Etude Argus : une évolution 2011 en trompe l'oeil

Le 13 juin 2012

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Depuis soixante ans, l’Argus dresse le portrait de la voiture type vendue en France. L'analyse sur plusieurs années donne des indications sur les tendances d'évolution du marché.

La tendance au toujours plus

Depuis 1958, l'évolution de la voiture moyenne en France suit une tendance à la hausse tant au niveau du prix que de la taille et du poids. "Chaque année plus grande, plus puissante et plus chère" comme l'indique l'étude de l'Argus mais reste stable en pouvoir d'achat.

Graphique évolution puissance, masse, prix des véhicules (article argus)

Le graphique ci-dessus superpose l’évolution du poids moyen des voitures achetées, l’évolution de leur prix moyen d’achat et l’évolution de la puissance moyenne. On peut en tirer plusieurs enseignements :

  • Depuis 1961 le poids moyen des véhicules n’a cessé d’augmenter. De 758 kg en 1961, il est passé à 1266 en 2011, soit 508 kg de plus (augmentation de 67%). Cette tendance s’est accélérée depuis les années 90. En cause la multiplication des équipements de confort, d’esthétisme proposés aux clients mais également les énormes progrès réalisés dans le domaine de la sécurité des véhicules (sous l’impact de la réglementation).
  • Dans le même temps la puissance des motorisations a également augmenté, dans des proportions encore plus importantes : d’une moyenne de 39 CH en 1961, la puissance est passée à 106 CH de moyenne en 2011. Pour autant, les consommations n’ont pas augmenté en conséquence. Les améliorations très importantes réalisées sur la performance de moteurs ayant permis non seulement d’absorber l’augmentation de poids et de puissance mais encore de réduire les consommations, comme le montre les études de l’UE sur les émissions de CO2 du parc vendu en Europe. En particulier ces 5 dernières années la consommation du véhicule moyen aura baissé de 0,1 l par an selon l’étude de l’Argus.
  • Enfin la courbe du prix moyen montre depuis 1970 une relative stabilité du prix en mois de Smic. De 17 mois en 1971, la courbe est stable autour de 15 mois depuis 1991. Ce suréquipement associé à des motorisations plus puissantes et performantes s’est réalisé à un coût d’achat constant pour le consommateur.

De la superposition de ces courbes, on peut faire la lecture d’une caractéristique du modèle économique de la filière automobile. Les gains de productivité réalisés par les constructeurs et les équipementiers auront permis d’incorporer toujours plus de nouveaux équipements sans surcoût pour le consommateur. Source de différentiation et de marge pour les constructeurs ce modèle du suréquipement abouti néanmoins à un alourdissement conséquent des véhicules. Ce modèle a probablement atteint une limite comme le montre l’inversion de tendance des nouveaux modèles (voir Le nouveau régime des ’’200’’ de Peugeot : perdre des kilos pour gagner quelques grammes…). Il va falloir proposer autant en réduisant le poids des véhicules pour respecter les nouvelles contraintes d’émission de CO2 imposées par la directive Européene.

 

L’inversion des tendances depuis la crise de 2008

En 2008-2009, sous l’effet des incitations financières (bonus écologique et la prime à la casse) instaurée pour soutenir la conversion vers des modèles plus économiques, on constate une rupture dans l’évolution du «toujours plus » caractérisé jusqu’alors. Ces dernières mesures, combinées avec la hausse du prix du carburant ont favorisé l’attractivité des petites voitures moins chères comme les citadines. En effet, entre 2007 et 2009 la tendance s’est inversée : la voiture moyenne est moins lourde (poids 1 229 kg en 2009 contre 1 293 kg en 2007), moins puissante (96 ch contre 105 ch), et surtout moins chère (19 153 € contre 20 018 €).

Cependant, l’étude de l’Argus montre en 2011 un retournement puisque poids/taille/puissance/prix repartent à la hausse en 2011 : +12 % sur le prix moyen en 1 an ! C’est ainsi la première année depuis 1953 que le prix moyen en Smic augmente par rapport à l’année précédente. Une explication tient dans l’effet de la prime à la casse qui a largement profité aux petites citadines en 2009 et 2010 et aux ménages les moins aisés se séparant de leur ancienne automobile. En 2011 les achats se sont tournés vers les routières, les berlines, les monospaces et SUV. La part des voitures de plus de 25 000 € est ainsi passée de 26% à 36 % en 2 ans (+10 points). Elle a diminué d’autant pour les voitures de moins de 15 000 € et est restée stable pour la tranche intermédiaire. Les français n’ont jamais acheté autant de voitures chères.

Face aux difficultés économiques, l'écart semble ainsi se creuser de plus en plus entre d'un coté ceux qui n'ont pas les moyens d'acquérir une voiture neuve et ceux qui ont les moyens de s'offrir des voitures chères.

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