19ème Congrès Mondial de la Viande : quelles solutions face aux défis actuels et à venir ?

Le 19 juin 2012

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Organisé par INTERBEV et INAPORC, le Congrès Mondial de la Viande 2012 s’est déroulé du 4 au 6 juin 2012 à Paris. Le thème de cette édition était « Produire et commercialiser la viande : fiers de nos métiers », avec la vocation de communiquer la vision de la filière relative aux attentes sociétales…

 

Le congrès avait, entre autres objectifs, celui de mettre en évidence les contributions positives de la filière sur le développement rural et sur l’équilibre alimentaire. Les experts ont insisté sur l'importance de renforcer les liens avec les citoyens, les responsables politiques ou les médias. Enfin, l’accent a été porté sur la nécessaire adaptation du secteur à l’évolution des goûts et aux nouveaux comportements des consommateurs.

 

Les défis de la filière viande.

Les professionnels de la filière devront accomplir un travail conséquent :

  • Nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050.
  • Produire et vendre les quantités et les qualités de viande en s’adaptant aux règlementations toujours plus exigeantes en matière d’environnement, de sécurité alimentaire, de santé et de bien-être animal.

 

Contexte du marché : la consommation de viande augmente dans le monde, sous l’impulsion des pays émergents.

Pays émergents versus pays développés

 

La population mondiale, et par conséquent la demande alimentaire, croît. Dans le même temps, le PIB des pays en voie de développement, notamment en Asie, progresse. Le PIB de la Chine devrait par exemple augmenter de 8,5 % en 2012.

Ainsi, la demande en viande vient et viendra des pays en développement tels la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil ou la Russie. A noter que la croissance de la consommation de viande a atteint 6 % en cinq ans, alors que la surface arable par habitant diminue.

En parallèle, de nombreux messages négatifs sont adressés aux consommateurs des pays développés, pays au sein desquels la consommation par habitant stagne.

Le marché des protéines animales selon David Nelson, Rabobank Food and Agribusiness Research and Advisory Group.

 

Selon D. Nelson, plusieurs facteurs clés, influencent ce marché :

  • La production mondiale de viande croissant moins vite que le PIB, les prix montent.
  • Les pays en voie de développement augmentent leur propre production (ex : viande porcine en Chine)
  • Les biocarburants entrent en concurrence avec l’alimentation animale concernant la demande en production végétale. Notez que la demande s’accélère tandis que la productivité végétale baisse (résistances végétales, …).
  • Le prix des infrastructures augmente.

 

Les charges médiatiques contre l’industrie de la viande se sont multipliées ces derniers temps. Tenter de comprendre ce que l’on reproche à la viande et rétablir la vérité font partie des objectifs actuels de la filière.

Un monde sans viande : une absurdité ! René Laporte et Pascal Mainsant.

Ces deux agronomes et zootechniciens, issus de familles d’éleveurs, invitent l’auditoire à assister à un « procès de la viande, équitable, cette fois ». Contenu à lire sur :

 

Approche globale du développement durable.

Dans la perspective d'une augmentation de la consommation de viande, la filière doit répondre à des critiques sur son impact environnemental, thème largement débattu lors de ce 19ème Congrès Mondial de la Viande. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, est intervenu le 5 juin et a précisé qu’« il fallait réussir à faire comprendre qu'il y de la place pour la viande, que l'on soit 7 ou 9 milliards d'habitants dans le monde ».

Tout au long de ces deux journées de conférence, le développement durable a été envisagé suivant ses différents piliers :

  • la protection de l’environnement,
  • la viabilité financière,
  • l’aspect social : protection des communautés rurales, bien-traitance animale,
  • l’aspect santé.

Les professionnels ont en outre souligné qu’en matière de bien-être animal ou de normes environnementales, l'Europe est bien souvent un pionnier, avec des engagements très concrets.

Le congrès a également été l’occasion pour le Vice-président de l’IMS d’annoncer que l’Office International de la Viande devenait partenaire de la FAO pour 3 ans. L’objectif principal est de mettre au point une méthode mondiale d’évaluation des impacts environnementaux, en partenariat avec les gouvernements et les ONG.

 

Préservation de la biodiversité naturelle, analyse du cycle de vie.

Comme le précise Dacian Ciolos, Commissaire européen chargé de l'agriculture, la filière a des atouts puisque l'élevage « contribue à la préservation de la biodiversité naturelle et à l'entretien du territoire, (…) à la préservation des prairies et donc à la lutte contre le changement climatique et au maintien de la biodiversité. »

Selon Steward Ledgard, chercheur néo-zélandais à AgResearch Limited, une harmonisation des méthodologies relatives aux analyses de cycle de vie est indispensable notamment pour comptabiliser le stockage du carbone dans les prairies ou encore la fabrication de co-produits.

Le chercheur ne conteste pas l’impact de la production de viande bovine sur l’environnement mais insiste sur l’importance de bien considérer tous ses aspects. Et pas seulement les aspects négatifs largement utilisés pour véhiculer les discours anti-viande.

Les professionnels reprochent notamment au front anti-viande de ne pas tenir compte du stockage du carbone par les prairies, ou encore de montrer des images comme celles des feed-lots d’outre-Atlantique, qui ne sont nullement le reflet de l’élevage en général.

Enfin, lorsque l’on calcule le bilan carbone, Steward Ledgard estime que la présentation des résultats sous forme de contenu carbone par euro dépensé ou par kg d’achat a peu de sens. Il insiste sur la nécessaire comparaison entre le contenu carbone des aliments et la couverture des besoins nutritionnels qu’ils assurent puisque c’est là leur principale fonction.

Ainsi, si le cola bénéficie d’une empreinte carbone faible, ramenée en équivalent nutritionnel, cette empreinte devient énorme.

 

Contributions positives de l’élevage bovin viande au respect de l'environnement, Jean-Baptiste DOLLE, Institut de l'Elevage.

«Les bovins de races à viande représentent 5 ou 6% des émissions françaises de GES », estime Jean-Baptiste Dollé, le responsable du service en charge de l'environnement à l’Institut de l’Elevage. « L’élevage contribue au réchauffement climatique mais les prairies sont un puits de carbone compensant de 40 à 50% des émissions de méthane entérique. Ce qui porte la contribution nette de l’élevage bovin de races à viande entre 2 et 3%.»

Jean-Baptiste Dollé insiste sur le fait que ce réservoir est important à protéger sous peine de voir le carbone retourner progressivement dans l'atmosphère, ajoutant que « l’ADEME compare le stockage de carbone sous les prairies à celui des océans ».

Le spécialiste avance de nombreux points afin de mettre en avant les contributions positives de l’élevage :

  • La couverture des sols évite leur lessivage et donc la libération d’azote dans les eaux.
  • Les sols dédiés à l’élevage contiennent davantage de matières organiques et sont donc favorables à la biodiversité.
  • Les systèmes bocagers limitent l’érosion des sols.
  • 50% des espèces d’oiseaux sont associées aux habitats présents dans les fermes.
  • Une prairie peut héberger jusqu’à 80 espèces de plantes différentes par m2.
  • Les services environnementaux liés à l’activité d’élevage augmentent l’efficience de nos systèmes de production.
  • Plus on intensifie le système, plus on porte atteinte à la biodiversité. L’élevage associé aux zones bocagères permet de contrebalancer ce problème.
  • etc...

Le spécialiste a également rappelé que la ration des animaux est essentiellement basée sur le fourrage (herbe, ensilage…), les apports extérieurs étant limités.

Enfin il convient d’ajouter que les ruminants sont les seuls animaux capables de transformer la cellulose, ils ne sont donc pas en concurrence avec l’homme pour son alimentation.

La vision santé, Stuart Phillips - McMaster University & Bill Layden - Co-fondateur FoodMinds. 

Billy Layden de l’agence FoodMinds met en avant l’émergence d’un nouveau paradigme dû à la progression de certaines maladies chroniques qui nécessitent d’augmenter la valeur protéinique.

Stuart Phillips de l’université McMaster développe la sarcopénie, réelle problématique chez les séniors. Selon diverses études « bien vieillir » signifie « pouvoir être actif et bouger ». Pour cela il faut avoir une masse musculaire suffisante. 70 à 75% des hommes de plus de 70 ans n’auraient pas les apports adaptés. Or une perte musculaire engendre des dépenses énergétiques moindres et par conséquent une prise de poids voire augmente le risque de diabète. Le spécialiste précise également que l’apport protéinique doit se faire sur les trois repas, y compris le petit déjeuner.

Il conclut sur le fait que très peu de gens consomment trop de viande et que la viande présente une très grande qualité nutritionnelle par unité  de quantité : 30 g de bœuf maigre apportent 180 kcal, l’équivalent nutritionnel en tofu apporte 236 kcal, en haricots noirs 374 kcal et en beurre de cacahuète, plus de 700 kcal.

La vision communication, Chris Lamb, président du comité marketing de l’OIV.

Parmi les solutions mises en avant pour redorer l’image de la viande, des projets peuvent être mis en œuvre par filière afin de lier la consommation de viande à une cause noble. En reversant une partie des ventes à une œuvre caritative, le secteur se positionnerait comme « une marque » humaine.

Deux exemples sont avancés, partant du constat qu’aucune initiative n’était prise au niveau mondial pour la lutte contre la faim : « Buy Red » et « The 6 seconds project ». La filière viande deviendrait l’emblème au niveau mondial de la lutte contre le faim.

Pour lutter contre la désinformation ou les idées reçues, des sites comme meatmythcrushers.com aux USA  se donnent l’objectif de fournir des informations référencées au consommateur afin de combattre les idées reçues.

 

La nécessité de comprendre nos consommateurs pour optimiser le marketing, Helen King de l’agence Bord BIA.

 

Vision globale :

  • La population mondiale s’accroît (l’équivalent d’une ville comme Los Angeles tous les mois).
  • L’urbanisation progresse.
  • La population vieillit (les séniors seront majoritaires en 2050).
  • Le nombre de foyers uniques progresse.
  • L’obésité et le diabète ne cessent de gagner du terrain.

La nouvelle normalité selon Bord Bia :

  • Volatilité : crise de la dette, tensions alimentaires, … Selon Helen King, « on quitte la musique classique pour le Jazz ».
  • Les gens se concentrent sur LEUR monde, font des choix de vie et sont de plus en plus exigeants : ils sortent moins au restaurant, cuisinent davantage et connaissent donc mieux les produits.

Les six tendances identifiées par l’agence :

  • Vie fluide : être au mieux dans une vie très occupée. Focus sur le côté naturel des aliments, retour au home cooking, progression des ventes de snacks sains (vs burgers). Suppression des ingrédients de synthèse.
  • Plaisirs simples : plus d’amusement, d’amis et de sens. Profiter pleinement de la vie.
  • Vivre responsable : faire de meilleurs choix sans affecter son bubget. S'engager sur des causes environnementales (énergie, déchets, CO2, consommation locale, économie d’eau, bioplastique,…). Les outils à disposition des consommateurs se sont multipliés grâce aux NTIC.
  • Quête de santé et de bien-être : grâce notamment au développement d’applications mobiles.
  • La maîtrise : les consommateurs cherchent à avoir accès à un luxe abordable. Ils maîtrisent leur budget en comparant. Ils ont recours à de nombreux outils pour faire leurs choix.
  • Lien à l’histoire et aux traditions : les mots « saisonnier » et « local » inspirent confiance. Les marques doivent raconter une histoire afin de toucher les consommateurs.

 

Conclusion

Le secteur a pour ambition de répondre aux attentes de la société, de reconnaître et de maintenir une filière viande solide. Dans ce contexte, L'Europe est bien placée pour concilier les enjeux de production et de durabilité, grâce aux efforts déjà réalisés et à venir avec la réforme de la PAC.

L’élevage européen devra donc évoluer vers plus de durabilité via notamment la mise en valeur de pratiques agricoles plus "vertes". L’alimentation animale pourra être rationalisée pour limiter les méfaits de la volatilité des matières premières agricoles. La capacité de recherche et d'innovation étant importante, elle ouvre de nombreuses perspectives en matière de robotique, d’éco-conception, d’optimisation des flux...

Que nous réserve donc l’élevage du futur ?

"Viandes, il devient impératif de lutter contre les différentes attaques dont est victime la filière"

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