Le marquage de l'origine : un atout concurrentiel ?

Le 21 novembre 2012

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Une majorité de Français se déclarent prêts à payer plus cher un produit fabriqué en France, selon deux enquêtes du Credoc et de l'Ifop. Cette tendance s'est nettement accentuée ces dernières années et concerne toutes les catégories de population. Un thème qui revient sur le devant de la scène en période de crise.

Selon une enquête du Crédoc parue en 2011, 64% des Français se disent prêts à payer plus cher des produits industriels fabriqués en France plutôt que hors d'Europe. Ils n'étaient que 44% en 2005. Trois personnes sur dix accepteraient de payer jusqu'à 5% plus cher, et une sur trois envisagerait même de payer un prix encore plus élevé.

En octobre 2011 l'Ifop avait réalisé un sondage pour le Cedre (Comité des Entrepreneurs pour un Développement Responsable de l'Economie) selon lequel 72% des Français seraient disposés à payer plus cher un produit si celui-ci a été fabriqué en France. Toutefois, cet écart de prix doit, pour la majorité des répondants être modéré et ne pas dépasser 10%.

70% des Français inquiets du risque de chômage

Plusieurs facteurs sont mis en avant par le Credoc pour expliquer ces résultats : l'environnement, l'engagement citoyen et la solidarité.

En effet la préoccupation environnementale dépasse largement l'effet de mode : pour le consommateur acheter local c'est contribuer à limiter la consommation d'énergie et les transports générateurs de gaz à effet de serre.

Ensuite pour les personnes enquêtées, consommer français c'est une façon de donner un sens à sa consommation et de soutenir l'emploi. Le Credoc rappelle à ce propos que dans son enquête sur les conditions de vie et les aspirations des Français publiée début 2011, 70% de nos concitoyens se déclarent inquiets du risque de chômage pour eux-mêmes ou leurs proches.

Dans le quotidien Le Monde du 10 décembre 2011, la journaliste Laure Belot constate le succès croissant du "made in France". Des consommateurs expliquent les raisons qui les conduisent à privilégier l'achat de produits français. En réponse à cette demande, l'offre de produits étiquetés français se développe en particulier sur Internet. En revanche dans la grande distribution il reste difficile de trouver des produits industriels français.

Pour aider le consommateur à se repérer, les pouvoirs publics ont créé en mai 2011 le label Origine France Garantie : certifié par Véritas, un organisme privé, ce label signifie que "50% de la valeur du produit a été acquise sur le territoire national et que les lieux où il a pris ses caractéristiques essentielles sont situés en France"... Pas sûr que le consommateur s'y retrouve effectivement. Le fabricant de lunettes Atol qui a relocalisé 300 emplois en France est l'une des entreprises françaises à bénéficier de ce label.

Pour promouvoir le label Origine France Garantie, l'association Pro France a été créée en juin 2010 : elle est basée dans les locaux de CCI France à Paris. Elle animera en 2013 une opération de communication pour mieux faire connaître ce label auprès du grand public.

Soutenir l'industrie française

Il reste que pour acheter français, il faut bien... produire français. Or l'industrie française a perdu plus de 500.000 emplois depuis 2000, et dans le même temps la part de l'industrie dans le Produit Intérieur Brut français est passée de 24 à 14%, comme le rappellent Patrick Artus et Marie-Paule Virard dans leur ouvrage "La France sans ses usines" (éditions Fayard, 2011). Les deux auteurs soulignent que tous les secteurs d'activité sont concernés.

Certes, quand la Poste achète 3.000 scooters au fabricant taïwanais Kymco, des voix s'élèvent pour exprimer leur désaccord, chez les industriels français et dans la population.

Mais il faut noter aussi, pour compliquer encore le débat, que la production nationale est une notion de plus en plus difficile à établir dans une économie mondialisée : ainsi dans Le Monde du 14 décembre 2011 Sylvain Broyer, économiste chez Natixis, rappelle que "produire une Porsche Cayenne consiste à 85% à fabriquer des pièces à Bratislava (Slovaquie) avant de les assembler à Leipzig et d'y coller l'écusson Porsche".

Dans le même article Lionel Fontagné, professeur d'économie à la Sorbonne, s'interroge : "Que veut dire made in France ? La plupart des produits que nous consommons sortent de chaînes de valeur globales où il est difficile de planter un drapeau. La vraie question est de savoir comment s'insérer dans ces chaînes".

Une réglementation complexe

C'est précisément dans ce contexte de mondialisation que la Direction générale des douanes et la Direction générale de la concurrence, consommation et répression des fraudes rappellent les règles de marquage d'origine des produits industriels :

  • il n'existe pas en France d'obligation imposant le marquage d'origine des produits, sauf dans quelques cas (produits agricoles et alimentaires notamment)
  • en règle générale le marquage d'origine est facultatif et volontaire
  • attention cependant : toute mention fausse ou susceptible de tromper le consommateur quant à la provenance d'un produit est considérée comme une infraction. En effet le code de la consommation prévoit que la mention d'origine doit toujours pouvoir être justifiée
  • dans le cas - fréquent - où les produits sont fabriqués à partir d'éléments provenant de différents pays ou ont été transformés dans plusieurs pays, les critères à utiliser pour déterminer l'origine d'un produit sont fixés par le code des douanes communautaires : voir à ce sujet le site Internet des Douanes. Ces dispositions s'appliquent au marquage "Made in France".

Des règles complexes, mais pour les entreprises qui parviennent à les maîtriser il est possible de mettre en valeur l'origine de leurs produits et d'en tirer ainsi un véritable avantage concurrentiel, tant sur le marché français qu'à l'export. Un atout à relativiser selon les secteurs d'activité, mais qui peut s'avérer payant sur certains marchés où la qualité France reste une valeur sûre.

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