Géolocalisation de personnes : une technologie intéressante sous certaines conditions

Le 26 avril 2012

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Les dispositifs de géolocalisation permettent de localiser des personnes en perte d’orientation ou de faire de la téléassistance mobile. Un article de « 60 millions de consommateurs » et l'étude ESTIMA soulèvent la question de leur intérêt réel et souligne les points à améliorer.

De quoi parle-t-on ?

Les dispositifs de géolocalisation, utilisables en EHPAD ou à domicile, intègrent en général les technologies GPS et GSM, et génèrent une alerte géolocalisée en cas de sortie de la « zone de vie » ou de déclenchement manuel (bouton SOS) ou de demande de localisation à distance.

Ils se présentent sous forme de médaillons, bracelets ou téléphones (dont des applications mobiles intégrées sur smartphones), et parfois sous des formes plus originales, des chaussures par exemple : Actualités innovations technologiques - nov. 2011

De nombreuses réactions ont été suscitées par une évaluation de ces dispositifs par l’Institut National de la Consommation (INC) pour le magazine « 60 millions de consommateurs » (article paru en nov.2011), et par l’étude ESTIMA menée sur 2 ans et pilotée par le CHU de Grenoble.

 

Géolocalisation de personnes en errance : une efficacité sous certaines réserves

Dans le cas de malades d’Alzheimer ou apparentés, l’étude ESTIMA (analyse quantitative sur 327 personnes, sur 29 mois) a montré que les personnes à domicile génèrent en moyenne 3 fois plus d’appels de géolocalisation que celles en EHPAD, du fait des difficultés des aidants et de la plus grande mobilité des personnes à domicile (moins atteintes par la maladie qu’en EHPAD). Ces appels de géolocalisation sont déclenchés à près de 60% par des sorties de « zone de vie », alors que les appels volontaires par le malade représentent moins de 3%.

Les dispositifs ont ainsi montré leur efficacité pour réduire le nombre de « disparitions inquiétantes », et leur capacité à rassurer les aidants familiaux et professionnels.

Cependant, les évaluations ESTIMA et INC mettent en avant des freins techniques :

  • la faible autonomie des batteries : souvent de 4 à 8 heures, ce qui impose des recharges très fréquentes,
  • un manque de précision de localisation, surtout en cas de perte du signal GPS c’est-à-dire  principalement dans les bâtiments ou dans des rues étroites : dans ce cas, la localisation GSM prend le relais mais est beaucoup moins précise (jusqu’à 2 km d'incertitude), ce qui permet cependant de limiter la zone de recherche de la personne,
  • une ergonomie perfectible.

Pour faciliter la mise en œuvre, des difficultés diverses sont à surmonter :

  • l’acceptabilité, pour laquelle le rôle des professionnels est essentiel, mais le design produits peut aussi être amélioré (les produits sont encore souvent trop stigmatisants),
  • des questions éthiques et des difficultés à obtenir formellement le consentement de la personne.

Par ailleurs et concernant les particuliers, l’article de « 60 millions de consommateurs » pointait aussi des exigences contractuelles inadaptées (durée d’engagement trop longue…) imposées par certains fournisseurs de solutions.

 

Au final, l’étude ESTIMA formule une dizaine de recommandations pour améliorer la diffusion et la bonne exploitation de cette technologie pour les malades d’Alzheimer, parmi lesquelles :

  • mettre en place par les fournisseurs des offres de service de télé-aide pour les établissements, plutôt que chercher à proposer une solution clé en mains qui serait inadaptée aux spécificités des malades et/ou aux pratiques d’organisation des professionnels,
  • rationaliser l’offre de solutions, aujourd’hui disparate et peu compréhensible par les professionnels,
  • favoriser la prescription, notamment lors de consultations gérontologiques, et la formation des professionnels,
  • améliorer les produits : autonomie, ergonomie, design…

 

Téléassistance mobile géolocalisée : l’organisation est un point clé

Une autre application de ces technologies est de permettre de localiser une personne en détresse, suite à un déclenchement volontaire (bouton SOS) ou éventuellement automatique (exemple : capteurs qui détectent un malaise), afin de faire intervenir des proches ou les secours.

Il s’agit donc d’une extension de la téléassistance en dehors du lieu de vie.

Pour cela, les applications mobiles pour smartphones (qu’ils soient ciblés seniors comme Doro, Emporia, ou grand public) sont une solution facile à mettre en œuvre et qui sera de plus en plus utilisée.

Cette géolocalisation rencontre des contraintes techniques similaires au cas des personnes errantes, c’est-à-dire surtout la précision de localisation (surtout en bâtiment et a fortiori à plusieurs étages).

Au-delà des aspects techniques, l’enjeu majeur est de mettre en place une organisation qui permette de faire intervenir rapidement les proches ou les secours, dans un lieu public ou privé.

Face à ce défi, une solution originale a été conçue et testée à San José (Californie) par les pompiers et un hôpital, pour les interventions en cas de malaises cardiaques. Il s’agit d’une application « sociale » qui répertorie des personnes volontaires (membres d'un réseau de volontaires en réanimation cardiorespiratoire), et en cas d’alarme, le logiciel identifie le volontaire le plus proche pour intervenir et lui envoie une alerte.

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