Services innovants pour la santé et l'autonomie : quelles solutions de financement ?

Le 20 décembre 2012

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Acteurs de la santé et de la protection sociale étaient réunis à Paris le 5 décembre 2012 pour une matinée d'échanges. Au programme : les opportunités d'investissement dans les services innovants en matière de santé et autonomie. Une initiative d'Alixio Care Management Consulting et du Groupe AEF.

Directeur général d'Alixio Care Management Consulting, Laurent Hémery souligne en introduction que ces services innovants auront besoin pour se développer d'une double impulsion : d'une part le marché sera "tiré par la demande", ce qui nécessite des solutions pour solvabiliser la demande; d'autre part le marché doit être "poussé par des investisseurs" qui s'engagent sur la durée. D'où l'intérêt des initiatives qui favorisent le dialogue entre porteurs de projet, investisseurs et puissance publique.

Membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Pascal Terrasse évoque la situation de l'Ardèche : le Député et ancien président de ce Conseil général met en avant l'effort de la collectivité pour s'équiper en fibre optique, une nécessité pour amener des services de e-santé dans ce territoire rural. Chargé de la protection sociale au Parti socialiste, Pascal Terrasse fait le lien entre le développement de la e-santé et le parcours de soin : dans une perspective de maîtrise de la dépense publique, la e-santé va entrer dans le processus de surveillance du parcours de soin.

Modèle anglo-saxon vs modèle français

Isabelle Hébert, directrice stratégie et marketing santé et prévoyance chez Malakoff Médéric, apporte une ouverture sur l'international et en particulier sur les Etats-Unis : "En France lorsque l'on parle de services innovants en santé on se demande si c'est une bonne idée, si c'est possible et qui va payer. Autrement dit il s'agit davantage d'un monde de croyants que d'une réalité. En revanche aux Etats-Unis les services en santé sont un réel business" explique Isabelle Hébert. "La plupart des compagnies d'assurance ont leur division Care Management et leurs réseaux de soins. Tous les assureurs proposent des solutions de management de la santé en entreprise. Le modèle économique est centré sur l'entreprise".

Comment les services innovants en santé sont-ils financés ? En France on associe financements publics et privés et l'on mène des expérimentations en vue de généraliser. Dans le monde anglo-saxon l'approche est plus pragmatique : il existe des fonds d'investissement spécialisés dans les services innovants en santé, et l'on regarde d'emblée s'il existe une clientèle prête à acheter un nouveau service.

Projets et retours d'expériences en France

Christian Brugeilles, Directeur des affaires sociales de Réunica, expose l'action du groupe de protection sociale dans le champ de l'autonomie. Réunica intervient dans quatre directions : le lien social, l'aménagement du logement, les services à la personne et l'éducation thérapeutique. En association avec Essilor, Casino, Orange, l'hôpital des Quinze-Vingts, centre hospitalier national d'ophtalmologie à Paris et plusieurs start-ups, Réunica a constitué un consortium qui a présenté un dossier dans le cadre du grand emprunt lancé en 2010. Objectif : développer des solutions innovantes pour corriger certaines maladies de la vision, en concevant des produits qui devraient arriver sur le marché d'ici quelques années. Christian Brugeilles considère que ce modèle du consortium fonctionne et porte ses fruits : il permet à Réunica de travailler sur des projets que le groupe seul n'aurait pas pu mener. Voir à ce sujet l'article L'Institut de la Vision explore de nouvelles pistes pour soulager les déficiences visuelles.

Daniel Parent, Directeur général du COS, expose le projet d'EHPAD "dans et hors les murs" porté par son association : gérant trente établissements en France pour personnes âgées, handicapées ou socialement fragiles, le COS mène un travail destiné à limiter le risque de rupture. Ce projet s'inscrit dans une politique de maintien à domicile avec accueil séquentiel en établissement, en collaboration avec les équipes de services et soins à domicile. La difficulté rencontrée est le manque d'infirmières de nuit dans les EHPAD.

Sylvie Royant-Parola, Présidente du réseau Morphée présente l'action de ce réseau de santé consacré à la prise en charge des troubles chroniques du sommeil. Avec le projet Respiradom le réseau Morphée entend améliorer le suivi du patient en impliquant celui-ci davantage dans son traitement. Un projet qui doit contribuer à diminuer le sur-risque d'AVC ou d'infarctus chez les personnes souffrant d'apnée du sommeil. Comme pour le projet d'EHPAD dans et hors les murs porté par le COS, Respiradom recherche des solutions de financement pérennes dans le but d'industrialiser le système : des assurances, des mutuelles pourraient être intéressées. L'appel est lancé.

Pour Chantal Parpex, Présidente d'Innovation Capital (anciennement CDC Innovation), la santé est un secteur économique majeur qui crée de l'emploi et de la valeur. Pour s'engager dans le financement d'un projet Innovation Capital vérifie que celui-ci présente des perspectives de rentabilité et répond véritablement à un besoin. A ce jour la société de capital risque a identifié 70 entreprises en France et en Europe ayant un potentiel de développement dans les domaines de la santé et de l'autonomie. Chantal Parpex insiste sur ce point : Innovation Capital investit uniquement dans des entreprises qui ont trouvé leur modèle économique, qui savent quel est leur client et si ce client est solvable.

"Frilosité des investisseurs"

Intervenant lors des questions de la salle, le dirigeant de la société Entrepatients témoigne de sa difficulté à obtenir un soutien de la part des structures publiques, évoquant la "frilosité" de ces dernières. Membre de plusieurs pôles de compétitivité et incubateurs, ce chef d'entreprise a été en premier lieu soutenu par des capitaux risqueurs auprès desquels il a levé 2 millions d'euros.

Invité à s'exprimer lors de la table ronde, Christophe Lorieux, Président fondateur de Santech, fait part de l'expérience acquise en tant que créateur de plusieurs start-ups depuis une douzaine d'années parmi lesquelles e-sidor (ordinateur simplifié pour les seniors). Lorsqu'il a démarré comme créateur, une idée innovante permettait de lever des fonds : ce n'est plus le cas. Il est indispensable aujourd'hui de trouver des partenaires et ce travail relève souvent du parcours du combattant. Pour trouver des financements, il faut connaître un écosystème complexe composé de nombreux guichets, trouver des business angels et savoir nouer des partenariats pour gagner en crédibilité. Il faut aussi être pluridisciplinaire et hautement compétent sur des problématiques de santé, de territoire, d'assurance... Tout ceci se construit avec le temps : c'est long, c'est complexe, mais c'est possible, conclut Christophe Lorieux qui conserve tout son enthousiasme malgré les obstacles.

En définitive, à l'issue de cette matinée les témoignages entendus ne permettent pas de répondre précisément aux questions initiales : quelles opportunités d'investissement et quelles solutions de financement ? Toutefois ces échanges ouvrent des pistes de réflexion et pour les acteurs présents, l'intérêt est tout naturellement d'apprendre à mieux se connaître, pour envisager de futures collaborations, dans un environnement complexe et sur des marchés en devenir.

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