Téléassistance au Royaume-Uni : l'impulsion des pouvoirs publics

Le 27 mars 2012

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La part des personnes âgées dans la population du Royaume-Uni est à peu près la même qu'en France. Pourtant selon une étude de l'Union européenne sur les technologies de l'information et le vieillissement, 15% de la population du Royaume-Uni âgée de plus de 65 ans utilise un service de téléassistance : c'est cinq fois plus qu'en France.

Afficher en taille réelle Copyright © 2012 Tunstall

 

La question du financement de la dépendance est au Royaume-Uni comme en France au coeur de l'actualité. Les données du problème sont connues : dans un contexte de réduction des déficits publics, les autorités se demandent comment répondre aux besoins d'une population vieillissante.

Dans le cadre de la réforme du système de protection sociale initiée dans les années 2000 par le gouvernement britannique, les technologies de l'information et de la communication sont apparues comme l'une des voies permettant de mieux maîtriser les dépenses de santé, en favorisant notamment le maintien à domicile des personnes âgées et en limitant les frais d'hospitalisation.

 

 

 

 

Une population vieillissante

En 2010, le Royaume-Uni comptait 62 millions d'habitants. La part des plus de 65 ans était de 16,6% et la part des plus de 80 ans de 4,6%. Dans son livre blanc "Building the National Care Service" publié en 2010, le gouvernement britannique estime que le pays comptera 300.000 personnes âgées dépendantes de plus en 2014.

Selon ce même rapport, le nombre total de personnes nécessitant une assistance (adultes et personnes âgées) devrait fortement augmenter dans les prochaines années, passant de 6 millions aujourd’hui à 7,6 millions en 2030.

Des conditions d'aide de plus en plus sélectives

Au Royaume-Uni, l’État - via les collectivités locales - intervient dans la prise en charge de la dépendance pour les personnes aux revenus les plus modestes. Les conditions de ressources sont actuellement très strictes : en effet les critères d’attribution se sont nettement durcis ces dernières années en raison de restrictions budgétaires. Pour les personnes ne répondant pas à ces critères, la prise en charge de la dépendance relève essentiellement des individus eux-mêmes et de la solidarité familiale.

Par ailleurs le Centre d'Analyse Stratégique note dans son rapport sur "Les défis de l'accompagnement du grand âge: perspectives internationales" (2011) que le rôle des autorités locales dans l’organisation des soins à domicile a fortement décliné ces dix dernières années au Royaume-Uni pour laisser place à des services privés.

Télésanté et téléassisance : le rôle moteur du Preventative Technology Grant

Dans son étude "Technologies de l’autonomie et soutien à domicile : comparaison internationale" (2009) la Caisse des Dépôts signale que la téléassistance a commencé à se déployer au Royaume-Uni dans les années 1990, à l'initiative des services publics, mais la véritable impulsion est apparue dans les années 2000 avec le Preventative Technology Grant. En 2004 le gouvernement a annoncé son projet d'investissement à hauteur de 80 millions £ à travers un programme destiné à faire évoluer les services sociaux et de soins, les services à domicile et les stratégies de prévention.

En 2006, 1,4 million de personnes utilisaient ces services en Angleterre. L’objectif du ministère de la santé était d'encourager les collectivités à investir dans la télésanté, afin de permettre à un plus grand nombre de personnes de rester à leur domicile en toute sécurité. Les autorités locales ont été invitées à collaborer avec tous les acteurs du secteur : logement, santé, services à domicile, associations, aidants et usagers. Les services proposés allaient de la simple téléassistance ("social alarm services") aux dispositifs de télésurveillance  - capteurs de chute, capteurs environnementaux (fumée, fuites d'eau ou de gaz...) - ou de télémédecine ("telehealth"). Le terme "telecare" recouvrant à la fois les notions de téléassistance et de télésurveillance.

Des expérimentations de grande ampleur ont été mises en oeuvre sur le territoire britannique dans le cadre du Preventative Technology Grant, les autorités locales contribuant financièrement au déploiement de ces expériences. L'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du nord ont développé leurs propres programmes autour des téléservices pour l'assistance et la santé. Des entreprises privées ont pris part activement à ces initiatives : c'est le cas en particulier de Tunstall, un des leaders mondiaux des solutions de télésanté et de téléassistance.

De l'expérimentation au déploiement

Selon un rapport de l'Union européenne publié en 2010 sur les technologies de l'information et le vieillissement (ICT & Ageing - European Study on Users, Markets and Technologies) entre 1,5 et 1,6 million de personnes au Royaume-Uni utilisent un service de téléassistance, ce qui représente environ 15% de la population âgée de 65 ans et plus. Les auteurs soulignent que la plupart des autorités locales gèrent un dispositif de téléassistance, soit en direct, soit de façon externalisée. La même étude avance pour la France le chiffre de 3% des 65 ans et plus utilisant la téléassistance

L'enjeu aujourd'hui au Royaume-Uni est celui d'un déploiement à plus grande échelle des services de téléassistance, télésurveillance et télésanté, une fois consommés les financements du "Preventative Technology Grant" dont la vocation était de faire émerger les initiatives. La mesure des économies en matière de soins et de santé obtenues grâce à ces investissements constituera un encouragement pour les pouvoirs publics à poursuivre dans cette voie, dans un contexte budgétaire tendu. En revanche pour les acteurs privés de la téléassistance la question de la solvabilité de la demande reste posée, étant donné le durcissement récent des critères pour l'attribution des aides aux personnes dépendantes.

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