Comment réduire l’empreinte carbone de sa chaîne logistique ?

Le 09 juillet 2012

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Maintenant que la France a traduit sa volonté de participer à l'objectif européen de réduire les émissions de gaz à effet de serre, le secteur du transport a pour objectif de parvenir à une réduction de 30% d'ici 2030. Comment donc réduire l’empreinte carbone de sa chaîne logistique ?

Règles d'or de la réduction carbone 

En règle générale, la baisse des émissions de carbone va de pair avec une réduction des coûts logistiques et permet de maintenir ou d’améliorer les niveaux de service. Selon Jason Mathers, gestionnaire de projets de l'Environmental Defense Fund (Fonds de défense de l'environnement), 5 règles sont susceptibles d’améliorer l'efficacité carbone du fret :

 

  • Choisir des moyens de transport peu polluants : en termes d’émission de carbone par tonne-kilomètre, le transport aérien émet 47 fois plus de carbone que le fret maritime, et le transport routier 6 fois plus que le ferroviaire. Partant de ces constats, la marque de luxe Michael Kors a opté pour l’utilisation du fret maritime, ce qui a diminué de 90% les émissions par envoi ainsi que ses coûts de transport. Il s’agit ici de bien cibler les besoins en termes de transport pour chaque cargaison. Une autre option serait de faire gérer ses stocks par ses fournisseurs ou même de rapprocher la ligne d’assemblage des clients.

 

     
  • Mutualiser les chargements : il est par exemple possible de mutualiser les entrepôts et les services de distribution, ou d'acheminer le produit directement au client afin d’éviter un entreposage, ou même de collaborer avec d’autres sociétés pour mutualiser les retours de produits. Ainsi, les chocolatiers Hershey’s et Ferrero, pourtant concurrents, ont commencé dès l’automne 2011 à mutualiser l’entreposage, la distribution et le transport de leurs produits, afin de réduire les émissions de carbone ainsi que les coûts inhérents à la logistique. Selon leurs estimations, la mutualisation de ces services pourrait se traduire par une réduction de 30% des coûts logistiques.

 

  • Repenser son propre réseau pour plus d’efficacité : naturellement, l'utilisation de progiciels métiers peut favoriser l'optimisation des sites d’entreposage (WMS), des transports et les liaisons intermodales (TMS).

 

  • Utiliser à son maximum ses capacités de transport : pour cela, il convient de définir des objectifs précis concernant l’utilisation des remorques, de rechercher de nouveaux moyens de regrouper les cargaisons et d'utiliser les outils informatiques permettant d'optimiser le traitement des commandes. A titre d'illustration, Stonyfield Farms, filiale du groupe Danone spécialisée dans la fabrication de yaourt et de produits laitiers bio, a procédé à un réajustement de ses règles de transport. La compagnie a entre autres décidé que les transporteurs routiers utiliseraient des remorques de 16 mètres pouvant contenir jusqu’à 26 palettes. Cette mesure a permis d'économiser 7,5 M$, tout en réduisant les émissions de 46%.

 

  • Améliorer l’efficacité énergétique des centres de distribution : l’énergie compte pour 11% dans l’empreinte carbone liée aux mouvements des marchandises. Des changements dans le chauffage, la ventilation, la climatisation, la réfrigération ou l’éclairage peuvent constituer des moyens rapides et efficaces de réduire les dépenses énergétiques et les émissions de carbone.

 

Néanmoins, certaines de ces idées nécessiteront une coopération d’ordre technique et intellectuelle que les distributeurs, producteurs, et autres sociétés composant la chaîne de valeur n'ont encore peu ou pas considérée.

 

Logistique du futur : collaboration et mutualisation

D’après l’étude « La chaîne logistique du futur à l'horizon 2016 » réalisée conjointement par Capgemini et le GCI (Global Commerce Initiative), l’application des concepts de collaboration doit être initiée de façon prioritaire dans un ou plusieurs des domaines suivants :

  • L’échange d’informations : le modèle futur reposerait sur un échange d’informations issues de partenaires multiples (consommateurs, distributeurs, producteurs, fournisseurs de services logistiques).
  • La mutualisation des entrepôts : à l’issue du processus industriel, les produits seraient expédiés vers des entrepôts collectifs, dans lesquels plusieurs fabricants stockeraient leurs produits.
  • La distribution collective en zone urbaine et rurale : des moyens de transports collaboratifs permettraient d’assurer la livraison vers des plateformes et des centres de groupage régionaux, au départ des entrepôts collectifs. La distribution finale vers les magasins, points de retrait ou domiciles, serait effectuée sous forme de livraisons groupées.

Chaîne logistique à l'horizon 2016

L’impact de cette réforme de la supply chain pourrait permettre de réduire de 25% les émissions de CO² par palette et de faire des économies en matière d’énergie, grâce à l’utilisation d’infrastructures plus efficaces.

 

Réduction carbone : levier de performance logistique

Outre la collaboration, des améliorations individuelles apportées par les sociétés et basées sur différents axes d’intervention sont également possibles, telles que :

  • réaliser des ACV (Analyses du Cycle de Vie),,
  • s’informer sur les impacts des divers papiers utilisés,
  • utiliser des ampoules basse consommation pour l’éclairage,
  • avoir recours à des détecteurs de présence,
  • utiliser des véhicules hybrides (véhicules inférieurs à 120g de CO²),
  • préférer les visioconférences pour réduire les déplacements,
  • favoriser le train à l’avion,
  • organiser des programmes d’éco-conduite,
  • vérifier la consommation des véhicules via les factures de carburant,
  • optimiser les trajets et réduire les parcours à vide,
  • s’assurer et certifier en interne de l’efficacité carbone de ses différents sites (bilan carbone, pilote de plateformes représentatives des sites)
  • anticiper les changements liés à la législation ( Ecopack, affichage CO²).

 

La consommation carbone représente un enjeu de plus en plus important pour les chargeurs, et l’élan politique autour de questions telles que la pénurie de ressources, le changement climatique et les nouvelles réglementations met en lumière de nouveaux défis auxquels le secteur de la logistique sera confronté au cours des prochaines années. Le succès d’une entreprise reposant en partie sur l’anticipation et l’innovation, une sensibilisation et une préparation à ces enjeux sont d'ores et déjà vitales pour l’avenir.

 

Crédits photos : © Kromosphere - Fotolia.com, © Capgemini & GCI

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