrir des comportements de mobilité inhabituels (itinérance, immobilité, proximité, nouvelles mobilités).

La mobilité au coeur de la responsabilité sociale et sociétale des entreprises

Marc Potel, Responsable RSE-DD à la Caisse d'Epargne Bretagne Pays de Loire

Marc Potel, responsable RSE-DD Caisse d'Epargne Bretagne Pays de LoireLes entreprises sont aujourd’hui ancrées dans une nouvelle révolution, notamment avec l’introduction des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), qui « remettent en cause des frontières structurantes entre espace public, espace privé et espace professionnel », selon Marc Potel. Ces questions de mobilité ne concernent pas uniquement les personnes, mais aussi les marchandises et l’information.

La mobilité est un sujet qui rassemble des acteurs divers (secteur public, entreprises et salariés) notamment à travers la question du revenu disponible à la mobilité. Cette question se pose à l’ensemble des acteurs qui cofinancent les déplacements. En effet, le revenu disponible est diminué par la hausse des coûts du transport ; pour y répondre, la recherche de solutions doit se faire de manière collaborative. L’expérimentation d’hypothèses de développement et de solutions nouvelles de mobilité impliquant tous les acteurs peut se jouer au niveau de l’entreprise. Un projet tel que BMA permet ainsi de confronter les acteurs à la réalité par l’expérimentation à petite et grande échelle, dans un but de recherche de l’efficience des solutions.

Une opportunité pour l'industrie automobile française

Bernard Jullien, Directeur du Groupe d’Etude et de Recherche Permanent sur l’Industrie et les Salariés de l’Automobile (GERPISA)

Bernard Jullien, Directeur du GerpisaOn parle aujourd’hui d’une seconde révolution automobile, portée par 4 leviers de changement : les exigences environnementales, le développement des pays émergents, les nouvelles chaînes de valeurs auxquelles sont confrontées les professionnels de l’automobile (nouveaux partenaires de conception, de production, nouvelles énergies...), et le positionnement de la puissance publique sur ces questions. Les constructeurs, habitués à une hégémonie dans le système de mobilité, voient la concurrence croître avec l’émergence de nouveaux usages de la mobilité intégrant de nouveaux acteurs et donc, un nouvel écosystème. D’ailleurs, ces acteurs (notamment les prestataires de services de mobilité) ont une capacité à gérer de grands réseaux de transport, et, alors que la part des dépenses des ménages allouées à l’achat du véhicule décroît en faveur de la part allouée à la location ou aux transports en commun, ils prennent une place plus importante dans la chaîne de mobilité. La puissance publique tient alors un rôle essentiel dans l’arbitrage de la gestion de la mobilité entre constructeurs historiques et nouveaux entrants : pour Bernard Jullien, « si alliance il doit y avoir, conflit il y aura aussi ».

La fracture énergétique

Jean-Marc Jancovici, Ingénieur Conseil

Une coopération entre toutes les parties prenantes de notre système de mobilité (Etat, entreprises, usagers) est d’autant plus nécessaire que nous sommes dans une situation de fracture énergétique et de baisse inexorable de la croissance de notre production. En effet, il existe une étroite relation entre énergie disponible et croissance économique. L’énergie disponible en Europe ayant une tendance certaine à décroître, celle-ci reposant essentiellement sur les énergies fossiles, la croissance en est donc lourdement impactée. Le plus vraisemblable pour les 5 ans à venir est que nous n’allons plus être dans une dynamique de croissance économique. En effet, celle-ci dépend de la production qui elle-même dépend des flux physiques, eux même conditionnés par la disponibilité de l’énergie. Nous sommes dans « une économie sous perfusion » ; tout projet susceptible de réduire la consommation d’énergie a donc de fortes chances de succès.

De nouveaux enjeux s’imposent à nous : transformation des villes, décarbonisation de l’industrie… Ces mutations de notre économie sont nécessaires, mais surtout, elles pourraient permettre à l’Europe de se positionner au niveau international en exportant son expérience en la matière. La remise en question de notre système de production, au-delà d’être une nécessité, est une réelle opportunité !

L'urgence environnementale

Jacques Brégeon, Président de l’Ecole des Métiers de l’Environnement (EME)

Jacques Brégeon, Président de l'Ecole des Métiers de l'EnvironnementToute mutation de nos activités se doit de répondre à l’urgence environnementale dans laquelle nous évoluons. Nous sommes dans une connaissance du réchauffement climatique depuis les années 80, et pourtant, nous restons dans une « dyslexie collective » qui nous empêche de voir les signaux. « Cela fait des décennies que l’on sait mais que l’on ne veut pas voir » constate Jacques Brégeon. Le monde ancien a pris fin, nous entrons aujourd’hui dans un monde nouveau : en a-t-on vraiment pris conscience ? « Au fond, la myopie est quand même très confortable », mais il y a pire, c’est l’indifférence éthique. L’éthique des générations futures, c’est un nouveau mode de pensée, durable et orienté vers l’avenir. Le développement durable, c’est un nouveau mode de développement que nous devons inventer, qui doit être soutenable, et surtout éthiquement défendable.

Le transport est l’un des paramètres essentiels dans les questions qui nous préoccupent et tient une place importante dans ce nouveau paradigme. Il faut entrer dans un développement des compétences des personnes, et des compétences collectives. BMA rentre dans cet objectif en rassemblant des acteurs divers de la mobilité et en les faisant collaborer en vue de créer des compétences collectives. A travers l’expérimentation de nouvelles solutions de mobilité, ces acteurs pourront développer de nouveaux business modèles susceptibles de fonctionner dans cette économie en transition.

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Auteur(s)

Guillaume Leclercq Delannoy, CCI Rennes

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