L’emballage face à la hausse du coût des matières premières : 3 questions à Thierry VARLET du réseau BREIZPACK

Le 13 septembre 2012

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Thierry Varlet, Breizpack
La filière emballage apporte de nombreuses solutions pour le traitement de ses produits en fin de vie (biodégradabilité, recyclage,…). En revanche, la hausse du prix des matières premières ne semble pas déclencher pour l’instant un recours significatif aux matières biosourcées. Thierry Varlet, Chef de projet BREIZPACK nous apporte son décryptage.

Des professionnels focalisés sur la fin de vie de leurs emballages plutôt que sur le coût de leurs matières premières : est-ce que vous confirmez cette observation ?

Sur ces 2 enjeux, le professionnel de l’emballage n’est pas le décideur et pour comprendre ce qui se passe, il faut regarder toute la chaîne de valeur, du producteur de matières premières  au consommateur final.

Le consommateur, tout d’abord, n’est pas réellement en mesure d’imposer ses choix. D’un côté, la collectivité le contraint via une taxe sur le volume de ses déchets, elle l’incite à trier, etc... De l’autre, ce même consommateur ne choisit pas ce qu’il trouve dans les magasins. Il peut influer sur l’offre, notamment quand il y a plusieurs produits disponibles, mais c’est le distributeur qui est le vrai décideur.

Plus en amont, le fabricant du produit se trouve lui aussi sous une double contrainte : il doit s’acquitter de la redevance éco-emballage et il est donc lui aussi financièrement responsabilisé sur le devenir de ses emballages ; il subit par ailleurs la pression de la grande distribution qui lui impose ses desiderata.

Les distributeurs, bien que n’étant assujettis à aucune taxe, sont donc les vrais prescripteurs en matière d’emballage. Ce sont eux qui orientent les cahiers des charges en fonction de leurs intérêts commerciaux, avec des avancées mais avec, également, une communication à outrance et beaucoup de green washing….

Les industriels de l’emballage, quant à eux, sont généralement des acteurs de petite taille qui n’ont pratiquement aucun pouvoir de décision dans cette chaîne. Leur préoccupation, c’est de satisfaire la demande de leurs donneurs d’ordres, les fabricants de produits.

Contraintes réglementaires et rapports de forces entre acteurs expliquent donc le focus sur la fin de vie des emballages mais pour la hausse du coût des matières premières, quels sont les freins et quand se fera, selon vous, le basculement vers des produits biosourcés ?

Les freins sont de moins en moins technologiques et là encore, c’est du côté de la chaîne des acteurs qu’il faut chercher pour comprendre ce qui se passe.

Aujourd’hui, les plus gros investisseurs sur les matières plastiques biosourcées sont les compagnies pétrolières via leurs branches chimie, comme Arkema en France, filiale de Total.  Or, pour l’instant, ces groupes profitent pleinement de la hausse des prix des produits pétroliers et n’ont pas d’intérêt immédiat à changer. Tant que leurs marges ne seront pas aussi importantes sur les produits biosourcés que sur les produits issus du pétrole, la mutation ne se fera pas. Le jour où la situation en aval sera rentable, alors ils basculeront vers les biomatériaux. Donc pour  l’instant, les industriels de l’emballage subissent les hausses de coûts tout en essayant, par la négociation, de les répercuter dans leurs prix chaque fois que c’est possible.

Face aux groupes pétroliers, on trouve bien quelques producteurs spécialisés mais ils n’ont pas une taille suffisante pour pouvoir réellement les inquiéter. Nous sommes sur des marchés de volume où le prix est un critère décisif et pour être moins cher aujourd’hui qu’un pétrolier, c’est vraiment très difficile.

En outre, il ne faut pas oublier que le marché d’application prioritaire pour les produits biosourcés, ce sont les biocarburants et, à un second niveau, les matériaux de construction. L’emballage, en comparaison, ne représente que des volumes limités. En revanche, on va retrouver beaucoup de technicité notamment dans l’alimentaire où le contact avec l’aliment crée des contraintes très particulières.

Face à cette situation, quel support Breizpack apporte-t-il à ses adhérents ?

Nous aidons les industriels à gagner en versatilité et en souplesse, à renforcer leur capacité d’innovation et de différenciation pour échapper à l’étau dans lequel ils se trouvent aujourd’hui.

Nous agissons beaucoup au niveau collectif en les aidant à s’associer pour être plus forts face à leurs clients mais aussi face à leurs fournisseurs. Breizpack, c’est un vrai réseau d’entreprises dans lequel on peut trouver des solutions à 3, à 10 ou à 50 acteurs, sur des projets très différents : développement de produits, communication, etc…

Pour vous donner un exemple, nous avons ainsi accompagné 3 industriels sur la conception d’un emballage innovant, l'Hybrid Flat, composé de carton revêtu d’un film plastique, produit qui a été primé au CFIA*.


*Carrefour des fournisseurs de l’agro-alimentaire

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